Test HPV+ mais cytologie normale: un retentissement psychologique et sexuel important pour les femmes

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

28 janvier 2020

Paris, France — Le test HPV, désormais recommandé en première ligne pour le dépistage du cancer du col de l’utérus chez les femmes à partir de 30 ans, pourrait-il générer une nouvelle forme d’anxiété chez les patientes? C’est ce qu’a expliqué le Dr Jean-Luc Mergui (gynécologue-obstétricien, Centre Iéna, Paris) lors d’une conférence de presse en amont du congrès de la Société Française De Colposcopie Et De Pathologie Cervico-Vaginale (SFCPCV) qui se tiendra fin janvier [1].

« Potentiellement oncogène »

Le test, qui cherche la présence d’ADN du virus HPV à haut risque, présente plusieurs avantages majeurs. Par rapport aux frottis, il augmente la sensibilité du dépistage des dysplasies modérées (CIN2+) et de l’adénocarcinome in situ, diminue le risque de cancer invasif et rassure les patientes qui ont un test HPV négatif, tout en permettant d’espacer la surveillance.

Cependant, l’annonce d’un test HPV positif peut créer une forte anxiété chez les femmes alors même qu’un test HPV+ ne signifie pas que la femme est porteuse de lésions pré-cancéreuses ou qu’elle va développer un cancer du col. La clairance du virus HPV et des lésions cancéreuses de bas grades associées sont, respectivement de 90 et 80 %.

« Le test HPV+ génère beaucoup d’inquiétude chez les patientes parce qu’elles savent qu’elles sont porteuses d’un virus et que, sur le résultat, il est mentionné qu’il est « potentiellement oncogène » ou « à haut risque de cancer du col ». Lorsqu’elles ont un génotypage partiel et qu’elles voient qu’elles ont un HPV 16, ce qu’elles lisent sur internet les inquiète réellement », a rapporté le Dr JL Mergui.

« Aussi, le vrai problème avec ces nouvelles modalités de dépistage, c’est que 10 % des femmes sont probablement des porteuses chroniques du papillomavirus. On va les surveiller en faisant un test HPV annuel toute leur vie. Chez elles, les tests resteront positifs d’une année sur l’autre ce qui va forcément générer de l’anxiété. L’important est d’expliquer que ce n’est pas parce qu’on a une infection persistante que des lésions cancéreuses vont se développer. Mais, que pour l’éviter, on va les surveiller une fois par an par une colposcopie », a expliqué l’orateur.

 
L’important est d’expliquer que ce n’est pas parce qu’on a une infection persistante que des lésions cancéreuses vont se développer. Dr Jean-Luc Mergui
 

Test HPV+ : un retentissement sexuel et psychologique

Une étude récente [2] a montré que la dépression et la dysfonction sexuelle sont plus fréquentes chez les patientes avec un diagnostic d’HPV+ (n=67) que chez des patients témoins (n=66). En outre, le test HPV positif est associé à une baisse de l’activité sexuelle même en l’absence de dépression sous-jacente.

Une autre étude publiée en 2019 [3] a montré que les femmes testées positives pour les papillomavirus 16 et 18 ont significativement moins de désir sexuel après avoir été informées des résultats [‘4].

« Les femmes ont peur du cancer mais aussi peur de transmettre le virus à leur compagnon ou de le ré-attraper de leur compagnon. Or, il est sûr que le partenaire a déjà été infecté par le papillomavirus et qu’il ne sera pas réinfecté par le virus car il a déjà été immunisé. Comme la varicelle, on attrape l’HPV qu’une seule fois », a précisé le Dr Mergui.

Dans cette étude, les femmes HPV16/18+ qui avaient une cytologie normale présentaient aussi des niveaux d’anxiété plus élevés à la consultation suivante.

« Les médecins de patientes HPV+, notamment les gynécologues, devraient évaluer l’état psychologique de leurs patientes et les référer à un psychiatre si besoin», concluent les auteurs de l’étude.

 
Les médecins de patientes HPV+, notamment les gynécologues, devraient évaluer l’état psychologique de leurs patientes et les référer à un psychiatre si besoin.
 

Une colposcopie normale ne rassure pas toutes les femmes HPV+

Le test HPV pose le problème de la prise en charge des patientes HPV+ en raison de sa mauvaise valeur prédictive positive. Que faire dans ces différents cas ?

  • triage cytologique normal ;

  • colposcopie normale ;

  • colposcopie non satisfaisante ;

  • persistance d’un test HPV positif à un an d’intervalle ;

  • génotypage partiel : si HPV16+ et pas d’anomalie ;

En effet, une étude réalisée chez 727 femmes avec une infection HPV de bas grade et une colposcopie normale a montré qu’elles étaient sujettes à un stress psychologique [4].

Au cours du suivi, l’anxiété touchait 27 % des femmes et la dépression 21 % d’entre elles.

L’inquiétude la plus fréquemment rapportée était que la prochaine cytologie soit anormale. Les inquiétudes portaient principalement sur le cancer du col (33% des participantes), avoir des rapports sexuels (20% des participantes), la fertilité (16 % des participantes).

L’anxiété augmentait d’autant plus fortement que les tests HPV restaient positifs dans le temps, et ce, bien que la colposcopie soit normale.

 
Pour certaines, il est très difficile de se savoir infectées et de s’entendre dire que l’on ne sait pas éliminer le virus.
 

« Les femmes se demandent si le praticien a fait une bonne colposcopie, si elles peuvent être sûr des résultats », a indiqué le Dr Mergui.

Et pour certaines, il est très difficile de se savoir infectées et de s’entendre dire que l’on ne sait pas éliminer le virus.

Primordial de bien informer les patientes

« Beaucoup de patientes souhaitent avoir un traitement quand elles sont porteuses d’HPV (laser, ECAD…) alors même qu’il n’y a pas de lésions. Une des solutions pour éviter ces confrontations est l’organisation d’un dépistage du cancer du col qui permet de respecter les intervalles de dépistage et d’éviter les sur-traitements. Enfin, il est primordial de bien informer les patientes. »

«  Il est extrêmement important de bien expliquer aux patientes que la plupart des infections HPV sont transitoires. Que l’infection est quasi systématique pour tous les gens qui ne sont pas vaccinés mais que la clairance du virus est de 90%, qu’il va disparaitre dans les 12 à 14 mois. Aussi, quand il y a des lésions dites de bas grade, il faut bien préciser aussi que ces lésions disparaissent spontanément dans 80 % des cas. Il est important de bien connaitre la physiopathologie du virus en tant que médecin, pour être convaincu soi-même, et donc bien transmettre ces informations aux femmes », a précisé le Dr Mergui pour Medscape édition française.

 

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