Cancers de la vessie : l’eau du robinet impliquée mais nettement moins que le tabac

Catherine Moréas

28 janvier 2020

France -- Près de 5 % des cancers de la vessie qui surviennent chaque année en Europe sont liés aux sous-produits de chloration de l’eau potable. Ces trihalométhanes sont des facteurs de risque, mais loin derrière le tabac. Le point avec le Pr Yann Neuzillet, urologue à l’hôpital Foch de Suresnes (92), membre du comité de cancérologie et secrétaire général adjoint de l’Association française d’urologie (AFU).

Qualité de l’eau : des bons et des mauvais élèves européens

Les trihalométhanes (THM) que l’on retrouve dans l’eau potable seraient responsables de 6561 cas de cancers de la vessie, chaque année en Europe, soit 4,9 % du total, selon une étude publiée le 15 janvier dans Environmental Health Perspectives. En France, ces sous-produits de la chloration seraient à l’origine de 4,6 % des cancers de la vessie enregistrés en 2016, soit 737 cas sur un total de 16 161 déclarés cette année-là.

Les THM se forment par réaction chimique entre le chlore (ajouté dans les réseaux publics pour désinfecter l’eau) et les matières organiques. Parmi eux, le chloroforme et le bromodichlorométhane sont classés «cancérogènes possibles» (2B) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

La limite de qualité autorisée en Europe est de 100 microgrammes par litre (µ/l). Dans l’étude, la concentration moyenne mesurée dans l’eau potable en France était de 11,7 µ/l (ce qui correspond à la moyenne européenne).

Parmi les mauvais élèves, Chypre affichait un résultat de 66,2 µ/l, l’Irlande 47,3 µ/l, l’Espagne 28,8 µ/l et la Grèce 26,3 µ/l. À l’inverse, en tête de classement, on retrouve le Danemark avec une moyenne de 0,002 µ/l, les Pays-Bas 0,2 µ/l et l’Allemagne 0,5 µ/l.

Le Dr Manolis Kogevinas, spécialiste du cancer au Barcelona Institute for Global Health, et co-auteur de l’étude, reconnaît que « des efforts majeurs ont déjà été effectués pour réduire les taux de THM dans certains pays ». Mais pour lui, beaucoup reste à faire. Des cancers de la vessie pourraient être potentiellement évités en « optimisant le traitement de l’eau, la désinfection et les pratiques de distribution. » 

Au passage, il peut être intéressant de rappeler qu’après les attentats du 11 septembre 2001, la chloration de l’eau en France a nettement augmenté dans le cadre du plan Vigipirate. Quel impact sur la santé ? La question reste entière.

Le tabac, premier responsable

Pour le Pr Yann Neuzillet, urologue à l’hôpital Foch de Suresnes, « il n’y a pas de raisons d’inquiéter inutilement la population concernant l’eau du robinet. Les trihalométhanes sont des facteurs de risque de cancers de la vessie, mais l’eau est très contrôlée en France. Et, surtout, leur part dans la survenue de ces cancers est minime par rapport à celle du tabac, responsable de la grande majorité des cancers de la vessie. »

Dans ce domaine, les Françaises paient d’ailleurs un lourd tribut. Si le nombre de tumeurs de la vessie semble stagner chez les hommes, il augmente de 4 % par an chez les femmes, en lien avec la consommation de tabac.

Qu’il s’agisse des trihalométhanes ou d’autres facteurs de risque connus, comme les hydrocarbures (présents dans la fumée de cigarette, les vapeurs d’essence, de diesel…) ou encore l’arsenic qui contamine naturellement l’eau de certaines régions du monde, tous ces carcinogènes agissent de la même façon sur l’appareil urinaire. En stagnant de manière prolongée dans la vessie, ils endommagent sa muqueuse, induisant à la longue le processus de cancérisation. D’où ce conseil préventif du Pr Neuzillet : « Boire beaucoup d’eau pour uriner davantage, de façon à diminuer la concentration de ces carcinogènes dans l’organisme. » Du bon sens, en espérant que l’eau ne soit pas trop chargée en trihalométhanes…

Le nombre de tumeurs de la vessie augmente de 4 % par an chez les femmes, en lien avec la consommation de tabac.

 

Cancer de la vessie : quel dépistage, quels traitements ?

Actuellement, en France, le dépistage du cancer de la vessie est recommandé chez les personnes à très haut risque, notamment les salariés de la pétrochimie exposés à des hydrocarbures, ou de l’industrie du textile en contact avec certains colorants.

L’Association française d’urologie et la Société française de médecine du travail conseillent de pratiquer tous les ans une cytologie urinaire chez les travailleurs exposés pendant au-moins un an au cours de leur carrière, en commençant ces dépistages réguliers vingt ans après le début de l’exposition. Ces 20 années correspondent au délai d’apparition des premiers signes de la maladie. Si le résultat de cette cytologie est suspect, une fibroscopie vésicale est pratiquée au cabinet de l’urologue, sous anesthésie locale, à la recherche de lésions cancéreuses.

75 % des cancers de la vessie sont diagnostiqués à un stade précoce qui ne nécessite pas l’ablation de l’organe. La tumeur est réséquée par les voies naturelles, l’intervention se pratiquant de plus en plus en ambulatoire. Après analyse, un traitement adjuvant (chimiothérapie directement dans la vessie) peut éventuellement être proposé.

Dans 5 % des cas, le cancer est repéré d’emblée à un stade métastatique. Classiquement, le patient est traité par chimiothérapie intraveineuse (cisplatine). En cas d’échec – et c’est la grande nouveauté dans le cancer de la vessie - une immunothérapie peut être proposée. Depuis peu, le pembrolizumab (Keytruda®) est remboursé dans cette indication.

 

 

 

 

 

 

 

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