Nouveau coronavirus : peut-on craindre une épidémie de grande ampleur?

Aude Lecrubier

23 janvier 2020

Paris, France—Le bilan des contaminations par le nouveau coronavirus apparu le mois dernier dans la ville de Wuhan en Chine est désormais 570 et de 17 décès, d’après les autorités chinoises. Un chiffre qui pourrait être sous-estimé d'après l'Imperial College de Londres. Ces chiffres en forte augmentation suscitent l’inquiétude notamment en France. Toutefois, interrogé par Medscape édition française, le Pr Gilles Pialoux, professeur de maladies infectieuses à l’université Paris-Sorbonne et à l’hôpital Tenon, appelle à relativiser.

La souche incriminée est un nouveau type de coronavirus, responsable de pneumonies. Elle a 80 % de parenté avec le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère). Pour rappel, le SRAS, virus hautement contagieux, avait fait près de 780 décès dans le monde en 2002-2003.

Peut-on craindre une pandémie ?

Alors que l’épidémie se propage en Chine et hors de Chine, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a prolongé sa réunion en comité ad hoc à Genève ce jeudi pour statuer sur un éventuel état d'« urgence de santé publique de portée internationale ».

En Chine, les autorités redoutent que le virus se propage à l’occasion du Nouvel An chinois, qui commence vendredi. La ville Wuhan a donc été mise en quarantaine.

En parallèle, le virus a déjà commencé à s’exporter dans d’autres parties du monde. Plusieurs cas ont été confirmés en Thaïlande, au Japon, en République de Corée et aux Etats-Unis, où un patient a été hospitalisé à Seattle mardi, sans compter les autres cas suspectés dans d’autres régions du globe.

Plusieurs villes ont d’ailleurs commencé à prendre des mesures. A San Francisco, Los Angeles, Bangkok, Hongkong, Singapour, Sydney, les autorités procèdent désormais à des contrôles systématiques à l’arrivée des vols en provenance des zones à risques.

En France, la vigilance a été déclenchée, a fait savoir lundi Santé publique France au Parisien . Les médecins doivent désormais orienter vers le SAMU ou « un infectiologue référent » toute personne « présentant une infection respiratoire aiguë, quelle que soit sa gravité, ayant voyagé ou séjourné dans la ville de Wuhan en Chine dans les quatorze jours précédant la date de début des signes cliniques ou ayant eu un contact étroit avec une personne tombée malade dans cette ville ».

Relativiser

Toutefois, la Ministre de la santé a indiqué lors d’un point presse mardi soir que « le risque d’introduction du coronavirus en France est faible même s’il ne peut être exclu ».

Interrogé par Medscape édition française, le Pr Gilles Pialoux a indiqué qu’il était impossible de dire si nous pouvions craindre une épidémie de même ampleur qu'avec le SRAS 2003.

Il a toutefois appelé à relativiser. « Nous avons tiré les leçons du SRAS de 2002-2003 sur certains points. Concernant l'alerte sanitaire : les autorités chinoises semblent mieux communiquer leurs données en temps réel même si nous verrons plus tard s'il y a une sous-déclaration.  Aussi, la souche est déjà isolée. Enfin, nous avons plus d'expérience : suite à la gestion répétée de l'autre coronavirus, le Mers, avec son foyer principal en Arabie Saoudite ; à l’alerte Ebola qui a entrainé la réactivité des services médicaux, des transports ; à la mission COREB (mission nationale pour assurer l'animation des services de maladies infectieuses et tropicales, des établissements de santé de référence, du territoire français pour le risque épidémique et biologique) ; à la mise en place du diagnostic en temps réel des cas suspects… »

Concernant la dangerosité du virus, le Pr Pialoux a souligné que le SRAS 2002-2003 avait fait 774 morts dans le monde « bien moins que la grippe en France en une saison ! ». Aussi, « le taux de reproduction de base du SRAS 2003 est moins spectaculaire que celui de la rougeole ( 2 à 3 versus 14 à 18 !) », explique-t-il.

Enfin, « on connait, comme pour le chikungunya ou le SRAS, les facteurs de surmortalité : les pathologies respiratoires chroniques, l’obésité… ».

Grande proximité

Même appel à relativiser du côté du Pr Christian Perronne (chef du service des maladies infectieuses, Hôpital Universitaire Raymond Poincaré, Garches) qui a expliqué à Medscape édition française que « la transmission du virus nécessitait aussi une grande proximité entre deux personnes » : partage d’un même lieu de vie que la personne malade ou contact direct, en face à face, à moins de 1 mètre de la personne malade au moment d’une toux, d’un éternuement ou lors d’une discussion en l’absence de mesures de protection efficaces. En termes de contagiosité, le nombre de cas secondaires liés à un cas initial n’est pas encore déterminé selon le ministère mais, pour le Pr Perronne, la dynamique de l’épidémie serait proche de celle du virus SRAS  aboutissant à une contagion beaucoup moins rapide qu’en cas de grippe. 

 

 

 

 

 

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