Les recommandations américaines ne limitent plus le cholestérol alimentaire (mais attention aux œufs)

Batya Swift Yasgur

Auteurs et déclarations

20 janvier 2020

Dallas, Etats-Unis – Alors que les anciennes recommandations de l'American Heart Association (AHA) limitaient fortement les aliments riches en cholestérol, un nouvel avis, tenant compte des données récentes sur les liens entre cholestérol et maladies cardiovasculaires, fait évoluer ses conseils nutrionnels.

Les « régimes alimentaires sains pour le cœur» préconisés

Consommer trop de cholestérol n'est pas bon pour le cœur, mais se nourrir d'aliments contenant une quantité raisonnable de cholestérol dans le cadre d'un régime alimentaire sain pour le cœur, est tout-à-fait possible. Tel est désormais le message-phare du nouvel avis scientifique de l'AHA. S’appuyant sur les dernières études et analyses qui ne montrent pas de lien entre consommation de cholestérol alimentaire et risque cardiovasculaire, l’AHA préconise désormais « des régimes alimentaires sains pour le cœur, comme le régime méditerranéen ou le régime DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension)». Cet avis qui tranche avec les précédentes recommandations a été publié en ligne dans Circulation[1].

Une question controversée

Alors qu’historiquement, les recommandations nutritionnelles pour réduire les MCV s’appuyaient sur une réduction du cholestérol exogène, les nouvelles recommandations pour la réduction du risque CV ne mentionnent plus de limites particulières concernant la consommation de cholestérol.

Les contradictions scientifiques, voir même les incohérences, sur ce sujet ont fait de la question « doit-on cibler le cholestérol alimentaire pour la prévention et la prise en charge des MCV ? » une question controversée.

Interviewée par nos collègues de th eheart.org | Medscape Cardiology, le Pr Jo Ann Carson (University of Texas Southwestern Medical Center, Dallas), qui préside le Comité scientifique de l'AHA, a expliqué que ce sont les recommandations américaines de 2015, les Dietary Guidelines for Americans (DGA), indiquant que le cholestérol n'est finalement pas un « nutriment préoccupant », qui les avait motivés à rédiger cet avis. Après la publication de ces DGA en 2015, « certains se sont mis à manger de façon incontrôlée absorbant, par exemple, six œufs par jour, et à nous questionner sur le fait qu’il soit important ou pas de tenir compte du cholestérol alimentaire » expliquent les auteurs.

Le comité scientifique a donc passé en revue des études-clefs et a analysé « des approches méthodologiques qui contribuent à alimenter la controverse, notamment les questions sur la consommation d'œufs ».

Des habitudes alimentaires

Pour déterminer quel type et quelle quantité de cholestérol les Américains consomment, les chercheurs disposent des données de la cohorte NHANES (National Health and Nutrition Examination Surveys) qui a montré que les adultes américains, de 20 ans et plus, absorbaient en moyenne chaque jour 293 mg de cholestérol.

La quantité moyenne de cholestérol alimentaire consommé par les Américains « est inférieur à 300 mg par jour, mais il y a toute une palette de gens qui consomment bien plus ou bien moins que cette moyenne » indique la Pr Carson.

La viande est la source de cholestérol la plus importante, contribuant jusqu'à 42% aux apports en cholestérol. Suivent les œufs, qui représentent 25 % des apports en cholestérol, le reste provient des produits au lait entier et des céréales complètes.

Quid des œufs ?

En analysant 17 études prospectives observationnelles, l'équipe a découvert que les résultats « ne sont pas en faveur d'une association entre le cholestérol alimentaire et le risque CV ». Dans quelques études, l'association était positive entre le cholestérol exogène et le cholestérol sérique mais l'association était atténuée après ajustement pour d'autres co-variables.

Les auteurs se sont ensuite concentrés sur la relation entre la consommation d'œufs et le risque CV puisque les œufs représentent un quart de l'apport en cholestérol alimentaire aux Etats-Unis (186 mg de cholestérol pour un œuf de grande taille).

Ils ont montré que la consommation d'œufs n'était pas associée au risque CV pris globalement. Les résultats variaient néanmoins selon le type de pathologie CV avec, pour une consommation importante d'œufs, un risque augmenté pour l'insuffisance cardiaque chez les hommes, mais non pour l’AVC ou les maladies coronariennes excepté chez les diabétiques de type 2.

Les auteurs soulignent toutefois qu’il y a des limites à ce corpus de preuves. Par exemple, des études sur le cholestérol exogène « couvrent des périodes de temps importantes, au cours desquelles les approches en épidémiologie nutritionnelle ont beaucoup évolué ».

Des études interventionnelles sur le cholestérol d'origine alimentaire et le risque de développer une MCV ont apporté des résultats « contradictoires » et « discordants », peut-être en raison de la présence de facteurs confondants, indiquent les auteurs.

Difficile de distinguer le cholestérol des autres graisses

De plus, la plupart des études observationnelles n’ont pas été ajustées sur la nature des graisses consommées. Il « peut être difficile de faire la distinction entre les effets liés aux cholestérol alimentaire et ceux liés aux autres graisses alimentaires », indiquent les auteurs.

D’ailleurs, une analyse par méta-analyse de 55 études randomisées contrôlées, dont on connaissait les apports en graisses saturées, mono-insaturées et polyinsaturées, a identifié une relation dose-réponse entre la consommation de cholestérol et la concentration de LDL cholestérol.

Cela dit, les conclusions tirées des résultats de ces études sont problématiques, étant donné la petite taille des échantillons étudiés.

« Il est important de garder en tête que dès lors qu'on inclut le cholestérol alimentaire, on a aussi beaucoup de graisses saturées » a souligné la Pr Carson.

« Ce que nous voulons, c’est que les gens réduisent leur consommation de graisses saturées qui est associée à davantage de maladie cardiaque et augmentent le LDL cholestérol » a-t-elle poursuivi. C’est pour cela que l'avis de l'AHA « ne mentionne pas d’absorber « peu de graisses », mais de préférer plutôt « des graisses saines comme des amandes, des noix de pécan, des noisettes et des avocats et de privilégier les huiles de maïs ou de soja pour les sauces salades ».

 
Privilégier des protéines d'origine végétale limite les apports en cholestérol. Pr Jo Ann Carson
 

La modération et les régimes estampillés bons pour le cœur

En termes de régime alimentaire, l'avis recommande de suivre un méditerranéen ou DASH par exemple, faisant la part belle aux légumes, fruits, céréales complètes, produits laitiers peu gras, volailles, poissons, matières grasses végétales et aux noix ; tout en limitant le sel, les viandes rouges et les charcuteries, les glucides raffinés et les sucres ajoutés.

« Ces régimes sont intrinsèquement pauvres en cholestérol avec des taux habituels similaires à ceux de la prise alimentaire américaine » commentent les auteurs. Avant d'ajouter que « privilégier des protéines d'origine végétale limite les apports en cholestérol ».

Très concrètement, pour faire de bons choix alimentaires, le Pr Carson recommande le guide ChooseMyPlate édité par le ministère américain de l'Agriculture.

Bien que l'avis de l’AHA ne chiffre l'apport maximal en cholestérol alimentaire, il recommande de limiter la consommation de jaune d'œuf, à un œuf entier ou l'équivalent d’un œuf par jour. Les crevettes et autres fruits de mer sont acceptés dans le cadre d'un régime sain bénéfique pour le cœur.

Les végétariens « peuvent inclure plus d'œufs et de produits laitiers, avec modération ». Les personnes présentant une dyslipidémie, en particulier celles à risque de développer un diabète de type 2 ou à risque d'insuffisance cardiaque, « doivent être prudentes quand elles mangent des produits riches en cholestérol ».

Les patients âgés, avec un taux de cholestérol normal, peuvent manger jusqu'à deux œufs par jour, toujours dans le cadre d'un régime sain pour le cœur.

 
Les patients âgés, avec un taux de cholestérol normal, peuvent manger jusqu'à deux œufs par jour, toujours dans le cadre d'un régime sain pour le cœur.
 

« Un changement net »

Invité à commenter cet avis, le Dr Deirdre K. Tobias (épidémiologiste, Brigham and Women's Hospital, Boston) a expliqué à nos collègues de t heheart.org | Medscape Cardiology qu'il s'agissait « d'un changement net de la position de l'AHA qui recommandait avant un régime limitant les apports en cholestérol mais qui maintenant prône un régime alimentaire global ».

Cet avis « enlève le focus négatif sur certains nutriments comme le cholestérol, ce qui peut être finalement mal compris dans la pratique ».

Egalement interrogé par theheart.org | Medscape Cardiology, le Pr Marc-André Cornier (University of Colorado School of Medicine, Aurora) a, quant à lui, qualifié cet avis de « raisonnable et fondé sur les preuves » bien qu' « il y ait encore des incertitudes dans ce domaine ». Selon lui, « il est important d'adopter un régime bon pour le cœur, ce qui ne veut pas dire pour autant ignorer et consommer ad libitum du cholestérol alimentaire ».

Les membres du comité scientifique de l'AHA et les experts interrogés par theheart.org | Medscape Cardiology n'ont pas déclaré de conflit d'intérêt avec ce sujet.

La version originale de l’article a été publiée en anglais sur Medscape Medical News le 20 décembre 2019 et traduite par Marine Cygler pour Medscape édition française.

 

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