Jeûne intermittent : le régime du bien-vieillir?

Dr Isabelle Catala

16 janvier 2020

Baltimore, Etats-Unis -- Les sportifs, et même le grand public, évoquent de plus en plus le régime intermittent (voir encadré) comme une solution à beaucoup des maux du 21ème siècle (obésité, maladies, cardio-vasculaire, syndrome métabolique, voire cancer et maladies neuro-dégénératives). Et le mois dernier, une petite étude pilote menée chez 19 personnes atteintes du syndrome métabolique publiée dans Cell Metabolism a marqué les esprits. Dans ce contexte, la très sérieuse revue New England Journal of Medicine propose une revue de la littérature très documentée (80 références) sur le sujet. Les chercheurs spécialistes du vieillissement, Rafael de Cabo et Mark P. Mattson, ont analysé les études animales, précliniques et cliniques sur le sujet. Et force est de constater, que cette hypothèse de remise en question du dogme de l’accès à la nutrition « ab libitum » est plutôt séduisant.

Qu’est-ce que le jeûne intermittent ?

Ce type d'alimentation consiste à alterner entre des périodes de jeûne plus ou moins longues et des périodes de prise alimentaire. Bien plus souple et accessible que le jeûne strict qui n'autorise aucune prise alimentaire, le jeûne intermittent permettrait de profiter des mêmes avantages sur la santé. Il existe différentes manières de pratiquer le jeûne intermittent : jeûne partiel, méthode 5:2, fasting, etc. . L’un des plus populaire est le régime 8/16 (8 heures d’alimentation possible et 16 h de jeûne par jour). En pratique, il implique de sauter soit le petit-déjeuner soit le diner. Une autre approche est celle du jeûne total 2 jours par semaine. Dans les 2 cas, il est conseiller d’augmenter régulièrement sur quelques semaines la durée du jeûne.

Baisse de 3 % du poids global en 3 mois chez les sujets obèses

Les auteurs rapportent que le premier article du NEJM sur le sujet date de 1997 et concernait des souris qui vivaient plus longtemps et en meilleure santé lorsqu’elles ne mangeaient que 4 h par jour, par rapport à leurs congénères qui avaient accès libre à la nourriture. Les auteurs ont mis en lien ces résultats avec la survenue de phénomènes de cétogenèse pendant la période de jeune. L’impact du jeune intermittent sur le métabolisme a été caractérisé par la suite et le mécanisme physiologique décrypté (voir encadré).

Mais, en pratique, quel pourrait être l’impact de ces modifications chez l’homme ? C’est avant tout sur l’obésité que les travaux se sont concentrés. Une très récente étude menée sur 19 individus atteint de syndrome métabolique, et donc pour la plupart, obèses, publiée dans Cell Metabolism par le Dr Michael Wilkinson (San Diego), conclut à une baisse de 3 % du poids global en 3 mois avec ce régime (14 h de jeune, 10 h de repas possible), baisse qui serait en partie liée à une baisse globale de la consommation calorique [1]. Mais ce qui est intéressant c’est aussi qu’en 12 semaines, le jeûne s’est accompagné d’une baisse de 5 % de la pression artérielle systolique, de 6 % de la pression artérielle diastolique de 12 % du LDL cholestérol et de 3 cm de tour de taille. Et comme les marqueurs de l’inflammation baissent aussi et que le pouls au repos est plus bas, l’impact cardio-vasculaire du jeûne intermittent pourrait être important, y compris chez les non obèses.

La tolérance au glucose pourrait elle aussi être améliorée en particulier chez les personnes atteintes d’insulino-résistance, dans le cadre d’un syndrome métabolique par exemple. Pour obtenir de tels résultats et une baisse de l’HbA1c, le jeune intermittent devrait être adopté de façon prolongée (12 mois).

Des bénéfices potentiels dans l’AVC, la maladie d’Alzheimer, de Parkinson

Que sait-on des effets du jeûne intermittent sur la santé et le vieillissement ? « Jusqu’à récemment, les études de restriction calorique et de jeûne intermittent se sont focalisées sur le vieillissement et l’espérance de vie. Après presque un siècle de recherche sur la restriction calorique chez les animaux, la conclusion globale était que la restriction alimentaire augmentait fortement la durée de vie » écrivent les auteurs. Contrairement aux idées reçues, le jeûne ne serait pas associé à un état de fatigue et l’endurance physique et les capacités mnésiques sont même majorées chez l’animal et expérimentalement chez l’homme.

Pourrait-on trouver des applications cliniques ? La question du rôle du jeûne sur le développement des cancers est aussi posée en se fondant sur des travaux menés chez les animaux. Chez l’homme, de tels résultats – qui sont décalés dans le temps – n’ont pas été prouvés. Chez les personnes en traitement pour cancer, des études sont en cours pour préciser l’intérêt du jeune intermittent (qui est bien toléré et n’induit pas d’effets indésirables) pendant les périodes de chimiothérapie et de son impact sur la croissance tumorale (avec des résultats déjà positifs dans de petites séries de glioblastomes).

D’autres bénéfices cliniques ont aussi été évoqués. Ainsi, si l’on extrapole à partir de données animales, les personnes qui jeuneraient entre 40 et 60 ans auraient un risque moindre d’AVC, de maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, pathologies dont l’incidence est majorée en cas d’apport énergétique excessif en milieu de vie. Le jeûne intermittent augmente la résistance au stress neuronal par des mécanismes multiples (renforcement de la fonction mitochondriale, stimulation de l’autophagie, production de facteurs neurotrophiques, défenses anti-oxydantes…).

Enfin, le jeune intermittent préopératoire pourrait faciliter la cicatrisation et la récupération par une diminution de l’inflammation tissulaire.

Quels obstacles à la mise en place d’un tel régime pourrait-on rencontrer ?

Les auteurs consacrent un paragraphe pratique destiné à l’aide à la mise en place du jeune intermittent. En effet, bien plus que tous les autres types de régimes en particulier les régimes restrictifs, il semblerait que le jeune intermittent soit facile à suivre, à en croire les taux élévés de compliance dans les études ayant testé ce type de régimes. Il faut dire que sauter un repas (le petit déjeuner en général) ou ne manger que sur une période de 8 h est assez simple à mettre en place, même si socialement certaines journées peuvent se révéler plus complexes. Dans le régime intermittent, la quantité de nourriture n’est pas limitée, il est possible de manger de tout jusqu’à satiété à condition de rester dans la fenêtre horaire d’alimentation.

En qoui la mise en place de ce régime pourrait-elle poser problème ? Les auteurs mentionnent trois obstacles : primo, le schéma des 3 repas et d’un goûter est tellement ancré dans la culture qu’il est rarement remis en question par les patients et les médecins. Le contexte d’abondance de nourriture et l’emprise du marketing sont aussi des obstacles qu’il est difficile de surmonter. Secundo, les effets secondaires de la faim pendant les premières semaines après le « switch » (irritabilité, baisse de la concentration) sont à considérer. Tertio, les médecins ne sont pas habitués à prescrire des jeûnes intermittents spécifiques, dont il existe, de plus, plusieurs variantes. « Les médecins peuvent conseiller leurs patients de réduire, graduellement, sur une période de plusieurs mois, la fenêtre de temps pendant laquelle ils consomment de la nourriture chaque jour, dans l’objectif de jeûner pendant 16 à 18 heures par jour, écrivent-ils. Une autre alternative serait qu’ils préconisent le régime dit 5:2, où 900 à 1000 calories sont consommées 1 jour par semaine pendant le premier mois puis pendant 2 jours par semaine pendant le second mois, suivi d’une réduction supplémentaire pour passer à 750 calories 2 jours par semaine le troisième mois, et au final, 500 calories 2 jours par semaine pendant le quatrième mois ». Dans tous les cas, préviennent-ils, mieux vaut consulter un diététicien ou un nutritionniste pour s’assurer que les besoins nutritionnels sont couverts, et continuer à le conseiller. « Et comme dans tout changement de style de vie, il est important que les médecins donnent les bonnes informations aux patients, et soient là pour les aider et les remotiver régulièrement. »

 

Adaptations métaboliques à la restriction calorique intermittente

La restriction énergétique pendant 10 ou 14 heures ou plus entraîne une diminution des réserves de glycogène hépatique et une hydrolyse des triglycérides en acides gras libres dans les adipocytes. Les acides gras libres passent dans la circulation et sont transportés dans les hépatocytes où ils produisent les corps cétoniques (acétoacétate et β-hydroxybutyrate). Les acides gras libres activent également les facteurs de transcription tels que le récepteur α activé par les proliférateurs des peroxysomes (PPAR-α) et le facteur de transcription 4 (ATF4), ce qui entraîne la production et la libération du facteur de croissance des fibroblastes 21 (FGF21). Cette protéine est dotée d’effets systémiques cellulaires (en particulier au niveau musculaire ou cérébral). La β-HB et l'acétoacétate intègrent activement les cellules où ils peuvent être métabolisés en acétyl CoA qui entre dans le cycle de l'acide tricarboxylique (TCA) et génère de l'ATP. La β-HB a également des fonctions de signalisation, notamment l'activation de facteurs de transcription tels que la protéine de liaison de l’AMP cyclique, le facteur nucléaire κB et elle majore l'expression du facteur neurotrophique (BDNF) dans les neurones. Une baisse de la glycémie et du taux d'acides aminés pendant le jeûne entraîne une activité réduite de la voie mTOR et une régulation positive de l'autophagie. Enfin, la restriction énergétique stimule la biogenèse mitochondriale et le découplage mitochondrial.

 

 

 

 

 

 

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