Mesure tensionnelle : les nouvelles recommandations expliquées par Xavier Girerd

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

13 janvier 2020

France – La Société Française d’Hypertension (SFHTA) a publié en décembre 2018 de nouvelles recommandations afin d'optimiser la mesure la pression artérielle (Mesure de la pression artérielle : nouvelles recommandations, ce qui change). Fruit du travail d'un groupe multidisciplinaire d'experts, ces recommandations[1] ont été de nouveau publiées dans la revue « la Presse médicale » à la fin de l'année 2019[2]. Elles ont été assorties d'un argumentaire détaillé.

Le Pr Xavier Girerd (CHU Pitié Salpétrière, Paris), un des experts du groupe de travail de la SFHTA, a accepté d'expliquer à Medscape édition française les différents rationnels qui ont conduit à l'élaboration de ces recommandations.

Medscape édition française : Quels sont les avantages des appareils électroniques (Reco 1 et 2) ?

Xavier Girerd : Dans le monde entier, tous les experts ont abandonné la mesure auscultatoire au profit des appareils électroniques. En nous positionnant en faveur des appareils électroniques dès la première recommandation, nous voulons rappeler aux professionnels de santé qu'avec un appareil électronique, la pression artérielle est mieux mesurée, avec plus de fiabilité et de précision. Lors de la mesure auscultatoire, le médecin utilise l'untité du centimètre de mmHg, l'appareil électronique, lui, fait un affichage en millimètre de mercure (mm Hg), ce qui est plus précis. Bien sûr, il existe une variabilité de la mesure avec un appareil électronique mais celle-ci est bien plus faible qu'avec la mesure auscultatoire.

Deuxième élément, étant donnée la difficulté de précision, nous mettons aussi en avant la valeur de reproductibilité de la mesure. Quelle est la vraie valeur de la PA du patient ? Pour le savoir, nous recommandons des mesures répétées (voir Reco 7).

Un des freins à l'équipement est le prix d'un appareil électronique. Or bonne nouvelle, fin 2020, un appareil tout à fait performant d'un fabricant français devrait être commercialisé autour de 200 euros.

Medscape édition française : Pourquoi la SFHTA recommande-t-elle les brassards au niveau du bras (Reco 3 et 4) ?

Xavier Girerd : Les appareils électroniques ont besoin de comprimer l'artère avant de pouvoir analyser les signaux lors de la décompression. Il existe des brassards qui s'adaptent au poignet ou au bras. Or la mesure tensionnelle est différente selon la position de la main, autrement dit selon la position du bras par rapport au cœur. En mettant le brassard au poignet, il y a un risque de mauvais usage par le patient, c'est pourquoi nous recommandons les tensiomètres avec brassard sur le bras. Avec le tensiomètre au poignet, la position idéale et reproductible est "les bras croisés".

Sur cet aspect particulier des brassards, je voudrais rappeler en outre que la circonférence du bras a son importance. Si le bras est « trop gros », la mesure tensionnelle est majorée. Pour les professionnels de santé, nous recommandons de posséder au moins trois brassards. Pour les patients, nous conseillons de privilégier les tensiomètres dotés d'un bon brassard qui soit adapté à 95 % de la population, c'est-à-dire ayant une taille de 42 centimètres. 

Medscape édition française : Dans quelle position doit être faite la mesure tensionnelle (Reco 5 et 6) ?

Xavier Girerd : Depuis l'étude Framingham, la position adoptée aux Etats-Unis est la position assise alors qu'en France on a toujours eu une préférence pour la position couchée. La SFHTA recommande la position assise dans le cadre de la consultation médicale pour rendre compatibles les recommandations et la pratique. De fait, demander quelques minutes de repos et la répétition des mesures ne sont pas des objectifs réalistes si le patient est allongé car cela demande beaucoup de temps. La consultation ne serait alors dédiée qu'à cette prise de la mesure tensionnelle.

Nous recommandons la position debout afin de rechercher l'hypotension orthostatique, en particulier chez les patients diabétiques, les patients polymédicamentés et les personnes âgées.

Medscape édition française : Sur quel argumentaire repose la mesure répétée en consultation (Reco 7) ?

Xavier Girerd : Il s'agit de savoir quelle est la vraie valeur de la PA du patient. La question qui se pose est : combien faut-il faire de mesures pour être capable d'estimer correctement la PA de son patient ? Dans notre recommandation, nous avons conclu comme beaucoup de recommandations internationales qu'il fallait au moins trois mesures pour estimer la PA d'un individu. Plus précisément, nous disons qu'il faut faire la moyenne arithmétique des deuxième et troisième mesures.

Medscape édition française : Que recommande la SFHTA concernant l'automesure (Reco 8,9) ?

Xavier Girerd : Deux méthodes permettent d'évaluer la tension artérielle à domicile : l'automesure qui se déclenche de façon volontaire et la MAPA (mesure ambulatoire de la pression artérielle sur 24 heures) qui se déclenche automatiquement ce qui permet de faire des mesures pendant le sommeil. Or la pression artérielle est la plus basse pendant les premières heures de sommeil. C'est intéressant d'avoir cette donnée car il est démontré que le risque CV d'un individu est déterminé grâce à la valeur minimale de la PA. Cela dit, la MAPA est un examen plus compliqué non remboursé, nécessitant un appareillage coûteux et plusieurs visites du patient.

Dans notre recommandation, nous indiquons que la prise en charge et la modification du traitement d'une HTA nécessitent des mesures en dehors du cabinet. Il s'agit d'éviter les discordances entre les mesures au domicile et au cabinet : le bien connu « effet blouse blanche » mais aussi l'effet d'hypertension masquée pour lequel le niveau tensionnel est plus bas au cabinet, ce qui conduit le médecin à être rassurant à tort.

Il existe de très bons appareils d'automesure pour moins de 50 euros. Dans un monde idéal futur, tous les foyers auront un appareil d'automesure comme elles ont aujourd'hui un pèse-personne. Aujourd'hui, je conseille que les personnes à partir de 50 ans investissent dans un tensiomètre, et qu'à partir de 30 ans il est raisonnable de prendre sa tension au calme, à domicile, au moins une fois par an, en particulire si un des parents est hypertendu et/ou si l'on est en surpoids.

Les familles auront un appareil d'automesure comme elles ont aujourd'hui un pèse-personne.
 

Medscape édition française : Reste-t-il une place pour la MAPA (Reco 10) ?

Xavier Girerd : Bien sûr. Il est indispensable de faire une MAPA pour les patients avec une HTA résistante aux traitements. Cet examen est utile également pour les autres troubles tensionnels (hypotension orthostatique, variabilité de la tension, ...)

Le Pr Xavier Girerd, cardiologue-hypertensiologue, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris, Président de la fondation pour la recherche sur l’hypertension artérielle n’a pas déclaré de liens d’intérêt.

 

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