Bashing des patients sur Facebook : une polémique qui divise

Philippe Anaton

Auteurs et déclarations

13 janvier 2020

Paris, France--Publié le 5 janvier dernier, l'enquête du Nouvel Observateur sur le groupe médical Facebook Le Divan des médecins, a créé la polémique. De quoi est-il question ? De posts « méprisants » pour des patients publiés par des médecins, de levée du secret médical, de blagues salaces, de propos à la limite du diffamatoire...

Crée en juillet 2017 par deux jeunes médecins, Christophe Poyet et Elsa Fayad, le groupe FB Le Divan des médecins regroupe quelque 11 000 médecins français.

Étrangement, c'est l'un des seuls groupes de discussion entre médecins sur ce réseau social existant dans l'Hexagone. De l'aveu de soignants qui le pratiquent régulièrement, il y est surtout question d'échanges professionnels sur des cas médicaux, de demandes d'avis, de soucis personnels...

Mais pour le Nouvel Observateur, les échanges entre professionnels de santé sur le « Divan » sont autrement plus graveleux et répréhensibles, si l'on en croit l'enquête de Louise Auvitu et Béatrice Kammerer. Les deux journalistes ont été alertées par une médecin, Ana, 33 ans, médecin généraliste de province, qui est rentrée dans le groupe Le Divan des médecins pour obtenir des seconds avis, lors de remplacements, pour une patientèle qui n'était pas la sienne.

Moqueries ou esprit carabin ?

Si elle constate, au sein des membres de ce groupe, une réelle entraide, Ana est interpellée par des moqueries de médecins contre leurs patients, mais aussi par des échanges de photos et de clichés où les patients sont nettement reconnaissables, brisant ainsi le secret médical. Les journalistes de l'Obs ont recoupé les impressions d'Ana avec celles d'autres membres ou ex-membres du groupe du Divan pour, à chaque fois, constater des dérives.

Pour Bruno, soignant, « la grande partie de ce qui se passe là-bas, c'est à vomir. C'est tellement dégueulasse que ça annihile tout aspect positif. »

Les journalistes, à l'appui de leurs dires, ont relevé une série de commentaires et posts (une centaine en tout et pour tout) qui semblent poser problème : « Si elle mesure 1m50, c’est déjà une contraception à elle toute seule », pour n’en citer qu’un.

« Tout au long des commentaires, plusieurs catégories de patients semblent particulièrement visées : les patients bénéficiaires de la CMU (couverture maladie universelle) ou sociétaires de la MGEN (Mutuelle générale de l’Education nationale), les patients qui posent des « lapins » (qui n’honorent pas un rendez-vous), ceux qu’on veut frapper avec « une pelle » parce qu’ils sont sur leur portable ou qu’ils questionnent des dépassements d’honoraires. »

Ces saillies de certains médecins du groupe sont mis sur le compte de l'humour carabin, qui excuse tout... Mais le Conseil national de l'Ordre des médecins, par la voix de Jean-Marcel Mourgues, trouve ces propos « discriminatoires », et totalement « effarants ». Et d'ajouter que cette affaire fera l'objet d'une « analyse critique ». Elsa Fayad, l'administratrice du Divan des médecins, dit, quant à elle, ne pas avoir été contactée par le Cnom.

Medscape a par ailleurs échangé avec des membres du groupe du Divan. Pour Isabelle*, certains des membres du Groupe ont des propos « limites ». Mais elle retient surtout les vertus de ce groupe d'échange. « Cela permet d'avoir un 2e avis très rapidement, en 10-15 minutes. » Pour Fabrice, ce que les journalistes nomment du patient bashing est tout simplement un exercice cathartique nécessaire, face aux comportements borderline de certains patients.

La co-administratrice du site se défend

Elsa Fayad s'est par ailleurs expliquée dans un entretien accordé à Whats up Doc . Si elle condamne les propos litigieux relevés par l'Obs, elle les relativise:  une centaine d’écrits condamnables, sur plusieurs centaines de milliers de posts et commentaires. Elle dénonce surtout « un pseudo scandale journalistico-journalistique » monté de toutes pièces, se basant sur quelques fautes épisodiques et qui n'engagent que leurs rares auteurs pour jeter l'opprobre sur plus de 10 000 médecins qui n'ont rien à se reprocher ».

Dans les faits, le Dr Fayad rapporte au Quotidien du Médecin qu'un à deux « signalements » en moyenne sont effectués chaque semaine et qu'« un à deux membres sont expulsés du divan par trimestre » .

La Fédération d’associations de patients France réagit

Mais pour la fédération d'associations de patients France asso santé, les propos échangés par les médecins sur ce groupe Facebook sont gravissimes : « Au-delà de l’aspect abject des propos tenus par des soignants (…), nous soulignerons ici comment ces praticiens ont, en toute impunité, bafoué des droits fondamentaux reconnus par la loi et sont susceptibles d’encourir des sanctions disciplinaires et pénales », dénonce-t-elle dans un communiqué. Et d'ajouter : « France Asso Santé sera très attentive aux suites de cette affaire, notamment à la réaction du Conseil national de l’Ordre des médecins. Nous attendons des sanctions à la hauteur des outrages et préjudices subis par les patients ». Des médecins ont, par ailleurs, aussi pris leurs distance avec le Divan des médecins, voire l'ont condamné sans ambages, comme le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) sur Twitter  : « Le SNJMG condamne les agissements en ligne du groupe #divandesmedecins révélés par @lobs. Racisme, homophobie, sexisme ou jugements de valeur sur les patient.es , n'ont aucune place dans une discussion entre soignant.es. »

 

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