Prêts à tout pour améliorer la prise en charge de l’HTA en France

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

9 janvier 2020

Paris, France— Lors d’une intervention intitulée : « Comment améliorer la prise en charge de l’HTA en France ? », aux J ournées de l'Hypertension Artérielle 2019, le Pr Jacques Blacher (Unité HTA, prévention et thérapeutique cardiovasculaires, Hôtel-Dieu) a insisté sur le fait que dans l’hexagone, « la situation était hors de contrôle » comme montré dans les études Esteban ou FLAHS (Lire Prise en charge de l’HTA en France : des chiffres de plus en plus mauvais). Pour changer la donne, l’hypertensiologue a expliqué qu’il était nécessaire de multiplier les actions de dépistage au cabinet, comme « hors les murs », et important de tout faire pour promouvoir un traitement pérenne et adapté [1].

Dépister « hors les murs » du cabinet

« Il y a des portions de la population qui ne sont jamais dépistées et il faut aller vers elles. Faire un dépistage un peu agressif et opportuniste », a-t-il souligné.

Il a rappelé que des expérimentations de dépistage pour tenter de cibler des populations ne fréquentant pas le circuit médical classique ont été faites, par exemple, chez le coiffeur, dont le bénéfice s’est révélé aléatoire selon les études.

 
Faire un dépistage sans expliquer au patient quel est son problème de santé, c’est un coup d’épée dans l’eau. Pr Jacques Blacher
 

Pour l’hypertensiologue, la clé du succès de ce type d’interventions dépend largement de la consultation d’information et d’annonce qui accompagne le dépistage. Elle sert à annoncer le diagnostic, informer sur l'HTA et son risque, sur le rapport risque/bénéfice du traitement, et à fixer avec le patient les objectifs thérapeutiques.

« Faire un dépistage sans expliquer au patient quel est son problème de santé, c’est un coup d’épée dans l’eau. Il faut expliquer ce qui se passe, ce qui peut lui arriver et pourquoi il a intérêt à prendre son traitement, pour éviter l’infarctus du myocarde (IDM) dans 10 ans, l’accident vasculaire cérébrale (AVC) dans 20 ans et la démence dans 30 ans. Un dépistage sans information n’a pas de valeur. Comme écrit dans les recommandations de 2013, quand on suspecte une hypertension artérielle, il faut faire la consultation d’information et d’annonce. Après c’est trop tard ».

Un dépistage systématique au cabinet

En parallèle, il faut continuer à considérer qu’à chaque consultation médicale, un médecin généraliste, un médecin du travail ou un médecin spécialiste, doit en profiter pour dépister l’hypertension artérielle, a souligné le Pr Blacher qui rappelle que l’HTA est la maladie la plus fréquente en France.

 
Chez ces patients-là, il me semble légitime de commencer d’emblée par une bithérapie avec ou sans AMM. Pr Jacques Blacher
 

Un traitement pérenne et adapté

Après le dépistage, pour garantir un traitement pérenne, le Pr Blacher a insisté, encore une fois, sur l’importance d’expliquer au patient son rapport bénéfice/risque. Il a rappelé qu’une étude récente avait montré qu’un an après l’initiation du traitement, seuls 40 % des patients hypertendus prenaient encore leur(s) anti-hypertenseur(s).

Concernant la stratégie thérapeutique, l’intervenant a indiqué que l’un des freins à une prise en charge optimale de l’hypertension en France était le fait que la bithérapie qui est proposée dans les recommandations européennes n’a pas l’AMM en France. « On ne peut donc pas les suivre sans être en contradiction avec l’agence du médicament. Toutefois, de mon côté, chez les patients qui à la première consultation ont 170/100 mmHg de pression artérielle, et dont la pression artérielle a augmenté au fil des ans, je sais très bien que la monothérapie va être insuffisante. Chez ces patients-là, il me semble légitime de commencer d’emblée par une bithérapie avec ou sans AMM », a-t-il poursuivi.

L’apport de la e-santé

De son côté, le Pr Xavier Girerd (président de la fondation pour la recherche sur l’HTA, hôpital de la Pitié Salpêtrière, Paris), lors d’une intervention sur l’HTA et la télémédecine, a mis en avant ce que la e-santé pouvait apporter dans l’optimisation de la prise en charge de l’HTA (voir la vidéo Prévention et traitement de l’HTA grâce à la santé connectée ).

 
Remettre leur santé entre les mains des patients. Pr Xavier Girerd
 

Il a souligné l’intérêt de l’automesure grâce aux tensiomètres électroniques connectés (nouvelles recommandations). Cette stratégie permettant d’obtenir, de transmettre, des mesures de la PA plus fiables et d’impliquer d’autant plus le patient dans son parcours de soins.

Mais, il a aussi insisté sur l’utilité des applications smartphone. L’une d’elle, depistHTA.net, permet de guider l’autodépistage, d’analyser le relevé d’automesure automatiquement et offre des conseils aux patients. D’autres permettent d’être « coaché » en matière de nutrition et/ou d’activité physique.

Une façon de « remettre leur santé entre les mains des patients », a-t-il expliqué à Medscape édition française.

 

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