Avoir un chien tôt dans sa vie protègerait contre la schizophrénie

Megan Brooks

Auteurs et déclarations

8 janvier 2020

Baltimore, Etats-Unis – Avoir eu un animal – à vrai dire un chien – quand on était enfant pourrait protéger contre le développement d’une schizophrénie ultérieurement, selon une nouvelle étude.

Les résultats montrent que les adultes qui possédaient un chien dans leur enfance ont 25% de risque en moins d’être diagnostiqué pour une schizophrénie par la suite. Ce résultat n’est pas retrouvé avec les chats, notent les chercheurs.

Il existe quelques explications plausibles en faveur d’un potentiel effet protecteur du contact avec un chien, a expliqué le Dr Robert Yolken, département de neurovirologie pédiatrique (Johns Hopkins School of Medicine, Baltimore, Maryland) à Medscape Medical News.

« L’une d’elles est que les familles qui possèdent des chiens diffèrent d’une certaine façon de celles qui ont des chats, par exemple sur les endroits où elles vivent et leur niveau de ressources, et ces différences sont cohérentes avec le risque de schizophrénie » dit-il.

Une autre explication possible est que l’effet soit directement lié aux différences de microbiote entre chiens et chats et que « ces composants du microbiote soient transmis aux enfants via leurs interactions avec les animaux » ajoute-t-il. « Nous savons pertinemment que les chiens et les chats diffèrent en termes de microbiote et il est donc possible que le microbiome des chiens soit plus protecteur que celui des chats. Ce qui est cohérent avec le fait que des études indiquent que le microbiote des sujets atteints de schizophrénie est différent de celui des autres individus » ajoute-t-il.

Ces résultats ont été publiés en ligne dans PLOS One.

 
L’exposition au chien de la famille à cette période était associée à un risque de diagnostic de schizophrénie réduit de 50%.
 

Chiens versus chats

Pour étudier les liens entre une exposition à un animal familier, chien ou chat durant l’enfance, et un diagnostic ultérieur de schizophrénie ou de trouble bipolaire, les chercheurs ont évalué 396 patients souffrant de schizophrénie et 381 patients avec un trouble bipolaire, et 594 individus qui ont joué le groupe contrôle sain.

L’analyse statistique (selon le modèle à risques proportionnels de Cox) montre qu’avoir un chien à la maison avant son 13ème anniversaire était associé de façon significative avec un risque moindre de diagnostic ultérieur de schizophrénie (hazard ratio [HR], 0.75; IC95% : 0,63 – 0,90; P < 0,002).

Le lien n’était modifié par aucun facteur démographique pouvant affecter l’exposition à l’animal, que ce soit l’âge, le sexe, l’origine ethnique, l’éducation parentale et le lieu de naissance.

L’effet protecteur était d’autant plus clair que le chien était présent au moment de la naissance de l’enfant ou avait rejoint la famille avant le deuxième anniversaire de l’enfant.

L’exposition au chien de la famille à cette période était associée à un risque de diagnostic de schizophrénie réduit de 50%.

En revanche, aucune association significative de ce type n’a été retrouvée pour le trouble bipolaire. De la même façon, la présence d’un chat dans la famille ne semble pas associée à un changement dans le diagnostic de schizophrénie ou de trouble bipolaire.

Une interprétation à prendre « avec des pincettes »

Dans un commentaire pour Medscape Medical News, le Dr Oliver Freudenreich, codirecteur d’un programme de recherche sur la schizophrénie (Massachusetts General Hospital, Boston) a rappelé que les études épidémiologiques sont toujours à prendre « avec des pincettes » et qu’« association ne veut pas dire causalité ».

 
La présence d’un chat dans la famille ne semble pas associée à un changement dans le diagnostic de schizophrénie ou de trouble bipolaire.
 

Aussi, il y a souvent de nombreux facteurs confondants, dont toutes ne sont pas connues, qui peuvent entrainer des « associations trompeuses », a expliqué le Dr Freudenreich, qui n’est pas impliqué dans cette recherche.

Et en outre, cette étude porte sur un nombre d’individus plutôt restreint, a-t-il ajouté. « Cela étant dit, les études épidémiologiques sont souvent la première étape vers la découverte de quelque chose de nouveau en médecine ».

Le Dr Freudenreich mettrait cette étude dans la catégorie « augmentons nos connaissances » en matière de risques environnementaux de la schizophrénie.

« Les facteurs environnementaux sont probablement au moins aussi importants que les facteurs de risque génétiques dans le développement cérébral et ses pathologies associées comme la schizophrénie, mais, en termes de compréhension, nous en sommes toujours à l’enfance, y compris sur la façon dont ils confèrent un risque biologique ».

Ici, l’étude montre que l’environnement comprend, non seulement des facteurs de risque, mais « aussi des facteurs protecteurs » note le psychiatre.

« Cette histoire autour des chiens est intéressante parce qu’il existe un mécanisme biologique plausible que mentionnent les auteurs, « l’hypothèse hygiéniste ». Ce type d’études constitue un bon début en termes de découvertes et de générateur d’hypothèse qui peuvent ensuite faire l’objet d’études méthodiques » a -t-il conclu.

L'étude a été financée essentiellement sur des fonds du Stanley Medical Research Institute . Le Dr Yolken est conseiller scientifique duStanley Medical Research Institute et du Astellas Research Institute of America. Les autres auteurs et le Dr Freudenreich n’ont pas de liens financiers pertinents avec cette étude.

La version originale de l’article a été publiée en anglais sur Medscape Medical News le 31 décembre 2019 et traduite par Stéphanie Lavaud pour Medscape édition française.

 

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