POINT DE VUE

2019 et après : la transformation numérique en oncologie

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

30 décembre 2019

TRANSCRIPTION/ADAPTATION

Paris, France-- Dans ce blog de fin d’année, le docteur Manuel Rodrigues, oncologue médical à l’institut Curie, à Paris, a choisi de parler de l’évolution numérique et en particulier de l’intelligence artificielle en oncologie.

Dans le « Best of de l’année », outre l’immunothérapie « qui ne cesse de confirmer son intérêt », le développement des CAR-T cells, les nouvelles cibles pour l’immunologie, le champs foisonnant des nouveaux biomarqueurs, et l’évolution des thérapies ciblées qui ont fait leur entrée dans de nombreux domaines, on peut ajouter les technologies du numérique et l’IA qui impactent de nombreux domaines, indique-t-il.

Information, surveillance des patients : des sites aux applis

L’information aux patients est en plein essor grâce aux technologies numériques avec aujourd’hui les sites internet délivrant du contenu écrit ou vidéo et demain les chatbot, des robots qui pourront répondre aux questions des patients, « des questions simples sur la chimiothérapie par exemple, sur la prise en charge de leur cancer, sur le déroulé de différentes chirurgies et les complications éventuelles ».

Aussi, en termes de surveillance, on pense aux applications et notamment « à l’application « MOVECARE » qui a beaucoup fait parler d’elle il y a quelques mois et devrait être remboursée très bientôt ».

Cette dernière envoie un questionnaire de suivi au patient chaque semaine pour l’interroger sur ces symptômes, les analyse et déclenche une alerte auprès du clinicien à partir d’un certain seuil, ce qui permet d’avancer un rendez-vous si besoin. Testée dans un essai clinique randomisé chez des patients qui avaient un cancer du poumon avancé, elle a montré que la surveillance classique (scanners tous les 3 à 6 mois) plus l’application  augmentait l’espérance de vie (19 mois versus 14 mois en médiane de survie dans le bras suivi classique seul). « Ces résultats sont exceptionnels, rarissimes en oncologie et tout cela grâce à une simple application », souligne le Dr Rodrigues qui ajoute, qu’en outre, au moment où on découvre la progression de la maladie avec l’application, dans les ¾ des cas, les patients sont en relative bonne forme alors que sans l’application, seul un tiers des patients sont en bon état général. « C’est un outil majeur qui va très probablement intégrer la pratique clinique pour de nombreux types de cancer dans les prochaines années ».

Plus globalement, à la sortie de l’hôpital d’autres systèmes de suivi numérique peuvent être mis en place avec notamment la possibilité pour le patient de télétransmettre certaines données.  « Un fil d’Ariane pour les patients qui sont loin de leur lieu de prise en charge », explique-t-il.

IA : d’abord pour les radiologues et les anatomopathologistes

Pour revenir à l’intelligence artificielle, elle concerne d’abord les radiologues et les anatomopathologistes. Pour les scanners, l’IA aide désormais de façon très importante les radiologues puisqu’elle offre une première analyse du scanner thoracique, en quelques secondes, détecte les métastases, les mesure, les évalue, voit comment elles évoluent…

Pour l’anapath, nous allons arriver à des lames virtuelles où la lame sera scannée, analysée par ordinateur.

Pour le Dr Rodrigues, ces avancées ne devraient pas mettre en danger ces deux métiers, en tout cas « pas plus que l’interprétation des ECG » n’a mis en danger le métier de cardiologue. « Ce sont des outils qui vont nous aider à être plus rapides, plus efficaces, plus reproductibles et c’est absolument majeur », souligne-t-il.

Reste une spécificité toutefois pour l’anapath concernant le stockage des données en termes de volume, très important, mais aussi au niveau légal. Devra-t-on continuer à conserver une lame de verre comme c’est le cas actuellement ?

IA : une aide pour le clinicien

L’IA devrait aussi devenir une aide au parcours de soins, pour orienter le patient, coordonner des rendez-vous, vérifier que les rendez-vous sont biens pris en déclenchant des alertes le cas échéant.

Aussi, elle pourrait lancer des alertes sur des toxicités en analysant automatiquement les examens biologiques, les NFS.  « Elle pourrait par exemple, permettre de se rendre compte qu’au fur et à mesure des chimiothérapies les plaquettes baissent pour une patiente et qu’à la prochaine séance elle sera en thrombopénie ». Au médecin ensuite de prendre une décision en fonction de ce cas particulier.

Aussi, beaucoup d’outils se développent actuellement qui analysent les recommandations, les référentiels, d’une part et les dossiers des patient.e.s d’autre part pour pouvoir proposer une stratégie thérapeutique adaptée, devenir une aide à la décision thérapeutique.

Et, bien sûr, en recherche

En recherche, nous sommes dans le big data. Nous avons de nombreuses modalités de dossiers ou de tumeurs, par exemple, qu’il est intéressant de croiser pour avoir des données de protéomique, de génomique, de transcriptomique pour pouvoir tout analyser en même temps. L’IA est extrêmement utile pour analyser l’ensemble de ces données. « Elle peut même parfois générer des hypothèses puisqu’elle peut remarquer des similarités entre différentes composantes. Demain, elle devrait faire encore plus avancer la recherche avec peut être de nouvelles découvertes totalement in silico », conclut le Dr Rodrigues qui nous donne à nouveau rendez-vous l’année prochaine pour commenter l’actualité en oncologie.

Voir tous les blogs du Dr Rodrigues ici.

 

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