Risque de dépression respiratoire avec la prégabaline (comme la gabapentine) et les opioïdes

Megan Brooks

Auteurs et déclarations

27 décembre 2019

Etats-Unis – Des difficultés respiratoires mettant en jeu la vie du patient peuvent survenir chez les patients qui prennent de la gabapentine ou de la prégabaline avec des opioïdes ou d'autres médicaments qui réduisent l’activité du système nerveux central, ou chez ceux présentant une anomalie respiratoire ou encore chez les personnes âgées. C'est l'avertissement lancé par la Food and Drud Administration (FDA) il y a quelques jours [1]. Si l’avertissement émane des Etats-Unis, la France n’est pas à l’abri (voir encadré).

Dépression respiratoire et risque augmenté de décès par overdose d'opiacés

« Des signalements d'abus de gabapentinoïdes seuls, ou avec des opioïdes, sont rapportés avec des conséquences graves de cette co-utilisation, notamment une dépression respiratoire, et un risque augmenté de décès par overdose d'opiacés » explique dans un communiqué le Dr Douglas Throckmorton du Centre pour l'évaluation des médicaments et de la recherche de la FDA.

« En réponse à ces inquiétudes, nous demandons un nouvel étiquetage des gabapentinoïdes avec des avertissements sur les effets potentiels de dépression respiratoire. Nous demandons aussi aux fabricants des médicaments en cause de mener des essais cliniques pour évaluer les risques liés aux abus des gabapentinoïdes, en particulier en combinaison avec les opioïdes, et de porter une attention particulière aux effets respiratoires » a-t-il indiqué.

Les gabapentinoïdes comprennent la gabapentine (Neurontin, Pfizer + des génériques), la gabapentine énacarbil (Horizant, Arbor Pharmaceuticals [non commercialisée en France]) et la prégabaline, Lyrica (Pfizer) + génériques.

Crises d'épilepsie, douleurs neuropathiques et syndrome des jambes sans repos

La gabapentine et la prégabaline ont reçu une autorisation de la FDA pour différentes indications, dont les crises d'épilepsie, les douleurs neuropathiques et le syndrome des jambes sans repos. Elles sont aussi prescrites pour des utilisations hors autorisation chez des patients avec d'autres types de douleurs en alternative aux opioïdes.

Des rapports soumis à la FDA et des données de la littérature montrent que des difficultés respiratoires graves peuvent se produire lorsque les gabapentinoïdes sont administrés à des patients présentant déjà des facteurs de risque respiratoires.

Parmi les 49 cas rapportés soumis à la FDA entre 2012 et 2017, douze patients sont décédés suite à une dépression respiratoire due aux gabapentinoïdes. Tous présentaient au moins un facteur de risque. Ce nombre correspond aux cas soumis à la FDA qui souligne qu'il doit y avoir des cas supplémentaires.

Passage en revue des études disponibles

La FDA a passé en revue les résultats de deux essais cliniques randomisés réalisés en double aveugle [2,3], molécule versus placebo, chez des personnes saines, ceux de trois études observationnelles ainsi que ceux issus des travaux chez l'animal [4,5,6].

Un des deux essais a montré que la prégabaline prise seule ou avec un antidouleur à base d'opioïde pouvait entraîner une dépression respiratoire. L'autre essai a montré que la gabapentine seule augmentait les pauses respiratoires au cours du sommeil.

Les trois études observationnelles ont identifié une relation entre la prise de gabapentinoïdes en pré-opératoire et la dépression respiratoire qui se produisait après la chirurgie. Plusieurs études sur des modèles animaux ont aussi mis en évidence que la prégabaline seule ou avec des opioïdes était impliquée dans la dépression respiratoire.

Des prescriptions en augmentation

« Notre objectif dans cette demande d'étiquetage d'avertissement est de s'assurer que les professionnels de santé et les patients comprennent les risques associés aux gabapentinoïdes quand ils sont pris avec des produits dépresseurs du système nerveux central comme les opioïdes ou quand ils sont pris par des personnes présentant des troubles respiratoires » a indiqué le Dr Throckmorton.

La FDA constate une augmentation de la prescription de gabapentinoïdes. On estime que le nombre de patients auxquels de la gabapentine est prescrite chaque année est passé de 8,3 millions à 13,1 millions entre 2012 et 2016. Dans ce même intervalle de temps, le nombre de patients qui ont eu une prescription pour de la prégabaline est passé de 1,9 million à 2,1 millions.

De plus, des données collectées dans le cadre d'une enquête chez les praticiens en cabinet ont montré que 14% et 19 % des patients prenant respectivement de la gabapentine et de la prégabaline prenaient également des opioïdes.

Crise des gabapentinoïdes : la France n’est pas à l’abri

L’usage abusif de la prégabaline en France est un phénomène récent, apparu en 2011 et plus marqué en 2018. Ici, le premier cas d’usage récréatif de prégabaline, rapporté par un médecin généraliste au réseau d’Addictovigilance, date de 2011 et a conduit en 2012 à l’ouverture d’une enquête officielle visant à évaluer le potentiel d’abus, de pharmacodépendance et d’usage détourné de la prégabaline [7]. De fait, les notifications d’addictovigilance en France font état d’une augmentation récente du nombre de cas d’usages problématiques (complications en contexte de polyconsommation, escalade des doses, difficultés à arrêter…). Deux populations ont été identifiées : des sujets faisant une polyconsommation de substances psychoactives, notamment l’héroïne ou d’autres opioïdes, en contexte non médical ou médical et, en population générale, 8 à 12 % des sujets initiant la prégabaline en contexte thérapeutique présentent un mésusage par l’utilisation de doses supérieures aux doses maximales thérapeutiques (Driot et al. France). En septembre 2019, le Bulletin de l’Association des Centres d’Addictovigilance écrivait « l’état actuel des connaissances concernant les risques liés à l’interaction entre la prégabaline (comme la gabapentine) et les opioïdes sur la dépression respiratoire incitent à la précaution chez les patients traités pour des douleurs et exposés à ces deux médicaments, ainsi que chez les sujets présentant une dépendance aux opioïdes ou sous médicament de substitution aux opioïdes et susceptibles de se voir prescrire la prégabaline (ou de la consommer dans un contexte non thérapeutique) ». SL

La version originale de l’article a été publiée en anglais sur Medscape US le 8 novembre 2019, traduite et complétée par Marine Cygler et Stéphanie Lavaud pour Medscape Edition Française.

 

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