POINT DE VUE

Le best of de l’année en infectiologie

Pr Gilles Pialoux

Auteurs et déclarations

27 décembre 2019

TRANSCRIPTION/ADAPTATION

Paris, France -- En cette fin d’année, le Pr Gilles Pialoux, professeur de maladies infectieuses à l’université Paris-Sorbonne et à l’hôpital Tenon, nous propose un tour d’horizon des événements qui ont marqué 2019 en infectiologie. Une sélection qui n’est forcément pas exhaustive : « Choisir, c’est renoncer », souligne-t-il.

Du nouveau dans le traitement d’Ebola

Ebola est toujours prévalent en République Démocratique du Congo. Un essai important y a été conduit, et ses résultats prometteurs sur le plan thérapeutique ont été publiés dans le NEJM du 27 novembre dernier[1].

Il s’agit d’un essai randomisé en 4 groupes avec comme traitement de référence le fameux ZMapp, l’anticorps monoclonal chimérique développé lors de la précédente épidémie versus l’antiviral remdésivir, ou l'anticorps monoclonal, MAb114 ou une association de trois anticorps monoclonaux nouveaux qui ont été rajoutés en cours d’essai.

Ont été incluses environ 170 personnes par groupe, avec des PCR positives.

Il en ressort que le taux de mortalité reste élevé. Dans le groupe contrôle ZMapp, nous sommes autour de 50 % de décès. Toutefois, dans les groupes des nouveaux anticorps monoclonaux, avec le MAb114 et les 3 anticorps monoclonaux, la mortalité est abaissée autour de 30 %.

Choc de concept : la transplantation d’organe à partir de donneur VHC+

Un papier clé de Transplanting Infectious Disease daté du 14 oct 2019[2], confirme ce que l’on avait déjà vu dans les congrès, notamment à l’AASLD[3,4,5], c’est à dire la possibilité, l’acceptabilité, et le « proof of concept » de la greffe de donneurs VHC+ (décédés le plus souvent d’overdoses d’opioïdes*) à des receveurs VHC négatifs.

Dans cette étude, 10 poumons, 7 reins, et 3 cœurs de donneurs VHC+ ont été greffés à des receveurs non infectés par l’hépatite C. Tout cela étant encadré par un traitement de l’hépatite C.

Le protocole thérapeutique pour le receveur a associé le glécaprévir (300mg) et le pibrentasvir (120mg) et l’ezetimib (10 mg), un hypocholestérolémiant qui a un effet bloquant du VHC dans les cellules. Il est donné un jour avant la transplantation et 7 jours après.

Il s’avère, au final, qu’il est tout à fait efficace puisque, dans cette série de 20 patients greffés, l’hépatite C n’a pas été transmise aux receveurs.

(Lire Des patients VHC+ peuvent donner cœur et poumons, sans risque pour le receveur)

*Gilles Pialoux précise que, la crise des opioïdes[6] a fait plus de décès entre 1999 et 2011 que ne l’a fait au total la guerre du Vietnam entre 1956 et 1976 chez les militaires américains (58 220 décès). « En cumulé, nous sommes à plus de 174 000 décès par surdosage des opioïdes, dominés principalement par le détournement du fentanyl », souligne-t-il.

(Lire Overdoses d’opioïdes, suicides…l’espérance de vie est en baisse aux Etats-Unis)

Une recrudescence des candidémies chez les UDIV aux USA

Une publication de Clinical Infectious Disease datant du 2 novembre[7] montre une augmentation très importante des candidémies associées aux injections d’opioïdes aux Etats-Unis. De 2014 à 2017, le pourcentage de cas de candidémie parmi les utilisateurs de drogues injectables a plus que doublé dans quatre États où les données étaient disponibles. En tout, 10,7 % des candidémies sont survenues après la consommation récente de drogue injectable : « un taux étonnamment haut pour ce qui est habituellement une infection  nosocomiale », écrivent les chercheurs.

La translantation fécale : ses progrès et ses limites

Un papier du Lancet a résumé les indications de la transplantation fécale[8] qui est, en France, uniquement restreinte à la récidive d’infection de chlostridium difficile [9]. Le champ des applications possibles est large : prévention de la réaction du greffon contre l’hôte, colon irritable, colonisation par les BHRe,  autisme, trouble bipolaire, Parkinson, rhumatisme psoriasique, cirrhose et mici [10]. Mais, il y a un retour de bâton et le New England dans son édition du 21 novembre, a montré que la transplantation fécale pouvait transmettre des bactéries comme les BLSE ou Escherichia Coli, associées au microbiote. Ce qui pose un réel problème pour les receveurs de transplantation fécale [11].

(Lire La transplantation fécale peut transmettre des bactéries multirésistantes, alerte la FDA)

HPV : vaccination chez les garçons ; données de clairance

2019 a apporté son lot de nouveautés dans le HPV. En fin d’année, la décision d’élargir la vaccination aux papillomavirus aux garçons a été prise (Lire La HAS recommande d’élargir la vaccination contre le HPV aux garçons).

Un peu plus tôt dans l’année, une méta-analyse publiée dans le Lancet a apporté de nouvelles données d’efficacité[12]. Ce travail qui a porté sur plus de 60 millions de personnes, suivies jusqu’à 8 ans après la vaccination, montre qu’il existe un haut niveau d’efficacité du vaccin que ce soit chez les jeunes femmes ou les jeunes garçons. Les odds ratio diminuent avec l’âge puisqu’il y a une exposition qui augmente avec l’âge.

Enfin, un autre travail important réalisé par une équipe française de l’ANRS, a concerné la clairance des papillomavirus les plus oncogène, les HPV16 et HPV18 dans une population à risque, d’hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et séropositifs au VIH [13]. Il s’agit de l’étude APACHES publiée dans le Journal of Infectious Disease, qui montre que cette clairance est modérée, lente mais qu’elle existe dans le temps.

Une éclaircie dans la polémique sur le post Lyme ?

Un petit élément devrait singulièrement relancer le débat sur la polémique du post-Lyme. Il s’agit d’un papier de l’Académie des Science[14]qui apporte un substratum physiopathologique à la persistance de symptômes après Lyme avec l’identification de peptidoglycanes qui amèneraient une persistance antigénique et qui pourraient expliquer une partie de la pathologie, notamment, sur le plan ostéo-articulaire, en post-Lyme.

VIH et « Test to treat »

Dans le VIH, entre autre, une étude très importante a été menée au Botswana sur le « Test and Treat » qui a été publiée dans le New England Journal of Medicine[15] . Elle confirme l’efficacité de l’association dépistage, traitement rapide et éventuellement mise sous PrEP des personnes les plus à risque que l’on observe dans ces pays à forte prévalence pour le VIH.

Des phages pour le choléra

Nous assistons à un regain d’intérêt pour les phages dans le choléra. Pour rappel, ces derniers ont été plébiscités pour lutter contre le choléra dès 1896. Nous observons donc un retour de concept avec un papier publié cette année dans le Journal of Infectious Disease intitulé « La réviviscence de la thérapie par les phages du choléra » qui rapporte notamment qu'un seul phage, Phi_1, pourrait être efficace dans le traitement du choléra, sans niveaux de résistance détectables[16,17]. Des données qui amènent les auteurs à appeler à ce que des essais cliniques sur des patients humains soient envisagés.

Merci d’avoir écouté ce blog, « Best off de l’année 2019 » qui est forcément rapide, sélectif et subjectif !

A bientôt sur Medscape.

Voir tous les blogs du Pr Pialoux ici

 

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