La HAS recommande d’élargir la vaccination contre le HPV aux garçons

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

23 décembre 2019

Paris, France La Haute autorité de santé (HAS) a étendu ses recommandations en faveur de l’élargissement aux garçons de la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV), en prévention de divers cancers [1]. La ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, souhaite l’intégrer au calendrier vaccinal de 2020 avec une mise en application « d’ici l’été » [2].

La HAS a recommandé d’étendre la vaccination contre les HPV à tous les garçons âgés de 11 à 14 ans (schéma à deux doses), avec un rattrapage jusqu’à 19 ans (schéma à trois doses), soit des modalités identiques à ce qui est appliqué actuellement pour les jeunes filles. La vaccination reste recommandée jusqu'à 26 ans pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).

« Les garçons sont en effet également infectés par ces virus HPV et les transmettent à leurs partenaires. Près de 25 % des cancers provoqués par les HPV surviennent chez les hommes. C’est pourquoi la ministre des Solidarités et de la Santé avait saisi la Haute autorité de santé de ce sujet », explique le ministère de la santé, dans un communiqué [2].

 
Près de 25 % des cancers provoqués par les HPV surviennent chez les hommes. Agnès Buzyn
 

« Freiner la transmission » du virus

La HAS avait déjà exprimé un avis favorable fin octobre dans un projet soumis à consultation publique pendant un mois. La Haute autorité précise qu’elle a recueilli 120 contributions de la part d’associations de patients, de collèges nationaux de professionnels de santé et de fabricants. Ces retours ont été étudiés pour émettre l’avis définitif, précise-t-elle.

« Sous réserve d’une couverture vaccinale suffisante », elle estime que la vaccination des garçons permettrait « de freiner la transmission des papillomavrius » au sein de la population générale, afin de mieux protéger de l’infection « les filles et les femmes non vaccinées », ainsi que « les garçons et les hommes, quelle que soit leur orientation sexuelle ».

Selon la HAS, cette couverture universelle permettrait également d’atteindre plus facilement les HSH, plus à risque de cancer anal lié au HPV, à un âge où la préférence sexuelle n’est en général ni connue, ni affirmée.

La couverture vaccinale contre cette infection sexuellement transmissible reste « très insuffisante » avec un taux actuellement de femmes vaccinées de 24%, bien loin des 60% fixés comme objectif dans le Plan cancer 2014-2019. Or, la vaccination reste « le meilleur moyen de lutter contre ces virus », à l'origine de plus de 6 000 nouveaux cas de cancers par an, note la HAS.

« Vacciner les garçons aurait, dans ce contexte, un bénéfice majeur. Cela permettrait de réduire la circulation du virus et contribuer ainsi à mieux protéger la population féminine contre le cancer du col de l’utérus », exprimait pour sa part le Dr Christian Jamin, médecin gynécologue à Paris, dans nos colonnes fin octobre.

Prévention des cancers des voies aériennes

Le virus HPV est en effet impliqué dans le développement du cancer du col de l’utérus, de la vulve et du vagin, mais aussi des cancers oraux pharyngés et anaux, qui touchent également les hommes. L’infection est ainsi à l’origine de près de 1 200 cancers des voies aériennes par an chez l’homme, contre 360 chez les femmes [3]. Des cancers attribués aux rapports sexuels oraux-génitaux.

Plusieurs pays (Etats-Unis, Australie, Belgique, Allemagne, Grande-Bretagne…) ont déjà fait le choix de vacciner les filles comme les garçons avant les premiers rapports sexuels. En Australie, où la vaccination anti-HPV a été élargie aux garçons en 2013, le cancer du col de l’utérus serait en voie d’éradication, selon des estimations.

En début d’année, dans l’ « Appel des 50 », un collectif de 50 sociétés médicales françaises (académies, collèges, sociétés et syndicats médicaux) avait réclamé cette vaccination universelle contre le HPV. Le collectif demandait « une politique vaccinale ambitieuse », contre un virus « responsable de nombreux cancers et d’autres maladies touchant l’homme et la femme ».

Dans un communiqué, la Société française de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale (SFCPCV), l’un des signataires de l’appel, s’est félicité de ces nouvelles recommandations [4]. Elle estime que la vaccination ainsi étendue devrait  « casser la chaine de contaminations » et rappelle qu’elle pourra également protéger des lésions HPV bénignes, dont les verrues anogénitales, qui touchent 100 000 individus chaque année.

Restaurer la confiance 

Pour obtenir une couverture vaccinale suffisante, il faudra toutefois lever certains freins, dont les principaux sont l’absence de proposition systématique du vaccin par un médecin et les doutes sur la sécurité du produit. « Recommander cette vaccination sans considération de genre et d'orientation sexuelle facilitera la proposition vaccinale », estime la HAS.

 
Recommander cette vaccination sans considération de genre et d'orientation sexuelle facilitera la proposition vaccinale.
 

Selon elle, les bénéfices de l'élargissement aux garçons seront toutefois limités « sans une politique vaccinale plus engagée au niveau national ». Elle recommande pour cela de mettre en place des actions pour restaurer la confiance vis-à-vis de cette vaccination, auprès du public, mais aussi des professionnels de santé.

Ces actions pourraient notamment se traduire par des campagnes d’information « visant à éclairer (…) sur les bénéfices escomptés et la sécurité de la vaccination, lever les craintes sur les effets secondaires ».

Par ailleurs, elle envisage « une proposition vaccinale plus systématique de la part des professionnels de santé », à travers des programmes de vaccination, calqués sur ceux dédiés au dépistage ou dans le cadre d'une consultation de santé sexuelle proposée pour chaque adolescent.

Enfin, elle recommande de faciliter l’accès à la vaccination, notamment aux plus démunis, et évoque une mise en application en milieu scolaire qui permettrait d’augmenter la couverture vaccinale, tout en limitant l’influence des inégalités socio-économiques.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....