Acné : le microbiome cutané au cœur du problème, et de la solution

Marine Cygler

16 décembre 2019

Paris, France – Et si nous devions faire table rase de ce que nous pensions savoir sur l'acné pour pouvoir, enfin, traiter durablement cette maladie ? On n'en est pas loin, même si la question est un peu caricaturale. La preuve avec une présentation remarquée de la Pr Brigitte Dréno (CHU Nantes) lors des Journées Dermatologiques de Paris 2019 (JDP).

La dermatologue a démontré le rôle central du microbiome cutané dans les acnés inflammatoires chroniques. Elle a aussi listé les réflexes des patients mais aussi les pratiques des professionnels qui doivent être remis en cause pour ne pas aggraver la dysbiose.

Deux cas cliniques : un point commun

L’oratrice a présenté deux cas cliniques assez courant en consultation :

  • un jeune homme de 23 ans présentant de l'acné inflammatoire (grade 3) sur le visage et le dos. Acné depuis l'âge de 20 ans. Il a suivi déjà deux cures d'isotrétinoïne suivies à chaque fois par des rechutes trois mois après malgré un traitement d'entretien. Il fume du cannabis.

  • une jeune femme de 25 ans, commerciale, dort peu, stressée. Rechute après trois cures de cycline associées à un traitement local, de même qu'après une cure d'isotrétinoïne. Elle prend une pilule contraceptive, se nettoie la peau avec du savon noir et réalise des soins aux huiles essentielles tous les soirs.

Le lien commun entre ces deux situations ? « Ce sont deux cas d'acné inflammatoire chronique pour lesquels la dysbiose cutanée est entretenue », explique la spécialiste. Avant de poursuivre « Chez nos deux patients, les rechutes peuvent être dues à un entretien de l'activation de l'immunité innée par aggravation de la dysbiose. On n'arrive plus à stopper ce cercle vicieux dysbiose-activation de l'immunité innée. »

Perte de diversité du microbiome chez les acnéiques

« Durant des années on s'est radicalement trompé en pensant que, dans l'acné inflammatoire, il y avait une prolifération de Cutibacterium acnes (le nouveau nom de Propionibacterium acnes) », indique Brigitte Dréno. « Il n'y a pas de prolifération, ceci est une donnée tout à fait récente.  Donc l'objectif n'est sûrement pas de détruire, par une antibiothérapie locale, cette bactérie qui, de plus, est une bactérie saprophyte », poursuit-elle.

Dans l'acné, il y a en fait une perte de diversité la bactérie Cutibacterium acnes dont on dénombre six phylotypes. L'un deux, le CC18 I A1, devient prédominant sur le visage et le dos. On retrouve cette même prédominance dans le cas de l'acné de la femme adulte, à la différence d'une peau saine pour laquelle on observe la diversité entre les différents phylotypes.

Durant des années on s'est radicalement trompé Pr Brigitte Dréno

La sévérité de l'acné est-elle liée au phylotype ?

Non, répond Brigitte Dréno qui indique que le phylotype n'explique pas en lui-même la sévérité de l'acné. « La question de fond est de savoir si la perte de la diversité est importante et si elle joue un rôle dans les lésions inflammatoires. Si c'est le cas, cela signifie que je dois corriger cette perte de diversité ». Une piste qui semble étayée par les travaux de l’une de ses collaboratrices sur des explants de peau : in vitro, la perte de la diversité de phylotypes, en comparaison avec une peau saine, jouerait très probablement un rôle important dans le développement de l'acné inflammatoire.

De nouveaux acteurs découverts

Autre changement dans la connaissance du microbiome : il ne faut pas se focaliser sur Cutibacterium acnes. « On s'est centré pendant des années sur C.acnes. En fait, lorsque vous regardez la diversité de votre microbiome, vous avez moins en moyenne moins de C.acnes chez un acnéique que  chez un sujet sain. En revanche, on s'est rendu compte qu'il y avait plus de staphylocoques et d'entérocoques chez les patients acnéiques », explique Brigitte Dréno.

L'acné est donc due à une dysbiose avec une perte de diversité du phylotype de C.acnes mais aussi  une augmentation de certaines bactéries, dont Staphylococcus epidermidis .

L’importance de l’interaction entre les bactéries

Au-delà des bactéries du microbiome, la façon dont elles interagissent peut aussi être une cible thérapeutique. Par exemple, on sait que les bactéries contrôlent la prolifération d'autres espèces bactériennes via des peptides antimicrobiens : C. acnes contrôle la prolifération de S. epidermidis via l'acide propionique et S. epidermidis celle de C.acnes par l'acide succinique.

Aussi, des messagers nouvellement identifiés, les vésicules extracellulaires sécrétées par les bactéries, dont C. acnes, concourent à la formation du microcomédon. Il s’agit donc d’une piste thérapeutique émergente. Formées d'une partie de la membrane des bactéries, ces vésicules extracellulaires augmentent la prolifération des kératinocytes, leur différenciation et agissent sur la sécrétion de cytokines.

L'acné est donc due à une dysbiose avec une perte de diversité du phylotype de C.acnes mais aussi  une augmentation de certaines bactéries, dont  Staphylococcus epidermidis.

Les gestes qui aggravent la dysbiose

Comment un patient acnéique aggrave lui-même sa dysbiose ?

  • par des soins d'hygiène et de cosmétique : lavage intensif, massage de la peau ;

  • en utilisant des produits à pH basique ;

  • en utilisant des savons antibactériens.

Le conseil de Brigitte Dréno : « Demander aux patients quelle crème hydratante ils utilisent et s'assurer qu'elle soit adaptée. Attention aux huiles essentielles dont certaines peuvent être des activateurs de l'immunité innée. »

Comment le médecin peut-il, avec ses traitements usuels, entretenir l’acné ? En utilisant un antibiotique local qui va, au final, aggraver la dysbiose. L’oratrice a rappelé, à ce titre, que le peroxyde de benzoyle, était aussi efficace que l'antibiotique topique, tout en ne modifiant pas, à priori, le microbiome cutané, même s'il a l'inconvénient de décolorer les tissus.

De son côté, l'isotrétinoine modifie le microbiome et favorise le développement de S. aureus impliqué dans l’acné. D'où le conseil de Brigitte Dréno : « penser à traiter votre patient avec des protecteurs de la barrière cutanée dès le début du traitement ».

Pour finir, la spécialiste rappelle qu'en attendant les traitements de demain, capables de rétablir l'équilibre du microbiome cutané, le médecin doit garder en tête que les traitements qu'il prescrit et le mode de vie du patient peuvent contribuer à la dysbiose.

 

Bientôt, un nouveau rétinoïde topique

Lors d'un topo « Quoi de neuf ? », la Dr Florence Poli (dermatologue, CHU Henri Mondor, Créteil) a rappelé l'arrivée attendue en 2020 du trifarotène, rétinoïde topique de 4ème génération, développé par les laboratoires Galderma. A la différence des autres rétinoïdes topiques, le trifarotène est dirigé contre un seul récepteur de l’acide rétinoïque, le récepteur gamma retrouvé à forte concentration dans les kératinocytes. La dermatologue a cité les bons résultats de ce nouveau médicament des deux études de phase III PERFECT 1 et PERFECT 2 à la fois sur les lésions inflammatoires et rétentionnelles [2] .

 

 

 

 

 

 

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