Pas de dépistage universel pour l’hépatite C, dit la HAS

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

3 décembre 2019

Saint Denis La Plaine—Faut-il élargir le dépistage de l’hépatite C à la population générale ? C’est la question que s’est posée la HAS qui conclut qu'un dépistage universel ne serait pas efficient en France et qu'il faudrait plutôt renforcer le dépistage dans les populations les plus à risque de contamination et de transmission.

En attendant de définir les modalités d'un tel dépistage renforcé, la stratégie nationale de dépistage de l'hépatite C actuelle qui se concentre sur les populations à haut risque d'exposition au virus reste en place.

Pour élaborer son avis, la HAS a analysé la littérature : études épidémiologiques françaises, recommandations internationales, analyses médico-économiques françaises et internationales.

Le contexte épidémiologique français de l’infection par le VHC a changé

Selon la HAS, les données épidémiologiques n’encouragent pas au dépistage universel dans l’hexagone.

Au cours des dernières années :

  • la prévalence de l’hépatite C chronique en France a baissé. Elle est faible par rapport au reste du monde (respectivement de 0,42 % et 0,30 % en 2011 et 2016 en France, vs. 1,00 % en 2014 en moyenne à l’international) ;

  • le nombre de personnes non diagnostiquées ayant une hépatite C chronique en France a décru de façon conséquente (74 102 en 2014 vs. 25 892 en 2016) ;

  • le nombre de personnes infectées par le VHC a fortement baissé en France (192 700 personnes en 2011 vs. 115 000 en mars 2018).

  • Aussi :

  • la mortalité en lien avec hépatite C en France est prévue à la baisse, contrairement au reste du monde ;

  • le taux de recours au dépistage des individus à risque d’exposition au VHC est relativement bas ;

  • Il y a une augmentation des réinfections après guérison dans certaines populations ayant un risque élevé d’exposition au VHC.

Dans la lignée des recommandations internationales

Concernant les recommandations internationales, la HAS souligne qu’aucune ne soutient un dépistage universel de l’hépatite C et que toutes ciblent des sous-populations dans lesquelles la prévalence est la plus élevée. Elle note également que « l’expérience du dépistage du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), recommandé en France depuis 2009 pour l’ensemble de la population une fois au cours de la vie, a montré les difficultés de mise en œuvre de ce type de stratégie, conduisant la HAS, dans ses recommandations de 2017, à remettre la priorité du dépistage VIH vers les populations ayant des facteurs de risque. »

Pas d’efficience du dépistage universel, selon une évaluation médico-économique

« La revue systématique de la littérature portant sur les études économiques internationales n’a pas permis, non plus, de conclure à l’efficience du dépistage universel », indique la HAS qui précise que cette analyse de la littérature ne va pas dans le sens des résultats publiés par les français Deuffic-Burban S. et coll en 2018 [2].

En 2018, l’analyse critique de l’étude française évoquée ci-dessus et financée par l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) a conclu que la stratégie universelle serait efficiente à partir du moment où la collectivité serait prête à dépenser environ 60 000 € par QALY (une année de santé parfaite équivaut à une QALY de 1).

En dessous de ce seuil, les stratégies fondées sur les facteurs de risque ou ciblant les individus âgés entre 40 et 80 ans ont plus de chance d’être efficientes.

Cependant, les « limites méthodologiques » venant s’ajouter aux « hypothèses fragiles de la modélisation » rendent « la transposabilité de ces résultats en pratiques réelles incertaine et susceptible de remettre en cause les conclusions sur l’efficience du dépistage universel », explique la HAS.

Parmi les limites de l’étude française, la HAS cite «  la fragilité des résultats du modèle lorsque l’on modifie le délai entre le moment du diagnostic et la mise en œuvre du traitement ; ainsi le Ratio Différentiel Coût/Résultat (RDCR, critère qui permet l'analyse comparative des coûts et des résultats ou conséquences entre différentes stratégies de santé) de la stratégie universelle passe d’environ 30 000 € par QALY lors d’une instauration immédiate du traitement après le diagnostic (analyse de référence) à 280 000 € par QALY (lorsque le délai de traitement est d’un an)».

Renforcer le dépistage ciblé

Considérant l’ensemble de ces éléments, la HAS conclut que l'élargissement du dépistage du VHC à la population générale n’est pas la solution appropriée pour éliminer le virus en France mais que celle du dépistage ciblé est à privilégier.

« La HAS recommande d'intensifier ce dernier avec une vigilance particulière sur le risque de réinfection dans les populations au risque élevé d'exposition au VHC. » Les modalités de ce dépistage renforcé seront exposées dans un deuxième temps.

Les objectifs seront les suivants : identifier les facteurs de risque de contamination, de re-contamination et de transmission – pour, si besoin, élargir la population ciblée par le dépistage – et détailler les points à améliorer pour mieux atteindre ces populations, parfois éloignées du système de soin.

 

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