Cancer de la prostate : en augmentation inquiétante chez les hommes jeunes

Marine Cygler, Nick Mulcahy

Auteurs et déclarations

3 décembre 2019

Portland, Etats-Unis - L'incidence du cancer de la prostate chez les adolescents les plus âgés et les jeunes adultes a augmenté dans la plupart des pays du monde. C'est ce que montre une étude internationale publiée en ligne dans la revue Cancer [1] le 25 novembre dernier. Toutefois, la cause de cette hausse reste une énigme. En France, les chiffres publiés en juillet dernier ne montrent pas une telle augmentation.

« Les hommes dès 17 ans sont de plus en plus concernés par une augmentation du carcinome de la prostate dans la majorité des pays du monde  », écrivent les auteurs, le Dr Archie Bleyer (Oregon Health and Science University's Knight Cancer Institute, Portland, Etats-Unis) et coll.

Les données indiquent que l'incidence du cancer de la prostate a augmenté dans tous les groupes entre 15 et 40 ans avec un taux stable moyen de 2 % par an depuis 1990 (P<0,01).

Cela dit, le cancer de la prostate reste rare chez les hommes jeunes avec un taux d'incidence d'environ 0,2 cas pour 100 000 hommes jusqu'à l'âge de 35 ans, et même plus bas chez les hommes plus jeunes d'après les données américaines sur les vingt dernières années. Mais, le taux bondit de façon spectaculaire et atteint quasiment les 1,8 cas pour 100 000 entre 35 et 39 ans.

A 70 ans, l'incidence est d'environ 800 pour 100 000 hommes.

Aux Etats-Unis, pour les jeunes hommes, une maladie métastatique au diagnostic était retrouvée six fois plus souvent que pour les hommes de 41 ans et plus, et les taux de survie à cinq ans étaient nettement moins bons.

L'augmentation de l'incidence est « déconcertante » et les facteurs causaux potentiels « incompris » a indiqué la Pr Suzanne M. Miller (Fox Chase Cancer Center/ Temple University Health System, Philadelphie, Etats-Unis) dans un mail envoyé à Medscape Medical News.

Suzanne Miller, qui n'a pas participé à l'étude, a observé aussi des augmentations similaires des cancers colorectaux chez les jeunes adultes.

Les résultats de ces récents travaux sont nouveaux dans la mesure où ils élargissent la zone géographique d'étude. Ils confirment aussi l'augmentation d'incidence pour la tranche 20-49 ans, déjà documentée aux Etats-Unis[2].

Des données mondiales

Pour cette étude, les investigateurs ont eu recours à différentes sources : les registres du SEER program américain et les données globales de l'Institute for Health Metrics and Evaluation . Les résultats concernent donc tout le continent américain mais aussi l'Europe, l'Afrique et l'Asie.

De 1990 à 2017, l'incidence du cancer de la prostate a augmenté fortement pour les trois tranches d'âge (25-29 ans ; 30-34 ans et 35-39 ans) dans les quatre régions du monde.

A noter, le taux de mortalité par cancer de la prostate ne suit pas l'incidence puisqu'il a diminué ou est resté stable. Cela dit en 2016 et 2017, périodes des dernières données disponibles, il a augmenté dans certaines régions et pour certaines tranches d'âge.

Le dosage du PSA dans le viseur

Il y a beaucoup « d'inconnus » concernant l'augmentation de l'incidence du cancer de la prostate chez les jeunes hommes, notamment sa cause, indiquent les auteurs.

Dans leur publication, ils listent plusieurs raisons possibles, dont le dosage du PSA. Ils rappellent d'ailleurs qu'aux Etats-Unis, entre 2000 et 2015, 2% des hommes âgés de 30 à 39 ans et 5% à 6% de ceux âgés entre 40 et 49 ans détenteurs d'une mutuelle de santé avaient réalisé un dépistage par dosage du PSA, contrairement aux recommandations de bonnes pratiques[3].

Cela dit, ils constatent aussi que ce sont les jeunes gens avec une histoire familiale de cancer de la prostate, un risque génétique ou encore des symptômes cliniques qui sont plus prompts à faire un dosage de PSA.

Les auteurs font aussi l'hypothèse que l'augmentation globale de l'incidence pourrait être liée à différentes évolutions, comme celle de l'obésité, le manque d'activité physique, l'infection au papillomavirus, l'exposition à diverses substances carcinogènes et/ou la prise en charge du patient.

Des cancers de plus sombre pronostic

Ce qui est certain pour les chercheurs, c'est que les jeunes Américains atteints d'un cancer de la prostate ont des taux de survie désastreux.

En s'appuyant sur les données de 2000 à 2015 des registres du SEER program, les auteurs expliquent : « aux Etats-Unis, le taux de survie relatif à cinq ans des hommes diagnostiqués entre 40 et 80 ans se situe entre 95 et 100 % alors qu'il est de 30 % pour ceux âgés de 15 à 24 ans, de 50 % pour ceux entre 20 à 29 ans et de 80 % pour ceux de 25 à 34 ans ».

Malheureusement, on ne sait pas « en quoi la biologie de ces cancers (ndlr : des jeunes) diffère de celles des hommes plus âgés » poursuivent-ils.

Toutefois aux Etats-Unis, les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) reconnaissent cette augmentation d'incidence du cancer de la prostate parmi les jeunes de 15 à 39 ans et appellent à des investigations poussées, notamment sur la biologie.

Dans leur discussion, les auteurs commentent que la plupart des hommes diagnostiqués avant 40 ans présentent une maladie localisée au diagnostic. Comparés aux patients plus âgés, ils ont une plus petite proportion de tumeurs à haut grade mais ont plus souvent des tumeurs métastatiques au diagnostic.

Les tumeurs des jeunes hommes présentent plusieurs caractéristiques : elles sont classiquement indifférenciées, métastasent précocement, ne répondent pas bien aux traitements hormonaux et enfin, les métastases osseuses sont plutôt lytiques que condensantes.

Une exception française ?

En France, les données les plus récentes (Lire Cancers : ceux qui progressent, ceux qui reculent) indiquent que le cancer de la prostate est en recul avec une baisse de la mortalité (-3,7 % par an entre 2010 et 2015) et de l’incidence (-3,5 % par an entre 2010 et 2015). Si la baisse de l'incidence chiffrée est globale, les graphiques par tranche d'âge ne semblent pas montrer non plus d'augmentation de l'incidence du cancer de la prostate chez les plus jeunes, contrairement à l'étude présentée ci-dessus.

Ceci dit, cette diminution de l'incidence s'est produite après une forte augmentation observée jusqu’en 2005. La baisse rapide qui a suivi est liée aux modifications de pratique du dépistage individuel par le dosage du PSA, expliquent les auteur du rapport « Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 ».

La diminution constante de la mortalité entre 1990 et 2018 (‐2,8 % par an) est attribuée à la fois à l’amélioration des traitements et au dépistage qui permet de diagnostiquer certains cancers à des stades précoces, donc curables.

 

Adapté de l’article de Nick Muhalny In teens and young men, prostate cancer on the rise sur medscape.com

 

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