POINT DE VUE

Dépistage et traitement du diabète : il faut miser sur la médecine participative

Dr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

25 novembre 2019

Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste

La participation des familles et des proches dans la prise en charge du diabète est cruciale, comme l’a souligné cette année encore la Journée Mondiale du Diabète. Pourquoi est-ce si important ?

TRANSCRIPTION

Comme chaque année, le mois de novembre est marqué par la Journée Mondiale du diabète, le 14 novembre. Pourquoi le 14 ? Parce que c’est l’anniversaire de Frederick Banting qui, avec Charles Best, a pour la première fois développé la théorie qui est à l’origine de la découverte de l’insuline — c’était en 1922.

Le logo de cette journée du diabète est aussi très parlant. Il représente le symbole du yin et du yang. Pourquoi ? Parce que le traitement du diabète repose sur un équilibre entre les traitements — l’insuline, les autres thérapeutiques médicamenteuses ou non, c’est-à-dire hygiénodiététiques — et également un équilibre parce qu’il doit y avoir une coopération bien équilibrée entre le patient, la famille, les soignants et les autorités publiques.

 
Parce que beaucoup de personnes diabétiques ne savent pas qu’elles sont diabétiques.
 

Cette année 2019, le thème de la journée mondiale du diabète était « Protégez votre famille ». Je crois que c’est la deuxième fois consécutive que cette thématique est choisie. Pourquoi ? Le constat est que les adultes ne savent pas quels sont les signes avant-coureurs et les signes précoces du diabète. C’est ce qui ressort d’une étude qui a été menée par la Fédération Internationale du Diabète et qui montre que la majorité des personnes qui sont dans des familles où il y a au moins une personne diabétique ne connait pas ces signes de début de diabète, ou encore moins, les facteurs de risque de diabète. Donc l’enjeu, est de dépister le diabète le plus tôt possible pour éviter cette situation de diabétiques qui s’ignorent. Parce que beaucoup de personnes diabétiques ne savent pas qu’elles sont diabétiques. Derrière cela il y a en réalité deux sujets :

  • Le premier est le diagnostic de diabète de type 1, qu’il faut faire vite. Trop souvent, le diagnostic est fait tardivement chez un patient qui est déjà en acidocétose et avec des risques vitaux. C’est assez simple de connaître ces signes, mais c’est méconnu : c’est une perte de poids, un syndrome polyuropolydipsique, et dans ces cas, il faut faire une glycémie, même une glycémie capillaire au cabinet du médecin suffit ; et bien sûr une bandelette urinaire si la glycémie est élevée, pour voir s’il y a déjà l’acétone.

  • Le deuxième sujet est le diagnostic précoce du diabète de type 2. On sait qu’un diabétique sur deux ignore sa maladie diabétique, et en particulier le diabète type 2, et même en France, c’est fréquent. D’ailleurs, à l’occasion de ce 14 novembre 2019 on a fait l’expérience avec notre équipe, à l’hôpital Bichat et, en particulier, avec une infirmière, Isabelle Décordé – ils ont fait, dans le hall de l’hôpital, un dépistage aux gens qui passaient et qui voulaient faire cette mesure de la glycémie capillaire ; chez 229 personnes qui passaient, 10 présentaient une valeur de la glycémie capillaire au-delà de 2,50 g. Donc c’est beaucoup de gens qui ne se savaient pas diabétiques. Alors pourquoi ce seuil a été utilisé ? Parce que ce dépistage se faisait à n’importe quelle heure, y compris après les repas et donc pour être certain de ne pas dépister des fausses anomalies, on a pris ce seuil de 2,50 g.

En pratique, il n’y a certainement pas une seule méthode à mettre en place pour mieux dépister le diabète, mais l’une des choses à faire, et cette campagne du 14 novembre 2019 le souligne, c’est de sensibiliser les familles. Chacun peut détecter autour de lui les personnes susceptibles d’être ou de devenir diabétiques et de les sensibiliser au dépistage. Ce qu’on voit, c’est que le rôle du médecin ne suffit pas et on peut parler d’aller vers une médecine participative — c’est très à la mode — et donc d’engager les familles pour ce dépistage, mais aussi pour impliquer les personnes, ces familles, dans l’aide à la prise en charge des diabétiques et des personnes à risque de diabète. En pratique, c’est de les encourager à modifier leur mode de vie s’ils sont à risque de diabète ou s’ils sont diabétiques, les aider à mieux adhérer à leurs traitements médicamenteux. Même si le médecin et les soignants jouent évidemment un rôle primordial pour le diagnostic, pour la mise en place du traitement et son suivi, l’essentiel de la vie de la personne diabétique ou prédiabétique, elle n’a pas lieu chez le médecin — elle a lieu au travail, elle a lieu avec sa famille — pas chez les soignants. Donc plutôt que tout miser sur le médecin ou sur un coaching effectué par des professionnels, il faut encourager l’entourage au dépistage, je le répète, et à l’aide à la prise en charge des patients.

Voilà des pistes qui sont, à mon avis, négligées aujourd’hui, et que la Journée mondiale du diabète nous a rappelé d’emprunter pour réduire l’incidence du diabète et de ses complications.

Je vous remercie de votre attention et je vous dis à très bientôt, sur Medscape.

 

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