Gaz hilarant : augmentation inquiétante des cas de troubles neurologiques sévères

Aude Lecrubier

25 novembre 2019

Paris, France — Les autorités sanitaires s’inquiètent de l’augmentation des signalements de troubles neurologiques graves en lien avec l’usage détourné, récréatif, de protoxyde d’azote (« gaz hilarant »).

« L’usage détourné de protoxyde d’azote n’est pas nouveau mais le nombre et la gravité des effets indésirables en lien avec cette pratique tendent à augmenter depuis 2018 », indiquent les autorités sanitaires, en lien avec la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) et l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) dans un communiqué en date du 19 novembre[1].

En tout, depuis janvier 2019, 25 signalements d’effets sanitaires sévères ont été notifiés au réseau d’addictovigilance CEIP-A, dont 10 graves avec des séquelles pour certains cas, 8 provenant de la région Hauts-de-France. La plupart des cas déclarés concernaient des hommes âgés de 18 à 34 ans.

Les autorités décrivent une évolution des pratiques depuis quelques mois avec des consommations répétées, voire quotidiennes, au long cours et en grande quantité.

Une évolution qui s'accompagne d'une augmentation du nombre de signalements d'effets sanitaires graves, avec atteintes du système nerveux central et de la moelle épinière. 

Le protoxyde d'azote est un gaz à usage médical, utilisé pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques. Le protoxyde d’azote est aussi un gaz de pressurisation utilisé pour les aérosols alimentaires. Dans le cadre de cet usage commercial, il est soumis à la réglementation des produits de consommation courante et est en vente libre dans les supermarchés et disponible sur Internet. Il fait l’objet d’usages détournés, par voie d’inhalation.

Quels risques ?

Cette pratique expose à deux types de risques majeurs : 

  • des risques immédiats : asphyxie par manque d'oxygène, perte de connaissance, brûlure par le froid du gaz expulsé de la cartouche, perte du réflexe de toux (risque de fausse route), désorientation, vertiges, risque de chute ;

  • des risques en cas d'utilisation régulière et/ou à forte dose : atteinte de la moelle épinière, carence en vitamine B12, anémie, troubles psychiques.

Sans compter que la consommation associée d'autres produits (alcool, drogues) majore les risques.

Signaler et se faire aider

Il est rappelé aux professionnels de santé et aux usagers de :

Par ailleurs, les autorités rappellent que des dispositifs d'aide anonymes et gratuits sont à disposition des usagers, de leur entourage et du public en général :

  • Les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) proposent un service d'accueil, d'écoute, de conseil et d'orientation assuré par des professionnels des addictions, totalement gratuit et confidentiel. Consulter l'annuaire des CJC sur le site Drogue-info-service

  • Drogue-info-service propose un dispositif d'aide à distance.

La direction générale de la santé a diffusé un message à l’ensemble des 17 agences régionales de santé (ARS) afin d’alerter sur ce mésusage et fournir des éléments d’information et de gestion pour mettre en place des actions de prévention, favoriser le diagnostic et la mise en place d’une prise en charge thérapeutique rapide et adaptée des usagers concernés, renforcer le signalement des cas ainsi que la diffusion de messages de vigilance aux usagers.

Par ailleurs, une expertise est actuellement menée, afin de déterminer les actions qui pourraient être mises en œuvre, au niveau national, comme au niveau européen, pour limiter l’utilisation de ces produits dans un usage détourné ; la possibilité de limiter les ventes en termes de volumes ou de classements spécifiques pouvant permettre d’encadrer l’accessibilité de ces produits sont notamment à l’étude.

 

Références

  1. Communiqué de presse DGS. Augmentation des cas graves en lien avec l’usage détourné de protoxyde d’azote (« gaz hilarant ») : les autorités sanitaires alertent sur les dangers de cette pratique. 19 novembre 2019