Un premier cas de dengue transmis par voie sexuelle détecté en Espagne

Carla Nieto Martínez

Auteurs et déclarations

21 novembre 2019

Madrid, Espagne — Les autorités sanitaires espagnoles ont confirmé le premier cas de dengue transmis par voie sexuelle chez un patient autochtone, le 8 novembre dernier[1].

Il s'agit du premier cas de transmission sexuelle du virus de la dengue par voie sexuelle décrit en Europe, ainsi que du premier cas signalé chez des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.

Selon des informations communiquées par le ministère de la Santé, l'hôpital Ramón y Cajal de Madrid a notifié fin septembre à la Direction générale de la santé publique de la Communauté de Madrid deux cas de dengue (un indigène et un importé) sur deux hommes résidant à Madrid.

Le premier cas est celui à un homme âgé de 36 ans qui n'avait pas quitté l'Espagne au cours des 45 jours précédant l'apparition des symptômes (fièvre, maux de tête, dorsalgies, myalgies, diarrhée et éruptions cutanées); il s'agissait donc d'un cas autochtone.

Son partenaire, un homme de 41 ans, a présenté un tableau clinique très similaire avec l'apparition des symptômes 10 jours avant son partenaire. Il avait voyagé à Cuba et en République dominicaine au cours de sa période d'incubation, ce qui en faisait un cas importé.

L’infection a été confirmée par le laboratoire du Centre national de microbiologie.

Pas de moustique « vecteur »

Alors que le moustique Aedes albopictus, le vecteur moustique de la maladie, n’est pas présent dans la région de Madrid, des enquêtes entomologiques ont tout de même été effectuées au domicile des deux patients, à proximité immédiate de la maison et dans une autre ville de la Communauté de Madrid où ils s’étaient rendus, sans que la présence du moustique ne soit détectée. 

Dans les deux cas, le séquençage partiel du virus et l'analyse phylogénétique ont révélé qu'il s'agissait du virus de la dengue et que la séquence virale obtenue était identique chez les deux patients.

Or, il s’avère que les patients ont eu des rapports sexuels non protégés dans les trois jours suivant l'apparition des symptômes chez le cas importé, des échantillons de sperme ont donc été demandés dans les deux cas.

« Des analyses de laboratoire ont confirmé l'infection par le virus de la dengue chez les deux patients. Par la suite, le génome du virus de la dengue a été détecté dans des échantillons de sperme de ces patients et la séquence analysée s’est montrée identique », a expliqué le Dr Sánchez-Seco, responsable du laboratoire Arbovirus du Centre national de microbiologie de l'Institut de santé Carlos III, à Madrid pour l’édition de Medscape en espagnol. Suite à ces analyses, et en l’absence de données à l’appui d’une possible transmission vectorielle, la voie sexuelle a été considérée comme la plus probable.

« Le virus de la dengue est transmis par la piqûre d'un moustique infecté. Cependant, ces nouveaux cas suggèrent la possibilité d'une transmission sexuelle du virus, bien que le risque au niveau de la population soit considéré comme très faible », a souligné le Dr Sánchez-Seco.

Egalement interviewée par l’édition en espagnol de Medscape, la Dre Francesca Norman, médecin adjointe de l’unité de référence nationale pour les maladies tropicales de l’Hôpital universitaire Ramón y Cajal à Madrid, et membre de la Société espagnole de maladies infectieuses et de microbiologie, a indiqué que «  la possibilité d'une transmission du virus de la dengue par voie sexuelle n'avait pas encore été clairement décrite, bien qu'il soit possible que certains cas soient passés inaperçus ou aient été attribués à une transmission vectorielle. »

Le Dr Norman a souligné la nécessité de maintenir la surveillance épidémiologique dans les zones non endémiques afin que de nouveaux cas de dengue puissent être détectés et que leur origine soit recherchée si nécessaire.

« Pour le moment, les mesures de prévention reposent sur la prévention des piqûres de moustiques et sur les précautions à prendre pour prévenir la transmission par transfusion de produits sanguins et la transplantation d'organes. Toutefois, il est possible que ces recommandations soient réexaminées à l'avenir afin d'empêcher la transmission sexuelle, bien que les preuves scientifiques disponibles ne permettent pas de conclure qu'il s'agit là d'une voie de transmission importante de ce virus. »

Dans la littérature scientifique, un seul cas de contagion du virus de la dengue par sexe, a été décrit en 2013 en Corée du Sud. Il s’agissait d’un homme sans antécédent de voyage dans une zone d’endémie qui avait contracté la maladie après des rapports sexuels non protégés avec une femme qui avait contracté l’infection en Indonésie.

Dans les deux cas, le sérotype du virus de la dengue-1 a été détecté et le séquençage génomique a confirmé qu'il s'agissait du même virus. En revanche, contrairement au cas de Madrid, dans la région où ces événements se sont produits, le moustique d'Aedes albopictus était présent, de sorte que la transmission vectorielle n’avait pas pu être complètement exclue à l’époque.

Les docteurs Sánchez-Seco et Norman ont déclaré ne pas avoir de lien d'intérêts en rapport avec le sujet.

Cet article a été traduit et adapté par Aude Lecrubier de l’édition en espagnol de Medscape : Detectado en España y Europa el primer caso de dengue transmitido por vía sexual

 

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