Epidémie de dengue aux Philippines : reportage à l’hôpital d’Iligan

Antoine Hasday, Nicolas Quénel

Auteurs et déclarations

21 novembre 2019

Iligan, Philippines Début août, les Philippines ont déclaré une épidémie nationale de dengue – reconnue comme telle par le gouvernement. A l’échelle du pays, entre le 1er janvier et le 5 novembre de cette année, ont été dénombrés 371 717 cas et 1 407 décès, dont de nombreux enfants.

Ce pays pauvre, en proie à des attaques terroristes ponctuelles, tente de faire face comme il peut à la maladie, parfois avec succès. A l’instar de la ville l’Iligan où, si l’hôpital reste surchargé, principalement par de jeunes enfants, le nombre de nouvelles contaminations décline. Comment l’hôpital d’une ville de 350 000 habitants fait-il face à l’épidémie?

Le vaccin controversé anti-dengue Dengvaxia de Sanofi, qui n’est plus autorisé aux Philippines, aurait-il pu changer la donne ?

Deux jeunes journalistes se sont rendus sur place et décrivent comment s’effectue la prise en charge. Voici leur reportage en 3 volets.

(Lire :   La saga du vaccin contre la dengue aux Philippines continue et Contenir l’épidémie sans vaccin : Interview de M. Canaveral , adjointe à la santé de la municipalité d’Illigan).

1 883 cas sur 350 000 habitants

Avec un nombre de contaminations deux fois plus élevé que l’année précédente sur la même période, la dengue a fait des ravages en 2019 aux Philippines.

Le 21 août, la ville Iligan a déclaré un « état de calamité » après 1883 cas de dengue et 18 mortels.

Cette ville de 350 000 habitants, située dans le Nord de l’île de Mindanao, dans la province de Lanao du Nord, n’en est pas à son premier fléau. Elle est en effet située à une quarantaine de kilomètres de Marawi, dont les djihadistes de Daech se sont emparés le 23 mai 2017, avant d’être délogés au terme d’un siège de cinq mois par les forces armées philippines, au prix de la destruction d’un tiers de la ville et de centaines de milliers de déplacés.

Dengue : traiter les symptômes

La dengue est une arbovirose transmise par le moustique Aedes aegypti. Caractérisée par de la fièvre, des rougeurs et des douleurs, elle guérit généralement d’elle-même au bout d’une semaine ou deux. Dans sa forme la plus courante, elle est bégnine. Mais les nausées et vomissements qu’elle provoque peuvent causer une déshydratation. Dans sa forme la plus sévère - la dengue hémorragique – elle entraîne la mort dans 2,5% des cas.

Il n’existe actuellement pas de traitement curatif contre la dengue, qui est le plus souvent bénigne avec une guérison spontanée. Il s’agit donc de soigner les symptômes et d’éviter une déshydratation suite aux vomissements et nausées. La prise en charge passe notamment par l’administration de liquide de Ringer (chlorure de sodium, de potassium et de calcium) en intraveineuse. Pour les formes les plus sévères, avec pertes plasmatiques et saignements, plusieurs transfusions de plaquettes quotidiennes peuvent être nécessaires.

Le Gregorio T. Lluch Memorial est le seul hôpital public d’Iligan. Ce bâtiment vétuste, peint d’un audacieux camaïeu de jaune, turquoise et pistache, accueille les cas suspects de dengue depuis le début de l’épidémie. Sous son porche, de nombreux patients, principalement des parents avec leurs enfants. Et à droite de ce porche, une vaste tente, administrée par la Croix-Rouge philippine. Elle sert de centre de tri, pour orienter les patients qui pensent souffrir de la dengue. Après le diagnostic, qui passe notamment par des tests rapides détectant l’antigène NS1, les patients sont soit admis à l’hôpital, soit renvoyés chez eux – avec parfois une surveillance à la clé.

A l’entrée de la tente, deux tables se font face. Derrière celle de gauche, jonchée de documents et de friandises, se tiennent deux jeunes professionnels de santé employés par l’hôpital, la Dr Jonnah Lee S. Tarranza, interne en médecine, et l’infirmier Rogelio F. Laranza Jr. La Dr Tarranza examine un bébé de huit mois, qui pleure dans les bras de sa mère. « Il a de la fièvre et de la toux depuis 5  jours, et des problèmes d’appétit. Mais nous avons finalement diagnostiqué une pneumonie, nous allons donc l’admettre à l’hôpital », nous explique-t-elle.

Derrière la table de droite sont installés un autre infirmier, Dennis, et deux étudiantes en médecine, volontaires pour la Croix-Rouge reconnaissables à leur chasuble. Elles prennent la température de deux petites filles en leur glissant un thermomètre sous l’aisselle. A l’arrière-plan, on distingue plusieurs lits, surmontés de moustiquaires et de poches de perfusion, pour accueillir les patients les plus sévèrement atteints.

Une situation tendue, mais sous contrôle malgré l’absence de vaccin

Sur la trentaine de personnes qui passent par la tente de la Croix-Rouge, entre deux et cinq sont effectivement atteintes de la dengue et sont admises à hôpital. D’autres arrivent via les urgences. « Nous manquons de lits et de personnel médical (malgré des renforts). Nous avons un taux d’occupation de 164 %, avec des patients dans le hall, dans les couloirs... Nous ne pouvons pas refuser de les accueillir », nous confie la Dr Eflieda C. Valdehueza , la directrice de l’hôpital. Elle assure, par ailleurs, que le pire est passé et que le nombre de nouvelles contaminations hebdomadaires est en train de baisser. « Au pire de l’épidémie on accueillait jusqu’à dix nouveaux malades par jour, à présent c’est entre deux et cinq », nous confirme la Dr Tarranza.

 
Au pire de l’épidémie on accueillait jusqu’à dix nouveaux malades par jour, à présent c’est entre deux et cinq. Dr Jonnah Lee S. Tarranza
 

Le vaccin anti-dengue Dengvaxia de Sanofi aurait-il pu changer la donne ?

Cette question restera sans réponse. En dépit de la déclaration de « l’état de calamité » lié à une épidémie de très forte intensité, l’utilisation du vaccin est actuellement compromise aux Philippines. Lors de son autorisation en 2015, le gouvernement philippin a lancé une campagne de vaccination massive, avant que Sanofi ne l’alerte – trop tard - sur les dangers que représentait le Dengvaxia pour les personnes n’ayant jamais contracté la dengue. L’affaire a tourné au scandale politique et l’autorisation de mise sur le marché du Dengvaxia a été suspendue définitivement aux Philippines . (Lire La saga du vaccin contre la dengue aux Philippines continue).

Crédit photos : Nicolas Quénel

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