Baclofène chez insuffisants rénaux : risque accru d’encéphalopathie au-dessus de 20 mg/j

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

19 novembre 2019

Ontario, Canada  Chez les patients atteints d’insuffisance rénale chronique prenant des doses de baclofène ≥ 20 mg/ jour, le risque d’être hospitalisé pour encéphalopathie dans les jours qui suivent la mise sous traitement est trois fois plus élevé que chez ceux prenant des doses plus faibles, selon une étude canadienne [1].

Les résultats de cette étude révèlent un taux d’hospitalisation pour encéphalopathie de 1% chez ces patients avec des doses de baclofène comprises entre 20 et 80 mg/ jour. La complication est apparue dans un délai médian de trois jours, ce qui confirme la nécessité d’une adaptation précoce de la posologie pour ce traitement chez les insuffisants rénaux.

Le baclofène est un dérivé de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA), principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central. Il s’agit d’un myorelaxant indiqué dans le traitement des spasmes musculaires. Depuis 2018, il est également autorisé dans la réduction de la consommation d’alcool, avec une augmentation progressive des doses jusqu’à un maximum de 80 mg/ jour.

Accumulation de baclofène

Alors que le baclofène est en majorité éliminé par voie rénale sous forme non métabolisée, une trentaine de cas d’encéphalopathie ont été recensés chez des patients en insuffisance rénal chronique dans les jours qui ont suivi la mise sous traitement. Cette complication serait liée à une accumulation du baclofène. Malgré tout, aucune étude n’avait encore caractérisé ce risque.

Pour évaluer le risque d’encéphalopathie à court terme lié à la prise de baclofène, le Dr Flory Muanda et son équipe (Institute for Clinical Evaluative Sciences, Ontario, Canada) ont d’abord mené une première étude rétrospective, à partir des données de santé d’un registre canadien concernant près de 16 000 patients insuffisants rénaux chroniques (taux de filtration glomérulaire estimé eGFR< 60 ml/min/1,73m2) non dialysés, mis sous baclofène.

Dans cette première analyse, les chercheurs ont établi deux groupes de patients, en distinguant d’un côté ceux traités par le myorelaxant à une dose de plus de 20 mg par jour (n=9 700), avec un maximum de 80 mg/ jour, et de l’autre, ceux prenant une dose inférieure (n= 6 235). Le seuil de 20 mg a été choisi parce qu’il s’agit de la dose moyenne pour laquelle la toxicité a été rapportée avec le baclofène chez les patients insuffisants rénaux chroniques. Les patients, en majorité des femmes (61%), étaient âgés de 77 ans en moyenne.

Le critère d’évaluation primaire est le taux d’hospitalisation pour encéphalopathie survenue dans les 30 jours sous traitement par baclofène. Les symptômes associés à une encéphalopathie pris en compte par les chercheurs sont un état de délire, une confusion, une altération de la conscience, un AVC ischémique transitoire ou une suspicion de démence conduisant à une hospitalisation.

134 cas d’encéphalopathie

L’analyse révèle un taux d’hospitalisation pour encéphalopathie à 30 jours de 1,11% (n=108) chez les patients prenant du baclofène à une dose ≥ 20 mg/ jour. L’encéphalopathie est alors survenue dans un délai médian de 3 jours après le début du traitement par baclofène. Dans le groupe baclofène < 20 mg/ jour, le taux d’hospitalisation est de 0,42% (n= 26) pour un délai médian d’apparition de l’encéphalopathie de 8 jours.

Chez les patients atteints d’insuffisance rénale, initier un traitement par baclofène à une dose ≥ 20 mg/jour est donc associé à un risque d’être hospitalisé pour une encéphalopathie multiplié par 3,5 (IC à 95%, [2.24 à 5.59]), en comparaison avec un traitement avec une dose < 20 mg/ jour. Le risque augmente avec la dose administrée.

Dans une deuxième analyse, les chercheurs ont comparé les données de cette cohorte de patients sous baclofène à celles concernant près de 285 000 patients en insuffisance rénale, mais n’ayant jamais utilisé le myorelaxant.

Les résultats montrent que les patients insuffisants rénaux prenant moins de 20 mg / jour de baclofène ont six fois plus de risque (IC à 95% CI, [3.59 à 9.70])

de développer une encéphalopathie, par rapport à ceux n’ayant pas pris de baclofène.  Le risque est multiplié par 20 chez les patients prenant une dose comprise entre 20 et 80 mg/jour (IC à 95% CI, [14 à 28]).

Un risque sous-estimé ?

Ce risque pourrait en réalité être plus élevé, puisque les chercheurs ont seulement pris en compte les encéphalopathies ayant conduit à une hospitalisation. Par exemple, l’usage du baclofène peut être associé à des symptômes, tels que des vertiges occasionnels ou des troubles visuels, qui n’impliquent pas forcement une hospitalisation.

Autre limite de l’étude soulevée par les auteurs: l’absence de données concernant l’évolution du taux de baclofène dans le sang. La corrélation supposée entre la hausse des concentrations sériques en baclofène, en raison d’une difficulté à éliminer le myorelaxant par les reins, et l’apparition des symptômes associés à l’encéphalopathie n’a donc pas pu être étudiée.

Ces résultats apparaissent néanmoins suffisants pour valider la stratégie visant à mesurer les concentrations résiduelles de baclofène chez les patients en insuffisance rénale chronique et à adapter la posologie en conséquence, afin de réduire le risque de complications, notamment au niveau neurologique, lié à l’accumulation du myorelaxant.

« Parmi les patients âgés atteints d’insuffisance rénale chronique et mis sous baclofène, l’incidence d’encéphalopathie à 30 jours est plus élevée chez ceux ayant reçu les doses plus élevées. Si ce risque est confirmé, il devra être pris en compte dans la balance bénéfice/risque liée à l’usage du baclofène », ont conclu les auteurs.

 

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