Hôpital public en danger : l’alerte de 70 directeurs médicaux de l’AP-HP

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

14 novembre 2019

France --- A la veille de la grande manifestation « contre la mort programmée de l'hôpital public », organisée par le « collectif interhôpitaux » et après plus de six mois de grèves de nombreux services des urgences (268 au 11 novembre), ce sont soixante-dix directeurs médicaux des départements médico-universitaires de l’AP-HP, chargés de coordonner les services hospitaliers et de piloter les projets hospitalo-universitaires, qui signent une tribune dans le journal Le Monde[1] . Ils alertent sur « les difficultés croissantes au sein de l’hôpital public, qui font craindre un point de rupture irréversible » et formulent trois revendications d’urgence pour stopper la descente aux enfers. (Lire aussi Manifestation : le Pr Mariette explique ce qui conduit les soignants à se mobiliser comme jamais auparavant).

Sauver l’hôpital public : appel à une manifestation générale le 14 novembre

Les collectifs* et les organisations syndicales représentatives médicales ainsi que paramédicales** et la Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité ont appelé à la mobilisation des salarié.e.s et des usager.e.s le 14 novembre 2019 pour une journée nationale de grève et de manifestations. A Paris, le rassemblement aura lieu entre 12h00 et 14h00 à Port-Royal, pour un départ à 14h en direction du Sénat, de l'Assemblée Nationale et de l'hôtel Matignon.

*Inter blocs, Inter Hôpitaux , Inter Urgences et le printemps de la psychiatrie

**AMUF, APH, CFE- CGC, CFTC, CFDT, CGT, SNPHARE, SUD, UNSA

« Nous vous alertons car ce système s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité des soins. Des centaines de lits d’hospitalisation de médecine et de chirurgie, des dizaines de salles d’opération à l’hôpital public fermés, et chaque semaine des unités de soin ferment. Les conséquences : des conditions d’accès aux soins dégradées, la qualité et la sécurité des soins sérieusement menacées », écrivent les signataires qui ajoutent : « l’accès au diagnostic et aux soins médicaux et chirurgicaux à l’hôpital public est extrêmement difficile, et les équipes soignantes démotivées. Les délais de programmation des interventions s’allongent, les soins urgents ne sont plus réalisés dans des délais raisonnables. Les usagers sont de plus en plus obligés de se tourner vers les établissements privés. Trop peu de recrutements de soignants sont en vue pour espérer un retour à la normale du « système sanitaire ». »

Les directeurs médicaux rapportent que « des centaines de postes de soignants (pourtant budgétisés) ne sont pas pourvus ; et, plus grave encore, des soignants quittent l’hôpital public » ce qui aboutit à une surcharge de travail quotidien intolérable pour ceux qui restent.

 
Nous vous alertons car ce système s’écroule.
 

Ils s’inquiètent de l’absence d’attractivité de l’hôpital public. En cause, entre autre, « la non-revalorisation salariale des personnels paramédicaux (en premier lieux des infirmiers) depuis plusieurs années mais aussi celle des médecins. Ils citent : « la disparité des salaires de base et du tarif des gardes de praticiens hospitaliers (PH) entre le public et le privé :  jusqu’à trois fois plus dans les établissements privés ».

Enfin, pour les signataires de la tribune, « l’objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam), montant prévisionnel établi annuellement pour les dépenses de l’assurance-maladie et celui en particulier consacré à l’hôpital public, est revu insuffisamment à la hausse, ce qui aggravera la situation de l’hôpital public et fait craindre le pire pour demain dans un contexte de vieillissement de la population et d’augmentation de la fréquence des maladies chroniques ».

Trois revendications clés

Les revendications des signataires sont de :

  • réviser à la hausse l’objectif national des dépenses d’assurance-maladie – le Parlement vote actuellement son montant ;

  • revaloriser le salaire des personnels paramédicaux, infirmiers en premier lieu, et des médecins, en plus de reconnaître et de valoriser les responsabilités exercées par ces professionnels ;

  • améliorer l’attractivité, le maintien des conditions de vie des soignants, en facilitant l’accès aux logements à proximité des lieux d’exercice des agents et en créant des places en crèche.

Enfin, « outre ces mesures d’urgence, le collectif appelle à une refonte complète du mode de financement et de la place de l’hôpital public dans notre système de santé ».

 

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