Déclin cognitif plus important chez les patients coronariens soumis à un stress psychologique

Véronique Duqueroy

Auteurs et déclarations

12 novembre 2019

Montréal, Canada - Chez les patients avec une maladie coronarienne, les facteurs psychologiques comme le stress, l’anxiété, la colère ou le manque de soutien émotionnel et social, sont associés à un déclin cognitif à 5 ans encore plus important que chez les personnes sans maladie cardiovasculaire (MCV). L’association diffère selon le sexe et apparaît plus marquée chez les femmes souffrant de coronaropathie.

Une étude prospective, présentée au Canadian Cardiovascular Congress 2019, a en effet examiné l’association entre divers facteurs psychologiques et l’évolution de la fonction cognitive, et a évalué les différences selon le sexe ou la présence d’une MCV.

Déclin cognitif et maladie coronarienne

Pr Bianca D'Antono

D’autres études ont examiné l’association entre la dépression et le déclin cognitif dans les MCV, « mais ici nous avons regardé plus spécifiquement différents facteurs psychologiques » a indiqué à Medscape édition française le Pr Bianca D'Antono, auteure de l’étude, psychologue et professeure agrégée à l’Université de Montréal, mais aussi chercheur à l’Institut de Cardiologie de Montréal. « Nous avons également regardé l'influence du statut cardiovasculaire et du sexe sur ces associations... ce qui n'a pas vraiment été étudié avant ».

L’étude a inclus 1242 patients (750 hommes, 492 femmes), dont 646 qui souffraient de coronaropathie (496 hommes, 150 femmes) et 596 (254 hommes, 342 femmes) qui n’avaient pas de MCV mais pouvaient présenter d'autres maladies chroniques. Les sujets, âgés de 60 (+/- 7) ans, ne présentaient aucun trouble cognitif à l’inclusion.

Les participants ont répondu à des questionnaires évaluant leur statut psychologique au cours des deux dernières semaines et/ou années (selon les facteurs) pour évaluer la présence, la récurrence et la chronicité des facteurs psychologiques, tels que le stress (test PSQ), l’anxiété (test STAI), l’hostilité (colère, agressivité, cynisme – test CMHo), la dépression (CESD-R) et la perception du soutien social et émotionnel. Cinq ans plus tard, les sujets ont été soumis de nouveau à ces questionnaires, ainsi qu’au MoCA (Montreal Cognitive Assessment), un test principalement conçu pour le dépistage des atteintes neurocognitives légères chez les personnes n’ayant pas de déficit établi. Un score MoCA < 26 est le seuil suggéré pour identifier un déficit cognitif léger. L’analyse des données était contrôlée en fonction de l'âge, du sexe, du niveau d'éducation, du revenu, du tabagisme, du statut cardiovasculaire et des antécédents d'hypertension, de diabète et d'hypercholestérolémie.

Des différences de prévalence selon le sexe et la présence d’une MCV

L’apparition d’un déficit cognitif (score MoCA<26) dans les 5 cinq ans était significativement plus fréquente chez les patients souffrant de maladie coronarienne que chez les sujets sans MCV (39% vs 25% respectivement). Chez les sujets sans MVC, le déclin cognitif à 5 ans était plus prévalent chez les hommes que chez les femmes (31% vs 21% respectivement).

Chez les femmes avec une maladie coronaire, les symptômes d’anxiété, de stress, d’hostilité et de dépression étaient prédictifs d’un déclin cognitif plus important 5 ans plus tard.

Dans le groupe avec coronaropathie, hommes et femmes avaient une prévalence du déclin cognitif identique (39% obtenaient un score MoCa < 26). Les facteurs psychologiques comme l’anxiété ou l’hostilité (établis en début d’étude et à 5 ans) prédisaient, 5 ans plus tard, un score MoCA plus faible chez les patients coronariens, ce qui n’était pas le cas chez les personnes sans MCV. De plus, la présence de détresse psychologique (score composite obtenu à partir des scores de dépression, anxiété, stress, hostilité et manque de soutien social) était associée à un déficit cognitif beaucoup plus important chez les femmes que chez les hommes.  

« Il ne s’agit pas d’un déclin cognitif seulement associé à l’âge », a précisé le Pr D’Antono. « Chez les personnes avec une maladie coronarienne, et en particulier chez les femmes, les facteurs psychologiques étaient associés, tant de façon transversale que prospective, à un score plus faible au MoCA, donc à un déclin cognitif plus marqué. Et chez les femmes avec une maladie coronaire, les symptômes d’anxiété, de stress, d’hostilité et de dépression étaient prédictifs d’un déclin cognitif plus important 5 ans plus tard. »

Les médicaments ne changent rien

Pour le Dr Christine Pacheco, cardiologue à l’hôpital Pierre Boucher (Longueuil, Canada) et spécialisée en santé cardiovasculaire chez la femme, « ces résultats sont très intéressants. On voit de plus en plus d’études s’intéresser au lien entre MCV et développement de problèmes cognitifs, et en particulier sur la façon dont ces facteurs de risque affectent l’un et l’autre sexe. On a déjà vu que certains facteurs, comme les antécédents d’infarctus, entraînent des troubles anxieux et impactent plus les femmes que les hommes. L’étude INTERHEART avait déjà sonné l’alarme. »

Quid des autres facteurs de risque ? L’association entre facteurs psychologiques et déclin cognitif se maintient indépendamment de la survenue d’un évènement cardiovasculaire ou du traitement médicamenteux. « En effet, les sujets qui recevaient des anti-hypertenseurs ou des hypolipémiants ne montraient pas un meilleur score de MoCA. Donc traiter les facteurs de risque CV déjà présents ne suffisaient pas à ralentir ce déclin cognitif, ce qui était décevant », a commenté le Pr D’Antono.

Même constat avec la prise d’anxiolytiques et d’antidépresseurs. « Les personnes pour qui la détresse psychologique était le plus liée aux fonctions cognitives, étaient précisément celles qui avaient le plus de détresse à l’inclusion et à 5 ans, et ce malgré le fait qu'elles recevaient davantage de médicaments psychotropes. Clairement, on ne répond pas suffisamment bien aux besoins psychologiques de ces patients… » a ajouté le Pr D’Antono.

Je milite pour une prise en charge plus globale de la détresse psychologique chez les hommes et les femmes avec des MCV Pr D’Antono

Changer d’approche en termes d’évaluation des facteurs de risque en fonction du sexe

Selon le Dr Pacheco, « cela pourrait modifier notre approche en termes d’évaluation des facteurs de risque en fonction du sexe. Chez les femmes, il faudrait peut-être considérer d’autres facteurs de risque, en particulier psychologiques comme le stress et l’anxiété, en plus des facteurs de risque cardiovasculaires traditionnels. Il n’y a pas un dépistage en routine, mais chez les patients chez qui on détecte des troubles psycho-affectifs ou anxieux, une intervention psychologique ou psychiatrique pourrait être à considérer. À voir au cas par cas… ».

« La prochaine étape de notre recherche, a conclu le Pr D’Antono est d’évaluer par quels mécanismes ces facteurs psychologiques spécifiques contribuent au déclin cognitif chez les patients avec une MVC. Quel est le rôle de l’inflammation, de l’activation plaquettaire ou du fardeau métabolique (bien que contrôlé dans cette étude) ? Nous travaillons sur un suivi à encore plus long terme, sur 10 ans. » Et « il nous reste à étudier si des interventions autres que pharmacologiques peuvent aider à préserver le statut cognitif. Je milite pour une prise en charge plus globale de la détresse psychologique chez les hommes et les femmes avec des MCV. »

 

Étude financée par les Instituts de recherche du Canada (IRSC)

 

 

 

 

 

 

 

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