Une supplémentation en antioxydants pour améliorer l’hypofertilité masculine ?

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

4 novembre 2019

Pau, France  Les fausses couches à répétition étant en partie liées à un niveau élevé de fragmentation de l’ADN spermatique, une supplémentation en antioxydants avant une procréation médicalement assistée (PMA) permettrait d’améliorer la qualité des spermatozoïdes et, par conséquent, le taux de grossesse, selon le Dr Juan Felipe Velez de la Calle (Centre de fertilité de l’Ouest, Clinique Pasteur-Lanroze, Brest), un spécialiste de la fertilité, qui est intervenu lors du congrès Infogyn 2019 [1].

La supplémentation orale avec des antioxydants est souvent conseillée pour renforcer la qualité du sperme en réduisant les effets du stress oxydatif, qui serait responsable de 25 à 87% des hypofertilités masculines, selon une récente revue Cochrane [2]. Les données sur leur efficacité dans l’amélioration de la fertilité restent pourtant limitées.

« Rappelons que, dans 60% des cas, les causes des fausse-couches sont inconnues. Le facteur masculin a certainement un rôle majeur dans les fausses-couches à répétition », a souligné le Dr Velez de la Calle, lors de sa présentation.

Multiples facteurs en jeu

En s’appuyant sur son expérience, le biologiste a affirmé avoir observé un lien entre la répétition des fausses-couches et le niveau de fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes, évalué avant une PMA. Cette dégradation de l’ADN étant potentiellement une conséquence d’un stress oxydatif, « les fausses-couches à répétition peuvent être corrigées par un traitement antioxydant », estime-t-il.

L’ADN spermatique peut perdre son intégrité et se fragmenter sous l’effet de divers facteurs. En dehors de l’effet majeur des radicaux libres pendant la spermatogenèse, cette dégradation de l’ADN peut aussi être induite par un défaut d’empaquetage du matériel génétique, une varicocèle (varice du testicule), un âge avancé ou des polluants environnementaux.

L’observation rapportée par le Dr Velez de la Calle fait écho aux résultats d’une méta-analyse récente, portant sur une douzaine d’études, qui a montré un risque accru de fausse-couches chez les couples dont l’homme présente un niveau élevé de fragmentation de l’ADN spermatique [3].

Dans cette analyse, les données concernaient 530 hommes dont les spermatozoïdes  avaient une fragmentation de l’ADN et impliqués dans une démarche de PMA. Elles ont été comparées à celles de 639 témoins. Les individus inclus étaient non-fumeurs et sans varicocèle.

 
Le facteur masculin a certainement un rôle majeur dans les fausses-couches à répétition. Dr Juan Felipe Velez de la Calle
 

La fragmentation de l’ADN spermatique était évaluée par la technique TUNEL (Terminal Uridine NIck End Labeling), qui marque par fluorochrome les cellules dont l’ADN est abimé, ou par SCD (Sperm Chromatin Dispersion), une autre technique faisant apparaitre avec un halo fluorescent les spermatozoïdes ayant des anomalies de la condensation de la chromatine.

Des résultats positifs à confirmer

L’étude Cochrane s’est intéressée, quant à elle, à l’effet éventuel des antioxydants sur la fertilité masculine. Les auteurs se sont penchés sur 61 essais contrôlés randomisés évaluant un ou plusieurs antioxydants contre placebo (ou absence de traitement) chez plus de 6 000 hommes hypofertiles. Les participants étaient âgés de 18 à 65 ans et étaient impliqués dans un processus de PMA.

Les résultats montrent que, dans les 12 études rapportant des naissances ou des grossesses cliniques, la probabilité d’obtenir une naissance viable après une PMA est de 14 à 26% chez les hommes prenant des antioxydants, contre 12% dans le groupe témoin. La majorité des études s’appuient toutefois sur de faibles effectifs, soulignent les auteurs.

En considérant uniquement les grossesses cliniques, la probabilité d’en obtenir une est estimée entre 12% et 26% après l’utilisation d’antioxydants, contre 7% dans le groupe placebo. Là encore, la puissance statistique est faible, les résultats étant basés sur un total de 105 grossesses cliniques rapportées dans 11 études.

S’agissant des fausses couches, le taux apparait très faible dans les trois études qui ont  fait état de ce critère. « Dans une population d'hommes hypofertiles avec un taux de fausses couches prévu de 2 %, la probabilité après l'utilisation d'un antioxydant aboutirait à un risque de fausse couche entre 1 % et 13 % », notent les auteurs. Les différences ne sont pas significatives.

Eviter l’abstinence sexuelle

Ces études montrent, à partir de « données de faible valeur probante » que « la supplémentation en antioxydants chez les hommes hypofertiles pourrait améliorer les taux de natalité vivante », concluent les chercheurs, qui estiment que d’autres essais d’envergure « sont encore nécessaires pour clarifier le rôle exact des antioxydants ».

 
Les fausses-couches à répétition peuvent être corrigées par un traitement antioxydant. Dr Juan Felipe Velez de la Calle
 

Pour le Dr Velez de la Calle, cette revue de la littérature a l’inconvénient de rassembler des études qui évaluent des traitements par antioxydants différents, avec des associations et des doses de molécules variables. De plus, elles ne tiennent pas compte de la durée de l’abstinence sexuelle qui influe, selon lui, sur la fragmentation de l’ADN spermatique.

Pour rappel, il est recommandé de respecter une période de 2 à 10 jours d’abstinence pour l’homme avant une PMA. « Or, plus l’abstinence est longue, plus le niveau de fragmentation d’ADN est élevé », précise le spécialiste, qui a étudié la question.

En restant trop longtemps stockés dans l’épididyme, les spermatozoïdes finiraient par perdre en qualité.  « Dans notre centre, nous demandons aux hommes entre 12 et 24 heures d’abstinence », avant d’obtenir l'éjaculat pour la fécondation.

Zinc, sélénium et vitamines

Pour évaluer l’effet d’un traitement antioxydant sur la fertilité masculine, le biologiste et son équipe ont mené une petite étude observationnelle, qui a inclus 37 couples. Les hommes présentaient une hypofertilité (tératospermie, asthénospermie, oligospermie…). Ils ont reçu un complément à base de zinc, de sélénium et de vitamines B6, C et E.

« La vitamine E et la vitamine C doivent agir en synergie », indique le spécialiste. Ces deux vitamines ont des propriétés antioxydantes. Le zinc et le sélénium sont, quant à eux, nécessaires à la synthèse et à l’activation de la superoxyde dismutase et du glutathion peroxydase, deux enzymes qui protègent naturellement contre le stress oxydatif.

« Nous avons constaté que le taux de blastulation [passage du stade morula au stade blastula lors de l’embryogénèse, ndr] est bien meilleur avec cet apport d’antioxydants et d’oligoéléments. Nous avons eu aussi un taux de grossesse plus important », a commenté le Dr Velez de la Calle.

 
L’apport d’antioxydants sous forme d’alicaments est une bonne alternative pour assurer une bonne qualité gamétique et embryonnaire. Dr Juan Felipe Velez de la Calle
 

« Compte tenu de notre hygiène de vie et des facteurs de risques associés, l’apport d’antioxydants sous forme d’alicaments est une bonne alternative pour assurer une bonne qualité gamétique et embryonnaire », a conclu le biologiste.

 

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