Les médecins et le numérique : comment garder la main ?

Véronique Hunsinger

Auteurs et déclarations

29 octobre 2019

Antibes (Alpes-Maritimes), France -- A l'occasion des 25e universités d'été de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) qui se sont tenues à Antibes dans les Alpes-Maritimes du 13 au 15 septembre dernier, une table ronde a été consacrée à une question provocatrice : « les industriels de la santé sont-ils des prédateurs ? » A cette occasion, les médecins se sont interrogés sur la meilleure manière de garder la main face, en particulier, à la place grandissante de l'industrie du numérique.

En effet, qui dit aujourd'hui « numérique en santé » pense immédiatement aux fameuses applications de prise de rendez-vous en ligne ou à l'émergence de la téléconsultation, moins à l'intelligence artificielle qui est pourtant en train de s'immiscer dans de plus en plus dans la pratique des médecins. Les premiers concernés sont les radiologues. Pour autant, ceux-ci ne se disent pas nécessairement menacés par ce qui pourrait apparaître comme une nouvelle concurrence.

Partenariat avec les industriels

« Les radiologues utilisent depuis longtemps des outils d'aide au diagnostic, a ainsi expliqué le Dr Jean-Philippe Masson, président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR). Dans le même temps, nous avons dû faire face depuis dix ans à des baisses de tarifs sur nos actes pour un montant total d'un milliard d'euros, ce qui a eu un impact important sur notre capacité d'investissement. Or, la seule richesse des radiologues, c'est le fruit de notre travail quotidien d'imagerie et de comptes rendus ».

 
Nous sommes là pour préparer l'avenir car nous préférons être les acteurs de l'évolution de notre métier que d'avoir à la subir. Dr Jean-Philippe Masson
 

En effet, chaque année, la radiologie française produit 100 millions de dossiers. La Fédération a donc décidé de mettre à disposition des industriels cette base de données, sur les cinq années précédentes, pour que ces derniers puissent tester des algorithmes en échange d'un usage futur des nouveaux outils qui auront pu être construit grâce à leurs bases. C'est le projet DRIM (Data radiologie imagerie médicale) France IA qui avait été présenté lors des Journées francophones de la radiologie à Paris en octobre 2018. La base de données a pour ambition d’être l'une des plus grandes bases de données d'imagerie au monde.

Les entreprises, startup ou majors, pourront ainsi développer des applications de recherche, de formation, d'évaluation, de prévention, de diagnostic, de thérapeutique et de suivi des patients. « Nous nous sommes constitués en association, a indiqué le Dr Masson. Celle-ci est organisée avec un conseil de surveillance dont je fais partie, un comité directeur, un conseil scientifique à parité public/privé et un comité d'éthique présidé par David Gruson (ancien délégué général de la Fédération de l'hospitalisation française, ndlr). Les données sont mises à disposition, mais elles restent dans l'immense base de données que nous sommes en train de constituer ». Le comité directeur est composé d'un représentant de chaque membre du conseil professionnel de la radiologie et il est présidé par le Dr Bruno Silberman.

 
Une de nos premières craintes aujourd'hui est le risque d'ubérisation de la médecine c'est-à-dire un risque de perte de contrôle. Dr Bertrand Demory
 

Entrainer d’autres spécialités

La démarche est peu banale. Mais les radiologues aimeraient aujourd'hui entrainer dans leur projet d'autres spécialités à commencer par les praticiens de médecine nucléaire, les gynécologues-obstétriciens, les cardiologues et les anatomo-pathologistes. « Nous sommes là pour préparer l'avenir car nous préférons être les acteurs de l'évolution de notre métier que d'avoir à la subir » a fait valoir le Dr Masson, soulignant que la Mayo Clinic a été un des premiers établissements à se lancer dans ce genre de partenariats avec des industriels.

« Une de nos premières craintes aujourd'hui est le risque d'ubérisation de la médecine c'est-à-dire un risque de perte de contrôle », a commenté le Dr Bertrand Demory, membre du bureau Les Généralistes-CSMF. « C'est tout l'intérêt de notre culture soignante de pouvoir allier des compétences médicales à des projets d'entreprises, a répondu le Dr Alexandre Maisonneuve, cofondateur et directeur médical de Qare, une plateforme de téléconsultations. Le fait d'être médecin nous permet de repérer les pierres d'achoppement. Ainsi, Qare fournit un outil de téléconsultation mais ce n'est pas Uber car il ne remplacera jamais le médecin. Nous avons lancé Qare, car nous pensions que les médecins ne peuvent pas se lancer tout seul dans le numérique. La logique était de leur fournir un service qui n'a finalement fait qu'anticiper l'avenant n°6 » à la convention médicale qui a créé depuis septembre 2018 les conditions de la prise en charge des téléconsultations en médecine de ville.

Arthur Thirion, directeur France de Doctolib, a aussi souligné lors de cette table ronde que la société de prise de rendez-vous médicaux en ligne était justement en train de se doter d'un « comité médical ». « Nous avons une obligation de transparence, a-t-il souligné. Il y a aussi parfois des fausses idées qui circulent qui nous obligent à montrer nos garanties sur la sécurité des données ».

 

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