Troponine ultra-sensible : quelle place pour les seuils différenciés selon le sexe ?

Patrice Wendling

25 octobre 2019

Edimbourg, Royaume-Uni -- Alors que l’utilisation de seuils de troponine ultra-sensible adaptés au sexe du patient (34 ng/L pour les hommes et 16 ng/L pour les femmes) permet d’identifier 5 fois plus de femmes souffrant d’infarctus du myocarde que le test avec seuil unique, ces patientes ne sont hélas pas mieux prises en charge. Ce résultat découle de nouvelles données de l’étude High-STEACS (High-Sensitive Troponin on the Elevation of Patients With Actute Coronary Syndrome) qui ont été publiées dans le Journal of the American College of Cardiology [1].

Même devenir

Déjà, lorsque les premiers résultats de High-STEACS avaient été publiés en 2018, la communauté cardiologique avait été déçue. Alors que le test ultra-sensible permettait de requalifier en infarctus du myocarde un patient sur 6 (10 360 lésions myocardiques sur 48 282 admis pour douleur thoracique évocatrice dont 1 771 diagnostiqués par le test ultra-sensible), le devenir des patients était similaire que le dosage ultra-sensible soit utilisé ou non. Ainsi, après un an de suivi, 6 % des patients ayant bénéficié d’un dosage standard ont présenté un nouvel infarctus ou sont décédés de cause cardio-vasculaire contre 5 % avec le dosage ultra-sensible.

Comprendre pourquoi les seuils sont plus bas chez les femmes

Les nouvelles données présentées par l’équipe de Kuan Ken Lee et coll. (Edimbourg, Ecosse) prennent en compte des seuils différents de troponine ultrasensible selon le sexe du patient. En effet, il semble que les seuils pathologiques soient plus bas chez les femmes et pour autant, aucune hypothèse physiopathologique n’a été proposée pour expliquer ce fait. Et c’est peut-être l’une des clés de cette étude : « s’il était possible d’expliquer de façon argumentée pourquoi les seuils sont plus bas chez les femmes, les cardiologues traitants y attacheraient plus de valeur », estime le Dr Lee.

Même présentation clinique

L’étude – qui a pris place dans 10 hôpitaux de moyenne et petite taille en Ecosse – a inclus 48 282 patients dont 22 562 femmes. Parmi les 1 771 patients diagnostiqués seulement avec les tests ultra-sensibles, on retrouvait 83 % de femmes. Au total, l’incidence des infarctus a été similaire dans les deux sexes (4 991 sur 22 562 femmes et 5 369 sur 25 720 hommes). L’âge moyen des patientes était plus élevé que celui des hommes (75 +/- 14 contre 68 +/- 15 ans), leurs facteurs de risques cardio-vasculaires étaient identiques (selon le score GRACE), elles présentaient de façon similaire des douleurs thoracique (66 % contre 74 %) et des signes ECG de souffrance myocardique (27 % contre 36 %).

25 % à 67 % de diagnostics en plus

L’utilisation de la troponine ultra-sensible avec un score spécifique selon le sexe a permis de diagnostiquer 25 % de plus d’infarctus du myocarde de type 1 (spontané) chez les femmes (contre une majoration de 6 % chez l’homme). Pour les types 2 (IDM secondaires), ces chiffres étaient respectivement de 39 % et 9 %. Enfin, pour les atteintes myocardiques non ischémiques, ces valeurs étaient de 67 % et 12 %.

Une inégalité de traitement

Alors qu’avec le test classique, 18 % des femmes atteintes d’infarctus du myocardique étaient explorées par coronarographie (contre 26 % des hommes) et 10 % traitées par revascularisation (contre 15 % des hommes, p<0,001 pour les deux valeurs), avec le test ultra-sensible, ces chiffres sont passés respectivement à 38 % (contre 46 % des hommes) pour la coronarographie et 26 % (contre 34 % des hommes) pour la revascularisation (p<0,001 pour les deux données). L’utilisation d’une bi-anti-agrégation plaquettaire est aussi moins fréquente chez les femmes (54 % contre 67 % chez les hommes), tout comme la prescription de bêta-bloquants, de statines, d’IEC ou de sartans.

Globalement, le devenir fondé sur le critère principal de récidive ou décès d’origine cardio-vasculaire est resté similaire avant et après l’utilisation de la troponine ultra-sensible, même avec des seuils par sexes : 18 % contre 15 % d’évènements pour les hommes (HR 0,85 : CI 95 % 0,71-1,01) et 18 % contre 17 % chez les femmes (HR : 1,11, CI 95 % 0,92-1,33).

Un premier pas ?

Les auteurs font part de leur déception en conclusion de cet article bien qu’ils mettent en avant la découverte d’un nombre de cas bien plus important d’infarctus du myocarde avec les seuils différentiés de troponine ultra-sensible. Cette première phase de sensibilisation sera-t-elle suivie à l’avenir d’une meilleure prise en charge chez les femmes ? La question reste posée.

 

Cette étude a été financée par le British Heart Foundation Centre for Cardiovascular Science. Mills a reçu des honoraires de Abbott Diagnostics, Roche Diagnostics, et Singulex. Jaffe a rapport avoir été consultant pour Roche, Siemens, Abbott, Beckman-Coulter, Singulex, Sphingotec, Radiometer, Ortho Diagnostics, Quidel, Brava, Quanterix, et Nanosphere. Hayes n’a pas déclaré de liens d’intérêt.

 

 

La version originale de l’article a été publiée en anglais sur Medscape Medical News le 14 octobre 2019 et traduite par le Dr Isabelle Catala pour Medscape Edition Française.

 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....