Défense de l'hôpital public : les internes montent au créneau

Philippe Anaton

28 octobre 2019

 

France -- Actualisation : La mauvaise répartition des stages chez les internes dans certains services de pédiatrie d’Île-de-France et la décision de l’ARS de relancer la procédure de choix ont mis le poudre aux poudres. Les syndicats d’internes durcissent leurs revendications et rejoignent le mouvement de grève du 14 novembre.

Le 25 octobre dernier, à l'issue d'un vote en ligne contre la nouvelle procédure de choix initiée pour les internes de médecine générale d'Ile-de-France, le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) a décidé de lancer une grève illimitée à compter du 28 octobre. Dans la foulée, réunis en Assemblée Générale Extraordinaire, les internes de médecine générale d’Ile-de-France (SRP-IMG) demandent :

- la modification de la liste des postes offerts aux choix hospitaliers avec réouverture des 20 postes de gynécologie (dont les effectifs minimaux nécessaires à la validation de la maquette des internes sont en tension en IDF) et de médecine adulte polyvalente qui ont été fermés alors qu’ils avaient été pourvus lors du premier choix, et fermeture de 2 stages de pédiatrie dont les évaluations des derniers semestres ont mis en évidence un défaut majeur d’encadrement avec mise en danger des internes et des patients ;

- l'organisation d’une mobilisation non-violente devant l’ARS lors de la procédure de choix de stage le lundi 28 octobre, avec blocage de l’accès aux choix de stage en l’absence de modification de la liste des postes.

Par ailleurs, considérant que «l’hôpital, par son manque de moyens humains et financiers et par son organisation est en perte de sens» et qu'il «ne permet plus de garantir la sécurité des soignants et des patients», les internes de médecine générale d’IDF décident de rejoindre donc le mouvement de grève du 14 novembre initié par le Collectif Inter-Hôpitaux, aux côtés des internes des autres spécialités d’IDF représentés par le SIHP (Syndicat des Internes de Hôpitaux de Paris), pour défendre l’hôpital public et les droits des internes.

Ils défendront aussi, en plus des revendications portées par le Collectif inter-hôpitaux :

• Une revalorisation salariale des internes, puisqu’ils conditionnent le fonctionnement desservices hospitaliers ;

• Un respect strict des droits liés au statut d’interne.

 

Crise des services de pédiatrie en Ile-de-France : l’ARS relance la procédure de choix

France, 24 octobre 2019 – Après une mauvaise répartition des stages chez les internes, faisant craindre des tensions fortes dans certains services de pédiatrie d’Île-de-France, l’Agence régionale de santé a décidé – après avoir proposé, sans succès, des mesures d’incitation financière – de relancer la procédure de choix. Les syndicats d’internes sont furieux. Retour sur un « plantage » rocambolesque.

« Plantage »

Tout a commencé par un cri d'alarme de chefs de service en pédiatrie de certains hôpitaux d'Ile-de-France. Dans un communiqué le 16 octobre dernier, ils alertaient les pouvoirs publics quant à l'absence d'internes de médecine générale dans certains services de pédiatrie d'hôpitaux franciliens à partir de novembre.

Car peu de temps auparavant, les internes d'Ile-de-France avaient fait connaitre leur choix de terrain de stage allant de novembre à avril 2020, en désertant les services de certains hôpitaux. « Pour le semestre de novembre à avril, 327 postes en service de pédiatrie ont été ouverts au choix (contre 204 lors du semestre d’hiver 2018). Parmi eux, seuls 159 ont été pourvus (49%), ce qui représente une situation inédite » écrivent-ils.

Or, sans internes, surtout en plein hiver pendant les épidémies hivernales (bronchiolites, grippes, gastro-entérites), les services en question étaient condamnés à rester porte close. Et à provoquer une crise sanitaire francilienne. « Cette répartition laisse ainsi 168 postes d'interne de médecine générale non pourvus dans des services de pédiatrie alors que le semestre d'hiver est le plus chargé en raison des épidémies hivernales ». et de prévenir : « Plusieurs services ne seront pas en mesure d’assurer l’accueil  des urgences pédiatriques 24h/24 à partir de du 4 novembre ».

Les chefs de service, dans ce communiqué, demandent donc à l'Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France de procéder à une nouvelle répartition pour corriger cette carence en pédiatrie. « Ils en appellent à la responsabilité du gouvernement et en particulier à Mme Agnès Buzyn afin de trouver une solution rapide à cette crise sans précédent ».

Sachant qu’au cours d’une cellule de crise dans la soirée du 14 octobre, l’Agence régionale de Santé d’Ile-de-France, par la voix de son directeur général, a reconnu un « plantage » mais s’est déclarée dans l’incapacité de modifier cette répartition pour des raisons juridiques.

Volontariat et mesures incitatives

Face à l'impossibilité juridique de procéder à une nouvelle répartition des internes pour ce semestre d'hiver, l'ARS Ile-de-France a décidé, dans un premier temps, d'user de la carotte, via un certain nombre de mécanismes incitatifs pour inciter les internes qui avaient choisi un terrain de stage où ils sont en sureffectif, à abandonner leur choix pour leur préférer un terrain de stage en pédiatrie où les internes sont en sous-effectifs, comme le détaille le syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale (SRP-IMG) sur sa page Facebook.

Le transfert proposé implique une douzaine d’hôpitaux parisiens et petite couronne vers une dizaine de services demandeurs de la grande couronne tels : Corbeil Essonnes, Ballanger, Montfermeil, Argenteuil, Pontoise, Louis Mourier, Rambouillet, Longjumeau, Poissy, Eaubonne, Fontainebleau. Ce changement d’affectation sur la base du volontariat s’accompagne de la promesse d’un dédommagement de 500 euros mensuels supplémentaires pendant toute la durée du stage, de même que d’un doublement de la rémunération des gardes de nuit ou le week-end à l'intention des internes ayant déjà effectué leur stage de pédiatrie (SASPAS ou stage hospitalier), mais prêts à reprendre du service dans les hôpitaux en sous-effectif.

Las ! Le journal Le Monde rapporte que seul un interne a décidé de switcher et de changer de terrain de stage. La catastrophe annoncée par les chefs de service en pédiatrie était donc sur le point de se produire.

« Ancien régime »

Rebondissement, le 21 octobre, l'ARS Ile-de-France annonçait dans un communiqué avoir trouvé la faille qui allait lui permettre de procéder rapidement à une nouvelle répartition des internes pour ce semestre d'hiver. « Il est apparu ce jour, à l’occasion d’un nouveau contrôle de conformité de la procédure engagée depuis début octobre, qu’un interne avait pu choisir un poste alors qu’il avait d’ores et déjà validé ses 6 semestres d’internat de médecine générale. Le choix de ce poste, intervenu au tout début de la procédure et ayant mécaniquement privé un autre interne de cette possibilité, est constitutif d’une atteinte au principe d’égalité, justifiant la relance de la procédure de choix des 490 internes de médecine générale dits « ancien régime » et en phase d’approfondissement pour le semestre d’hiver 2019. »

Résultat, plus de 400 internes allaient être de nouveau convoqués pour modifier leur choix. De quoi rendre furieux les syndicats d'internes. « Les raisons de l'annulation étant strictement administratives (erreur sur la liste d'appel), nous n'avons pas de recours possible pour l'annulation de ces choix. Nous sommes tout aussi indignés et affligés que vous de la situation, qui impacte plus de 400 internes de médecine générale à 2 semaines de leur changement de stage », écrivait le SRP-IMG sur sa page Facebook.

L'Isnar-IMG lui emboitait le pas dans un communiqué publié, lui aussi, sur Facebook le 21 octobre en déclarant notamment qu’il soutenait « l’ensemble des internes impactés par cette décision ! » ajoutant, dans un mouvement de colère, « on ne peut plus admettre de tels niveaux d'incompétences des ARS qui mettent à mal la formation des IMG ! ».

Nouvelle répartition

En toute urgence, l'ARS a donc décidé de réunir de nouveau les syndicats d'internes pour une nouvelle commission de répartition le 22 octobre. À l'issue de celle-ci, l'ARS a choisi de revoir à la baisse des postes d'internes dans certaines spécialités et certains établissements pour arriver à une plus juste répartition, et éviter une crise sanitaire dans certains hôpitaux franciliens : « La répartition a été refaite ce soir en diminuant le nombre de postes ouverts, pour que les internes soient mieux répartis dans les stages et mieux formés, avec un effectif adéquat dans chaque service » affirme le SRP-IMG sur sa page Facebook. « Pour cela, les postes de MAP/urgences/gynéco non pourvus lors du choix ont été supprimés ainsi qu’une centaine de postes de pédiatrie et une vingtaine de postes en MAP et gynéco ».

L'ARS devrait publier ce 23 octobre la nouvelle liste de répartition des internes.

Assemblée générale extraordinaire

Par ailleurs, le SRP-IMG dit avoir obtenu une compensation financière de 400 euros bruts par mois pendant six mois « pour tous les internes étant obligés de changer de stage suite à la nouvelle procédure de choix ».

Furieux, le SRP-IMG appelle les internes à venir nombreux lors une assemblée générale extraordinaire organisée ce jeudi 24 octobre à 19 heures à l'Hôtel Dieu « pour discuter tous ensemble de la situation ».

En attendant, 490 internes sont convoqués lundi 28 et mardi 29 octobre prochains pour procéder à leur nouveau choix…

La crise des internes en pédiatrie n'est pas encore derrière nous...

 


 

 

 

 

 

 

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