E-cigarette : exclusivement pour le sevrage tabagique et en deuxième intention, rappelle la SPLF

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

22 octobre 2019

Paris, France – Alors que les centres de contrôle des maladies (CDC) américains continuent à répertorier les décès liés au vapotage, la conférence de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) a souhaité se positionner vis-à-vis de la cigarette électronique dans ce contexte de recrudescence d'affections respiratoires chez les vapoteurs outre-Atlantique. « N'ayant pas toutes les réponses, nous préconisons une attitude de prudence et de vigilance » a affirmé son président, le Pr Nicolas Roche (pneumologue, Hôpital Cochin, Paris). Elle ne doit concerner que les fumeurs qui souhaitent arrêter le tabac et elle doit être conseillée seulement en cas d'échec avec les autres dispositifs de sevrage, a-t-il rappelé.

Des normes européennes pour les e-liquides

La conférence s'est déroulée dans le contexte particulier d'un nombre important d'atteintes pulmonaires graves liées à la vape aux Etats-Unis avec 1479 cas et 33 décès rapportés depuis le mois d'août (chiffres FDA-CDC du 15 octobre), avec un certain nombre de rappels sur les différences entre les rives de l’Atlantique. Par comparaison, en Europe, une dizaine de cas a été recensée aux Pays-Bas et quelques cas sont en cours d'investigation en France. Une des raisons de cette disparité tient au fait que les liquides des cigarettes électroniques ne sont pas régulés aux Etats-Unis. La teneur en nicotine y est bien plus élevée et on y trouve une quantité d'arômes et d'agents divers. Ici, les e-liquides sont soumis aux normes CE et aux normes Afnor. Ceci dit, « ce n'est pas parce qu'il y a une norme que ce n'est pas dangereux et cela ne peut préjuger en rien de ce qu'il se passe en cas de mélange » prévient Nicolas Roche.

Par ailleurs, le président de la SPLF rappelle que si pour 75 % des malades américains utilisaient des liquides frelatés contenant des cannabinoïdes ou des mélanges ou des fortes teneurs en nicotine, les 25 % des cas restants utilisaient des liquides à priori sans problème. Ce qui, du coup, devient un casse-tête pour les autorités de santé.

Cigarette électronique : quels effets indésirables pulmonaires?

Le Pr Philippe Camus (pneumologue, CHU de Dijon) est revenu, quant à lui, sur les effets indésirables démontrés de la e-cigarette, en soulignant d’emblée la nécessité quand on lit des études de s'intéresser aux liens d'intérêt des auteurs de façon générale, mais plus particulièrement quand il s'agit de la cigarette électronique. « Il a été montré que le fait d'être financés modifiait la conclusion des études de l'article écrit par les auteurs. Il y a une augmentation très nette de l'odd ratio en faveur de l'innocuité de la cigarette électronique en cas de soutien financier [1] » indique-t-il.

Les complications pulmonaires recensées jusqu'à présent sont diverses : des infiltrats en verre dépoli diffus, des pneumopathies d'allure infectieuse, des pneumopathies à éosinophile, une hémorragie alvéolaire fatale, des œdèmes pulmonaires, des pneumothorax ou encore des crises d'asthme sévères.

Concernant la crise américaine actuelle, « les Mayo Clinics ont travaillé sur l'aspect anatomopathologique et ont révélé l'aspect « brochiolocentrique » de l'atteinte. Il n'y a pas de processus vasculitique dans cette maladie. La lésion peut ressembler à ce qu'on trouve chez les gens sortis d'un incendie d'immeuble » indique Philippe Camus, qui rappelle que si elle est nommée « pneumopathie lipidique, elle n'a toutefois rien à voir avec ce qu'on peut voir lors d'une intoxication à la paraffine ».

« Tous les nouveaux symptômes qui se déclarent actuellement chez les fumeurs de cigarette électronique américains vont faire leur entrée dans Pneumotox (https://www.pneumotox.com/drug/index/) » a-t-il précisé. Ce site de référence, qui recense les effets secondaires pulmonaires des médicaments, liste aussi tous les effets secondaires de la cigarette électronique. Le site est aussi accessible grâce à une application gratuite pour smartphone.

Pas de preuve d'innocuité, pas de preuve de toxicité

Compte-tenu de ces effets secondaires, que sait-on de l’innocuité de l’e-cigarette ? « Il n'y a pas de preuve de l'innocuité des liquides autorisés pour la cigarette électronique, ni de preuve formelle de sa toxicité clinique » rappelle Nicolas Roche. Avant de poursuivre « en revanche, on a des preuves irréfutables de toxicité biologique : des effets biologiques – déclenchement de l'inflammation, carcinogénicité – ont été montrés sur des modèles animaux. Certains de ces effets ont été montrés chez l'homme : on a vu une élévation des marqueurs de l'inflammation sur des liquides de lavage alvéolaire de personnes utilisant la cigarette électronique par exemple. ». 

 
La quantité d'agents toxiques présents dans la brume sortant d'une cigarette électronique est bien moins importante que celle présente dans la fumée de cigarette  Nicolas Roche
 

La toxicité biologique se traduit-elle sur le plan clinique ? « C'est là qu'on est actuellement dans l'incertitude » déplore le pneumologue. « Après, quand on voit les photos et quand on utilise soi-même une cigarette électronique, on a du mal à imaginer une utilisation qui serait totalement anodine de façon absolument certaine ». Cela dit, la quantité d'agents toxiques présents dans la brume sortant d'une cigarette électronique est bien moins importante que celle présente dans la fumée de cigarette.

Côté recherche, le Pr Philippe explique qu'il faut maintenant comprendre les effets de la cigarette électronique sur le tapis mucociliaire, la carcinogénéité des produits de l'e-cigarette, sur la défense contre les infections virales et microbienne et sur l'homéostasie lipidique et une probable altération du surfactant.

« Prudence et vigilance » à la SPLF

Les maîtres-mots de la SPLF concernant la e-cigarette sont donc : prudence et vigilance. La « vigilance » avec le recensement des cas suspects qui vient de débuter en France, explique Nicolas Roche. Un dispositif est en ligne depuis quelques jours sur le site de Santé publique France. Il permettra de détecter l'éventuelle émergence en France d'une épidémie de pneumopathies sévères en lien avec le vapotage.

Pour ce qui est de la « prudence », le Pr Roche a rappelé que la SPLF avait adopté une attitude de restriction vis-à-vis de la cigarette électronique, à savoir une utilisation transitoire réservée au sevrage tabagique.

Quels cas déclarer ?

Le CDC américain puis la SPLF ont défini les cas possibles selon différents critères :

  • épisode respiratoire aigu

  • utilisation d'une cigarette électronique dans les 90 jours

  • présence d'anomalies radiologiques (infiltrats pulmonaires)

  • absence d'autres causes (pas d'infection principalement)

  • absence de diagnostic alternatif

Uniquement dans le cadre du sevrage

Tous ces éléments pris en compte, quelle devrait être la position du pneumologue ou du médecin généraliste vis-à-vis de la cigarette électronique ?  « La e-cigarette ne peut être recommandée que dans le cadre de tentative de sevrage du tabac en seconde intention après les traitements validés (substitution, médicaments). Il faut utiliser des produits autorisés à la vente que l'on trouve dans des magasins spécialisés » explique Nicolas Roche, qui rappelle que la validité de la cigarette électronique comme aide au sevrage tabagique a été documentée par deux études randomisées.

« Nous ne tolérons ces outils que dans le cadre du sevrage tabagique. Tout autre utilisation doit être proscrite. C'est dangereux » martèle-t-il. La SPLF exclut tout blanc-seing pour les usages récréatifs.

Quant au Pr Camus, il conseille aux médecins de poser systématiquement aux patients la question de l'usage ou non de la cigarette électronique et de la dose. « De fait, à partir d'une certaine dose, le poumon, qui a une capacité d'épuration avec un débit donné, ne peut plus assumer les quantités importantes de glycérine et d'éthylène glycol [les 2 composants du e-liquide avec la nicotine et l’arôme, ndlr]» explique-t-il.

« Il faut adopter une attitude de prudence et prévenir les patients utilisateurs que s'ils ne sont pas bien sur le plan respiratoire, il faut qu'ils aillent consulter » préconise-t-il.

 

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