Médecins libéraux spécialistes : en Île-de-France, la pénurie est proche

Dr Isabelle Catala

15 octobre 2019

Île-de-France , France -- En se fondant sur les données de la Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France (2009-2017), l’Union régionale des professionnels de santé médecins (URPS) Ile-de-France annonce que la démographie des spécialistes médicaux en région parisienne va poser rapidement des problèmes d’accès aux soins et, en particulier, dans des domaines tels que la psychiatrie et la gynécologie.

L’Île-de-France, premier désert médical de France métropolitaine

Depuis plus d’un an, l’URPS médecins libéraux Île-de-France mène un travail de sensibilisation pour alerter le grand public quant aux difficultés d’accès aux soins dans la région. Et elle a visiblement l’impression de crier dans le désert – celui qu’est devenu l’Île-de-France, aujourd’hui premier désert médical de France métropolitaine*.

Pour l’URPS, « souvent centrés sur le seul accès aux médecins généralistes de premiers recours, les pouvoirs publics en ont oublié toutes les autres spécialités qui souffrent aujourd’hui de graves déficits et, dans certains cas, posent de sérieux problèmes de coordination et d’accès aux soins ».

Pour provoquer un sursaut, l’organisation de médecins libéraux publie aujourd’hui une série de données inédites pour quantifier la pénurie de médecins libéraux spécialistes, à l’échelle de la région et des départements. Les résultats sont sans appel et le constat inquiétant : « l’Île-de-France compte de moins en moins de médecins libéraux spécialistes et la tendance n’est pas près de s’inverser ».

Concrètement, l’URPS a analysé en détail la démographie dans les 8 départements d’Ile-de-France pour 15 spécialités : anesthésistes, cardiologues, spécialistes en chirurgie, dermatologues, endocrinologues, gastro-entérologues, gynécologues, neurologues, ophtalmologistes, ORL, pédiatres, pneumologues, psychiatres, radiologues et rhumatologues.

Les données prennent en compte les spécialistes libéraux et salariés, mais comme l’explique l’URPS, dans certaines spécialités, les effectifs ne sont principalement constitués que de médecins libéraux (dermatologie, ORL, rhumatologie…).

* si l'on considère le nombre de médecins généralistes rapporté au nombre d'habitants

30 % des spécialistes libéraux ont plus de 65 ans

Alors que seul le nombre des chirurgiens a stagné, les effectifs ont dégringolé dans des spécialités telles que la psychiatrie (-30 %), la gynécologie (-29 %) ou la dermatologie (-25 %).

Les pneumologues, les radiologues et les endocrinologues sont moins exposés avec des baisses d’effectifs inférieures à 5 %.

A titre d’exemple, la Seine-et-Marne qui a perdu 40 % de ses dermatologues en 8 ans, ou le Val d’Oise 39 % de ses ORL.

Et l’URPS met aussi en avant l’âge moyen des spécialistes qui est, pour les 15 spécialités étudiées, situé entre 54 et 61 ans. « 30 % des spécialistes libéraux en activité en Île-de-France ont aujourd’hui plus de 65 ans. On peut donc estimer que 3 400 médecins sur 11 410 pourraient faire valoir leurs droits à la retraite du jour au lendemain ».

« La proportion des plus de 65 ans est particulièrement marquée en psychiatrie où 44% des médecins libéraux en activité en Ile-de-France ont plus de 65 ans, ainsi qu’en gynécologie (37%), rhumatologie (34%) et en dermatologie (33%) », continue l'URPS.

Et en termes de département, Paris compte la plus forte proportion de plus de 65 ans, lesquels représentent plus de 40 % des effectifs de cardiologues, de psychiatres, de gynécologues et de rhumatologues.

On peut donc estimer que 3 400 médecins sur 11 410 pourraient faire valoir leurs droits à la retraite du jour au lendemain.

Quelles solutions ?

Comment pallier cette crise démographique ? Prenant pour exemple « la dermatologie avec seulement 15 postes d’internes ouverts par an en Île-de-France », l’URPS estime qu’« au rythme actuel des formations en dermatologie, il faudra 30 ans pour retrouver le niveau de 2010 ».

Parmi les autres solutions évoquées : « trouver un statut ou des avantages aux médecins qui acceptent de poursuivre une activité après 65 ans », « mettre en place des équipes de soins spécialisées, pour faciliter la coordination des parcours entre les spécialistes de ville et leurs correspondants généralistes » et la sempiternelle solution du recours au numérique, et en particulier à la télé-expertise. Bref, en dehors de proposer aux médecins de consacrer en partie leur retraite à continuer à soigner (et à payer des charges), l’URPS ne voit que la solution des assistants médicaux et de la délégation de tâches.

Un petit mot quand même à l’attention des plus jeunes, l’Union propose d' « investir dans l’installation des jeunes spécialistes à partir de l’expression de leurs besoins organisationnels en facilitant notamment leur accès à des locaux aux normes, confortables pour un exercice médical de qualité ».

 

Pourquoi ce désamour pour l’Île-de-France ?  L’URPS médecins libéraux Île-de-France avance plusieurs explications, sans pour autant pouvoir quantifier l’importance de chacun de ces facteurs :
– Le manque d’anticipation dans le nombre de médecins à former ;
– Le coût financier trop élevé de l’installation en Île-de- France ; 
– Le manque d’attractivité de certains de nos territoires ;
– L’absence de lien entre l’exercice libéral et la formation hospitalo-universitaire : seuls quelques lieux de stages ouverts en Île-de-France auprès de médecins libéraux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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