POINT DE VUE

Alcoolodépendance et dépression : une « pathologie duelle » complexe

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

21 octobre 2019

Paris, France—L’association de l’alcoolo-dépendance et de la dépression, qui touchent l’une et l’autre près de 10 % de la population française, est fréquente, sans que l’on sache bien laquelle est la cause ou la conséquence de l’autre, explique ici le Pr Pierre-Michel Llorca (Directeur des soins de la fondation FondaMental, CHU et Université de Clermont-Ferrand).

Alcool et dépression ne font pas bon ménage

Quoiqu’il en soit, il s’agit d’« une association délétère. Elle altère le pronostic de la maladie alcoolique et de la possibilité de sevrage mais également celui de la maladie dépressive. Aussi, cette comorbidité est associée à un plus grand nombre de suicides, de morts par suicide. La dépression et la maladie alcoolique sont les deux principales causes psychiatriques associées à la mort par suicide », souligne le psychiatre.

Il faut donc : « chez les patients déprimés, rechercher la consommation d’alcool et chez les patients ayant une maladie alcoolique, rechercher la dépression. C’est très important pour l’avenir des patients et le pronostic », insiste le Pr Llorca.

Par quel bout prendre le problème ?

« Le traitement est complexe. Faut-il sevrer d’abord ? Faut-il commencer le traitement dès que l’on a un élément dépressif sans sevrage alcoolique ? Habituellement, dans les recommandations, il est stipulé qu’il faut sevrer les gens d’abord puisque s’ils continuent à consommer de l’alcool cela favorise la dépression mais, en pratique fréquemment, on essaye de mener les deux de front ce qui n’est pas forcément facile », indique le Pr Llorca.

« Il ne s’agit pas forcément des médicaments mais aussi de toutes les stratégies de psychothérapie qui sont nécessaires. Il faut aussi faire preuve d’une certaine prudence car certains médicaments dans la maladie alcoolique comme le baclofène peuvent avoir des conséquences sur l’induction d’états dépressifs. Ils doivent donc être utilisés avec parcimonie, précision. Il s’agit plutôt de traitements de spécialistes. Aujourd’hui, le traitement de ces pathologies duelles est complexe et reste ouvert.

Pathologies duelles : quèsaco ?

Les pathologies duelles correspondent à l’association d’une pathologie psychiatrique et d’une addiction (DSM5). Elles induisent l’apparition de nombreux processus synergiques morbides, avec modification des symptômes, diminution de l’efficience des traitements, et aggravation et chronicisation de leur évolution.

Les situations cliniques sont souvent complexes avec un retard diagnostic. Elles requièrent une combinaison de soins psychiatriques et

Addictologiques.

Notons que chez patients alcoolodépendants, 37% présentent des comorbidités psychiatriques dont :

-40% troubles de l’humeur, plus fréquent si alcoolodépendance

plus sévère ;

-33% troubles anxieux ;

-40% des troubles de la personnalité.


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