POINT DE VUE

Surtout pas de régime restrictif chez le patient obèse avec un syndrome d’hyperphagie/boulimie !

Dr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

16 octobre 2019

Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste

Plus d’un patient obèse sur deux présenterait un syndrome d’hyperphagie/boulimie. Alors que la Haute Autorité de Santé (HAS) vient de publier de nouvelles recommandations, le Dr Hansel explique pourquoi il est particulièrement important de dépister ce syndrome chez le patient obèse et quelle est la prise en charge à envisager.

TRANSCRIPTION

La HAS vient de publier, en collaboration avec la Fédération Française Anorexie Boulimie, des recommandations, une aide, des fiches pratiques, pour la prise en charge de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique. Alors bien sûr, comme tous les documents de la HAS, je vous recommande de le lire, mais je voudrais revenir ici sur un point de complémentaire à ce qui est décrit dans ce document. Plus précisément, c’est le problème de l’hyperphagie/boulimie chez le patient obèse.

Schématiquement, l’hyperphagie/boulimie est la survenue de crises de boulimie au moins deux fois par semaine. Attention : une crise de boulimie, ce n’est pas n’importe quoi. C’est manger vite des quantités importantes de nourriture avec une véritable perte de contrôle. Et ici, il n’y a pas de purge : pas de vomissements, pas de prise de laxatifs, pas d’exercice physique intense pour tenter de brûler des calories.

Le rapport de la HAS mentionne bien une prévalence de l’hyperphagie boulimique, mais dans la population générale, et elle est évaluée à environ 3 % à 5 %. Je voudrais ajouter trois choses sur ce syndrome :

  1. Le syndrome d’hyperphagie/boulimie est méconnu, bien plus que celui de la boulimie qui est généralement connu comme un syndrome caractérisé par des problèmes alimentaires et surtout des purges, notamment des vomissements après des épisodes de crise alimentaire.

  2. Je voudrais insister sur la fréquence de l’hyperphagie/boulimie chez les personnes obèses. Il n’y a pas de chiffres officiels, mais quand on croit les publications scientifiques et l’expérience clinique, probablement plus d’un patient obèse sur deux présente une authentique hyperphagie/boulimie.

  3. Enfin, l’hyperphagie/boulimie n’est malheureusement pratiquement jamais diagnostiquée chez le sujet obèse.

 
Cette anxiété/dépression d’une part et le trouble du comportement alimentaire d’autre part, doivent être pris en charge sans régime diététique strict.
 

Pourquoi est-ce essentiel de rechercher, quelle que soit notre pratique professionnelle, l’hyperphagie/boulimie chez le sujet obèse ? Tout simplement parce que le traitement est tout sauf un régime hypocalorique. Ces troubles du comportement alimentaire sont très souvent associés à des troubles de l’humeur — à une dépression, à une anxiété qui est plus ou moins marquée et parfois qui passe inaperçue, qui doit également être détectée et qui doit être prise en charge avec une aide comportementale. Cette anxiété/dépression d’une part et le trouble du comportement alimentaire d’autre part, doivent être pris en charge sans régime diététique strict. Que ce soit un médecin généraliste, un psychologue, un psychiatre ou un nutritionniste, à la limite je dirais peu importe. Chacun a des compétences qui permettent d’aider le patient sur le plan comportemental pour améliorer les troubles de l’humeur. L’essentiel est :

  • premièrement de lever la culpabilité qui est le plus souvent présente, quasi constante, dans ces situations chez des patients qui se sentent coupables de ne pas arriver à gérer leur trouble.

  • deuxièmement, souvent il faut lever la plupart des restrictions alimentaires, en tout cas tout régime restrictif.

  • troisième chose : mettre en place un suivi comportemental et de traiter les troubles anxio-dépressifs.

En pratique, chez tout patient obèse, avant de demander quoi que ce soit sur ce que le patient mange — cela ne sert à rien d’avoir un détail du petit-déjeuner, du déjeuner, du dîner — il faut demander d’abord aux patients, avec tact, s’ils ont des épisodes de crises ou s’ils perdent le contrôle et qu’ils mangent rapidement sans avoir faim avec, le plus souvent, un sentiment de culpabilité. Quelques questions posées avec tact permettent de faire un diagnostic et si le diagnostic est positif, encore une fois, je le répète, surtout pas de régime calibré. En tout

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....