UE : autant de modèles d'exercice médical que de pays

Véronique Hunsinger

24 octobre 2019

Antibes, France -- A l'occasion des 25e universités d'été de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) qui se sont tenues à Antibes dans les Alpes-Maritimes du 13 au 15 septembre dernier, une table ronde consacrée à la « biodiversité de l'entreprise médicale libérale en Europe » a fait le point sur les convergences et les différences dans l’exercice médical tel que pratiqué dans les différents pays européens.

Des modes de consommation de soins différents

« En Europe, la confiance des patients dans le médecin est très majoritaire dans tous les pays, a souligné Francis Rubel, représentant de la France à l'Union européenne des médecins spécialistes (UEMS) et ancien président du Syndicat national des pédiatres français (voir encadré). En revanche, on constate que le mode de consommation de soins très différents selon les pays. Ainsi, par exemple, dans des pays comme l'Espagne, les patients ont très rapidement recours au médecin pour les maladies bénignes, alors qu'en Allemagne ou en Pologne, l'automédication en première intention est très utilisée. Il y a aussi des pays qui sont très en avance par rapport aux autres sur l'utilisation des objets connectés, c’est notamment le cas de l'Italie ».

Créée en 1958, l'Union européenne des médecins spécialistes (UEMS) est une organisation professionnelle qui représente 1,8 million de médecins spécialistes en Europe, 43 spécialités, 15 comités multi-disciplinaires et 35 boards qui travaillent notamment sur l'harmonisation de la formation. La CSMF est l'un des membres fondateurs.

Répartition entre les généralistes et les spécialistes

La diversité de l’entreprise médicale en Europe s’illustre aussi dans la répartition entre les généralistes et les spécialistes. En 2014, dans 20 des 28 pays de l’Union, il y avait deux fois plus de spécialistes que de généralistes. La France, le Portugal et l’Irlande font partie des pays comptant le plus de généralistes en proportion de l’ensemble du corps médical. La question du temps de travail maximal a, en revanche, été harmonisé depuis 2000, à 48 heures par semaine, gardes comprises. En France, « cela a obligé à augmenter le nombre de postes de médecins hospitaliers et a constitué un aspirateur à médecins européens » a noté le Dr Rubel. « Les pays dont ces médecins sont originaires s’en plaignent d’ailleurs car ils ont formé des praticiens qui n’exercent plus chez eux, d’autant que la démographie médicale baisse partout en Europe », a-t-il ajouté.

Coopération entre professions de santé

Alors que se développent depuis quelques années en France des modèles de coopération entre professions de santé, ce modèle est déjà la norme dans d’autres pays. Ainsi, par exemple en République tchèque, un pédiatre doit gérer une patientèle de 1 200 enfants de tous âges et il est assisté par une infirmière, une assistante sociale, voire également une orthophoniste et un ergothérapeute. « Il s’agit d’une vraie petite entreprise, a commenté le Dr Rubel. La particularité est que le médecin perçoit les fonds publics sous forme d’une enveloppe qu’il doit gérer lui-même ».

Formation et recertification

Enfin, la question de la qualité de la formation et des soins a fait l’objet d’une réelle réflexion au niveau européen. « La directive 2013-55 sur la reconnaissance des qualifications professionnelles définit au millimètre près chaque métier, a souligné le Dr Rubel. Un certain nombre de pays s’en sont parfois un peu éloignés mais c’est un texte auquel nous pouvons nous référer. Je pense par exemple à la description de l’activité de la sage-femme par rapport au médecin ». S’agissant de la formation continue, c’est la charte européenne éthique de Kos de 2011 qui rappelle la nécessité pour les médecins de « maintenir les connaissances et de développer les compétences ». « Donc le DPC (développement professionnel continu) est un devoir et une recommandation européenne » a commenté le Dr Rubel. De plus, le consensus de Luxembourg en 2015 a introduit la notion de recertification qui est déjà appliquée dans 8 pays européens, en attendant de l’être en France. L’harmonisation des diplômes est également en marche puisque quelques pays ne délivrent déjà plus des diplômes nationaux mais des diplômes européens. C’est notamment le cas de la Grande-Bretagne, de la Hollande, de la Slovénie et de la Slovaquie. L’avantage de ces diplômes est qu’ils sont automatiquement reconnus aux Etats-Unis et au Canada.

Libre circulation des médecins en Europe

Une des conséquences les plus visibles du principe de libre circulation en Europe dans le domaine de la santé est probablement les mouvements de professionnels de santé. « La libre circulation des médecins existe dans l'Union européenne même si chaque pays reste souverain sur les modalités, a expliqué le Dr Rubel. Le premier problème qui se pose généralement est la question de la compréhension du malade par le médecin et réciproquement. C’est pourquoi beaucoup de pays imposent des tests de langue aux médecins qui souhaitent exercer sur leur territoire ». La France est particulièrement concernée par l’afflux de médecins originaires et formés dans d’autres pays de l’Union européenne. Ainsi, en 2016, selon les statistiques du Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) ce sont 4 026 médecins roumains qui se sont installés sur le territoire. Dans dix pays de l’Union européenne, le salaire hospitalier des médecins est égal à la moitié du salaire français, un facteur d’attractivité évident. Pour les libéraux, s’il est difficile d’obtenir des données robustes, le rapport de revenu est de 1 à 3 entre les pays de l’Union européenne pour les généralistes et de 1 à 5 pour les spécialistes. Concernant, les modes d’exercice, il n’y a pas de modèle européen unique : salariat et exercice libéral coexistent. En Grande-Bretagne et en Irlande, l’exercice libéral commence un peu à se développer. Dans les pays du Sud de l’Europe, les médecins salariés exercent de plus en plus souvent en libéral, en supplément, en deuxième partie de journée.

 

Les besoins de soins de la population doivent être couverts partout

Les droits des patients sont définis au niveau européen dans une directive de 2011 qui dit que « chaque patient a le droit au meilleur soin », a souligné le Dr Rubel. En outre, depuis 1998 tout patient peut se faire soigner dans n'importe quel pays de l'Union européenne, sans plus avoir à demander l'autorisation de sa caisse d'assurance maladie, « un changement important ». « Il y a également une circulaire européenne selon laquelle les besoins de soins de la population doivent être couverts partout, a-t-il ajouté. On peut imaginer qu'un jour, lorsque notre démographie médicale sera encore plus basse, ce texte puisse servir de base pour nous imposer de nous installer là où on n’aurait pas envie d'aller ». Une hypothèse qui n'est cependant pas à l'ordre du jour en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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