Le PLFSS 2020 suscite incompréhension et colère chez les médecins

Philippe Anaton

8 octobre 2019

France – Le PLFSS 2020, avec ses 4 milliards d'euros d'économie, suscite, chez les professionnels de santé, incompréhension et colère. Des mouvements sociaux sont d'ores et déjà programmés les 15 octobre et 1er décembre prochains.

Après les services d'urgence , en grève depuis le mois de mars dernier, le secteur de la psychiatrie, chez qui la crise persiste, et désormais les biologistes médicaux, qui ont décidé, eux aussi, d'une grève illimitée, la réponse apportée par le gouvernement au  monde de la santé, dans le PLFSS 2020, a suscité la colère chez les praticiens hospitaliers, des fédérations hospitalières et même des industriels.

Acte de destruction massive pour les praticiens hospitaliers

Les syndicats de praticiens hospitaliers et de jeunes médecins ont été parmi les premiers à réagir. Dans un communiqué intitulé « Le-gouvernement accélère la destruction de l’hôpital public, Action praticien hôpital (APH) et Jeunes médecins « expriment leur colère suite aux annonces conjuguées relatives au Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2020 ». Les deux syndicats ne comprennent pas pourquoi les mesures d'urgence sociale qui ont suivi la crise des gilets jaunes sont supportées par l'assurance maladie et non prises en charge par l'État : « Il est inacceptable que l’État se serve ainsi dans les caisses de la Sécurité Sociale pour financer les mesures qu’il décide afin de calmer la colère des citoyens face aux inégalités sociales ». Surtout l'objectif national de dépense de l'assurance maladie (Ondam) a été fixée à 2,1% alors que l'évolution des dépenses est de 4,4%. Pour APH et JM, il s’agit d’« un acte de destruction massive engagé vis-à-vis de tous les citoyens et les professionnels du service public hospitalier ».

Le Collectif inter-urgences, qui structure la grève des urgences depuis six mois, a lui aussi exprimé sa colère face aux mesures du PLFSS 2020. « L'hôpital hurle ses difficultés de fonctionnement liées à son manque de moyen. Quelle est la réponse du gouvernement ? Il faudra réaliser encore 4 milliards d'euros d'économie supplémentaires ? En votant ce budget vous vous rendez coupable des décès indus de patients et des suicides de soignants pour l'année 2020 ». Une nouvelle manifestation hospitalière est prévue le 15 octobre prochain.

Du côté des médecins libéraux, l'incompréhension règne

La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) note que les efforts d'économie demandés aux libéraux sont plus importants que l'an dernier : « ce projet a pour objectif de réduire les dépenses en actes et prescriptions de 1,235 milliards d’euros en 2020, soit 340 millions de plus que l’année précédente ». Résultat, le PLFSS 2020 « va fragiliser des pans entiers de la médecine de ville (biologie, radiologie et autres spécialités) sans lui donner les moyens de se restructurer et de mieux s’organiser pour répondre à la demande en soins dans tous les territoires ! »

Même son de cloche du côté du syndicat des médecins libéraux (SML) : « Pour autant si l’affichage d’un Ondam de ville à 2,4%, nettement supérieur à celui des établissements hospitaliers (2,2%) est à saluer, le SML constate que les soins de ville supporteront près du quart des 4,2 milliards d’euros d’économies attendues dont 600 millions d’euros au titre de la maîtrise médicalisée ». Néanmoins, le SML salue « la création d'une consultation complexe pour la protection de l'enfance ».

Appel à la grève des gardes le samedi après-midi

MG France propose un nouveau plan d'organisation des soins financé par le PLFSS. Cette nouvelle organisation s'appuie des horaires de la permanence des soins ambulatoires (PDSA) élargis, dès 18 heures, mais aussi sur l'inscription du samedi matin dans la PDSA. « MG France exige que ces nouveaux horaires de permanence régulée des soins soient inscrits dans le PLFSS 2020 ».

Sans réponse positive à cette revendication portée par l’ensemble de la profession, MG France appellera le premier décembre les médecins généralistes à la grève des gardes, « le samedi après-midi pour commencer ».

Insatisfactions des Fédérations hospitalières

Les Fédérations hospitalières ne sont pas plus satisfaites de ce PLFSS. À commencer par la Fédération hospitalière de France (FHF). « Avec ce PLFSS, une fois encore et en dépit de tous les efforts financiers réalisés ces dernières années (8,6 Mds€ d’économies en 15 ans ; 1 Md€ de transfert de l’enveloppe hospitalière vers l’enveloppe de ville en 4 ans), les établissements de santé servent de variable d’ajustement avec un transfert du déficit de la Sécurité sociale vers les hôpitaux », a notamment déclaré la FHF dans un communiqué.

Pour la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP), « cette baisse de l’ONDAM hospitalier est d’autant plus inquiétante que le PLFSS 2020 prévoit plusieurs mesures qui vont impacter le financement des établissements de santé ». Quant au nouveau financement de la psychiatrie et des soins de suite et de réadaptation, prévu pour 2021, « il faut différer sa mise en place à 2022 ».

La Fédération des centres de lutte contre le cancer, Unicancer , regrette également que « l’ONDAM soit limité à 2,3% au lieu des 2,5% initialement espéré à l’instar de l’année 2019 », mais salue la mise en place « d’un parcours d’accompagnement « après-cancer » [qui] devrait permettre de garantir un accès à un accompagnement aussi bien physique que psychologique, de tous les patients ».

Quant à la Fédération des établissements hospitaliers non lucratifs (Fehap), elle constate que le «  sous ONDAM hospitalier à 2,1%, particulièrement sévère, suscite de notre part de grosses craintes sur le secteur hospitalier, en grande fragilité ». La Fehap demande également « la restitution intégrale des réserves prudentielles des sous ONDAM 2019 hôpital et médico-social du fait de la bonne tenue de ces derniers ».

Les industriels ne comprennent plus grand chose

Enfin, les Entreprises du  médicament (Leem) ont aussi exprimé leur mécontentement. Rappelons que ce PLFSS prévoit des sanctions pour obliger les industriels à constituer des stocks de médicaments, afin de mettre un terme aux ruptures d'approvisionnement de médicaments d'intérêt thérapeutique majeur. « Le médicament, qui ne représente plus que 12 % des dépenses de santé (contre 15 % il y a dix ans) devra une nouvelle fois supporter près de 50 % des économies de la branche maladie dans le PLFSS 2020 », déplore le Leem. Cet effort demandé aux entreprises du médicament est en contradiction avec les objectifs du 8e conseil stratégique des industries de santé « qui faisaient le pari de l’attractivité de la France dans une compétition internationale de plus en plus vive ». Ces mécanismes de régulation seraient à l'origine, selon le Leem, de « l’indisponibilité pour les patients français d’une part de plus en plus importante des médicaments autorisés ailleurs en Europe [...] du déclin de la part des patients français dans les essais cliniques internationaux [...] de la multiplication des ruptures d’approvisionnement », entre autres. Les entreprises françaises ne seraient plus en mesure, non plus, de répondre à la multiplication des appels d'offre hospitaliers infructueux, ne comprendraient plus grand chose aux mécanismes mouvants d'autorisation temporaire d'utilisation (ATU), pas plus qu'à la gestion de la liste en sus.
 

 

 

 

 

 

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