Urgences de Mulhouse : 17 internes en arrêt maladie pour épuisement professionnel

Dr Isabelle Catala, avec Stéphanie Lavaud

4 octobre 2019

Mulhouse, France – Situation inédite : après avoir validé leur stage le 1er octobre, 17 internes du SAU de Mulhouse sont un arrêt de travail pour épuisement professionnel. Dans un service qui souffre depuis de long mois de graves difficultés, les internes ne veulent plus porter les urgences à eux seuls.

7 médecins titulaires sur un effectif théorique de 34 praticiens

Le feuilleton a débuté le 26 avril par une grève du personnel paramédical des urgences du Groupe hospitalier de la région Mulhouse et Sud Alsace. Les conditions de travail et le manque d’effectif sont alors mis en avant. Puis, progressivement, comme c’est souvent le cas, le malaise s’est étendu à d’autres catégories de personnel. Alors que l’effectif budgétisé devrait être de 34 médecins, seuls 7 étaient en fonction cet été, pour cause de démissions en nombre. Plusieurs lignes de garde ont été assurées par des intérimaires. Pour compléter, des médecins de l’hôpital civil de Colmar et du centre hospitalier universitaire de Strasbourg ont été mobilisés. On a même été jusqu’à faire appel aux généralistes et à la réserve sanitaire.

L’une des particularités de ce service est que les médecins travaillent de façon postée par tranches de 24 h (soit deux fois 24 h par semaine pour un total de 48 h statutaires). Un système où il est particulièrement difficile de palier l’absence d’un collègue en raison de l’impact physique de chaque garde. La chefferie de service est par ailleurs vacante et assurée par le Dr Philippe Guiot, chef de pôle de médecine interne.

Ce sont les internes qui trinquent 

Résultat, comme l’explique un des responsable du syndicat des internes de spécialités en Alsace, au micro de France Bleu Alsace, « ce sont les internes qui trinquent », se retrouvant à assumer des responsabilités qui vont bien au-delà de celles de médecins en formation.

« Quand c’est de l’extrême urgence vitale, il faut prendre la décision tout de suite, et ça ce n’est pas une décision d’étudiant, c’est une décision de praticien senior ».

Pris en étau entre, d’une part, les patients ou leurs familles et, d’autre part, leurs seniors qui doivent valider les prises en charges sans pouvoir dégager du temps pour tous les patients, les « étudiants en première année d’internat se retrouvent en première ligne, seuls face à des situations extrêmement compliquées : malades en fin de vie admis en urgence, détresses respiratoires sous ventilation artificielle, chocs septiques… » explique dans un communiqué, le Syndicat Autonome des Internes des Hospices Civils de Strasbourg (SAIHCS).

On se retrouve donc face à « des conditions inquiétantes pour les patients » et à « un état de détresse psychologique des étudiants ». Confirmation au micro France Bleu : « Ça crée chez eux un stress majeur. Ils [les internes] ne dorment plus la nuit, ils font des cauchemars. Ils pleurent en arrivant au travail. Là on était arrivé à une situation terrible ».

En arrêt de travail d’une semaine à un mois

Conséquence de ce stress intense face à une situation intenable : le premier octobre – une fois le stage validé – les 17 internes des urgences se sont tous mis en arrêt maladie pour burn out. Il faut dire que même les plus « résistants » semblent avoir craqué le week-end dernier.

L’arrêt maladie leur permet de ne pas être réquisitionnés pour continuité des soins.

Pas de mauvaise volonté de leur part : beaucoup ont souhaité limiter cet arrêt au maximum, mais les médecins qui ont fait les arrêts ont été intraitables et voulu que les internes s’arrêtent au minimum 7 jours, a indiqué le responsable syndical. Et l’un d’entre eux a même écopé d’un arrêt de travail d’un mois.

« Une réunion a été organisée entre la direction de l’hôpital et les internes des urgences le lundi 30 septembre », indique le SAIHCS ajoutant que si « plusieurs témoignages de situations désastreuses ont pu être évoqués: la direction a écouté ces faits en s’étonnant de l’état de santé des internes, sans avancer de pistes de changements. »

« Malgré nos avertissements, poursuit le syndicat, il a même été décidé qu’à partir de novembre, ce seraient dix nouveaux internes qui remplaceront les internes actuels pour le semestre d’hiver. Dix internes de premier semestre, qui débuteront donc leur internat seuls au sein des urgences de Mulhouse,  sans que cela ne semble choquer ni l’établissement, ni l’Agence Régionale de Santé ».

Celui-ci demande donc à l’ARS (Agence régionale de santé) à ce qu’il n’y ait plus d’internes au service d’urgences de Mulhouse pour une durée de 6 mois, le temps de reconstruire le service, cela « pour ne pas mettre en danger d’autres internes ».

« Les internes ne doivent pas constituer une variable d’ajustement »

Face à cette situation « exceptionnelle mais pas étonnante », le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG) a fait savoir, dans un communiqué en date du 3 octobre, qu’il apportait son « soutien à ses collègues en souffrance à Mulhouse ».

Ce syndicat rappelle que « selon la loi, les services hospitaliers qui accueillent des internes, praticiens en formation, doivent pouvoir fonctionner indépendamment de la présence des internes ».

Rappelant qu’il a « déjà obtenu par voie judiciaire le retrait d’agrément d’un service d’urgences hospitalières qui ne respectait pas le statut de l’interne », le SNJMG « se tient à la disposition des internes de Mulhouse pour les aider à faire respecter la législation en vigueur ».

Le SNJMG rappelle, par ailleurs, « aux hôpitaux, aux facultés de médecine, aux ARS et à l’Etat que les internes ne doivent pas constituer une variable d’ajustement, corvéable à merci, vis-à-vis des difficultés démographiques du système de santé ».

Face à cette situation, qualifiée d’inédite, et les représentants des internes vont être reçus le 4 octobre par le Doyen de la faculté de médecine de Strasbourg.

 

Les internes en difficulté peuvent contacter le réseau AGRID, une structure d’écoute, d’orientation, de suivi et d’assistance mis en place en 2018 par le Syndicat Autonome des Internes des Hospices Civils de Strasbourg (SAIHCS), en partenariat avec l’ensemble des structures de soutien.

 

 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....