Allergie à l’arachide : la FDA en passe d'autoriser un premier traitement

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

7 octobre 2019

Etats-Unis- Un comité consultatif de la Food and Drug Administration (FDA) vient de donner un avis favorable à un traitement de l'allergie à l’arachide, selon le magazine Science. Et il est très probable que la FDA suive cet avis et donne très prochainement son feu vert à la commercialisation de ce traitement d'immunothérapie AR101 développé par Aimmune Therapeutics.

Pour la première fois, patients allergiques à la cacahuète et médecins disposeraient ainsi d'un médicament qui ne guérit certes pas de l'allergie mais diminue les risques d'accidents graves. De quoi rassurer les parents d'enfants allergiques qui vivent une angoisse constante que leur progéniture ne commette un impair à l'occasion, par exemple, d'un anniversaire à l'extérieur du domicile.

Dr Dominique Sabouraud

« Je salue la décision de la FDA car, ce faisant, elle reconnaît l'allergie aux arachides comme une nouvelle pathologie pour laquelle il faut trouver des traitements. Et c'est effectivement assez nouveau en France : il y a encore trente ans, l'allergie aux arachides n'existait pas, alors que maintenant nous en prenons en charge tous les jours dans nos consultations », indique la Dr Dominique Sabouraud (pédiatre allergologue, CHU de Reims).

Une induction de tolérance orale

« Pendant longtemps, le seul traitement possible était l’éviction impérative de l’arachide de l’alimentation. Mais depuis une dizaine d'années, plusieurs publications sur l'induction de la tolérance ont montré que cette stratégie permettait d’augmenter le seuil de réactivité à l’arachide et de mettre les patients à l’abri d’un accident anaphylactique voire d’un choc » explique le Dr Sabouraud.

C'est le principe du traitement d'immunothérapie orale AR101 : des doses progressives de protéines de cacahuètes, allergènes, sont absorbées par les patients sous forme de gélules jusqu'à parvenir à une dose dite de maintien. Ainsi, le système immunitaire est éduqué et sa tolérance à l’arachide, meilleure. La dose de maintien devra être administrée en continu et probablement à vie.

L'article de Science rappelle que, dans l’étude de phase III, parmi les 294 jeunes très allergiques inclus dans le bras avec le protocole d'induction, 84 % avaient fini par tolérer deux cacahuètes sans présenter plus que de légers symptômes et 63 % avaient pu en tolérer jusqu'à trois.

« Plusieurs équipes en France font déjà de l'induction de tolérance orale avec des produits du commerce, comme des biscuits soufflés à la cacahuète ou de la cacahuète enrobée de chocolat. Avoir à notre disposition un médicament permettrait d'homogénéiser les pratiques », considère la pédiatre allergologue.

Un traitement dispensé à l'hôpital

« Ce ne sera pas un traitement à proposer en ville. Ce n'est pas une vulgarisation du traitement de l'induction de tolérance orale que l'on fait à l'hôpital. Ce nouveau médicament ne pourra être administré que par des équipes d'allergologues experts.  En effet, l’accompagnement médical doit être très rapproché ; des séances d’éducation thérapeutique vont également permettre de former l’enfant et sa famille à l’immunothérapie orale (bien connaître les consignes en cas d’épisode infectieux, d’oubli de la prise, etc…) et aux indications et à la manipulation de la trousse d’urgence et donc du stylo d’adrénaline si besoin », prévient la spécialiste.

Des réactions allergiques avec la dose de maintien sont en effet à craindre. C'est d'ailleurs ce qui a poussé deux des neuf membres du comité consultatif de la FDA à se prononcer en défaveur de l'autorisation du traitement d'Aimmune Therapeutics. Publiée en avril dernier dans The Lancet, une méta-analyse reprenant les données de différents essais d'immunothérapie orale rappelait que cette stratégie présentait bien plus de risque d’anaphylaxie et d'administration en urgence d'adrénaline que la stratégie d'éviction ou l'ingestion de placebo. Aussi, selon le plan de sécurité de la FDA, les soignants et les patients doivent être en possession d'adrénaline injectable lors de la prise des gélules. De plus, l'augmentation des doses doit être encadrée par un médecin expert dans un centre agréé.

Outre les réactions allergiques, l'immunothérapie orale demande aussi un suivi très particulier et les conditions d'administration sont très strictes. Sont contre-indiqués par exemple : l'effort après la prise de cacahuète, la prise de certains médicaments...

Quant à imaginer une autorisation européenne, cela paraît logique. Mais tout en gardant en tête qu'il s'agit de traitements très spécialisés avec des visites à l'hôpital très régulières.

Le Dr Sabouraud n’a aucun lien d’intérêt avec le sujet.

 

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