Attentats de novembre 2015 à Paris : des clés pour optimiser la réponse sanitaire

Philippe Anaton

Auteurs et déclarations

30 septembre 2019

Paris, France -- Une étude tire le bilan de la prise en charge médicale de 337 victimes des attentats de novembre 2015 à Paris ; des enseignements précieux qui serviront pour adapter les futurs plans de secours.

Après les attaques terroristes du vendredi 13 novembre 2015 qui ont conduit au déclenchement des plans rouge et blanc nécessaires à la prise en charge d’un grand nombre de victimes, il a semblé nécessaire d’analyser les moyens mis en œuvre pour prendre en charge les victimes arrivées à l’hôpital afin d’améliorer les plans de secours existants.

Pour ce faire, les représentants de 35 services médicaux ayant pris en charge des victimes des attentats en novembre 2015 ont collaboré, sous la coordination des Prs Mathieu Raux et Bruno Riou, de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP et de Sorbonne Université, à la description et à l’analyse des moyens mis en œuvre pour soigner les victimes de ces attaques terroristes. Ces services étaient impliqués dans la prise en charge préhospitalière (Service médical du RAID, Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris, SAMU 93 et SAMU de Paris AP-HP) et la prise en charge hospitalière (services d’urgence, services d’accueil des polytraumatisés, bloc opératoires, services de chirurgie et de réanimation des différents hôpitaux civils et militaires) des victimes. Les résultats de leur analyse viennent d’être publiés dans la revue Intensive Care Medicine [1].

35 équipes mobilisées pour faire le point

« Nous avons conduit une recherche dans laquelle nous avons inclus les données de 337 victimes atteintes physiquement qui étaient arrivées vivantes le soir des attentats du 13 novembre 2015. Nous en avons tiré divers enseignements quantitatifs », explique le Pr Matthieu Raux, anesthésiste réanimateur (hôpital Pitié-Salpêtrière).

Précisons que les « données des victimes ne présentant pas de lésion physique, des victimes de psycho traumatisme isolé, des personnes dont le dossier médical était vide et qui n’ont pas été hospitalisées, ainsi que de celles de patients admis à l’hôpital après le 15 novembre 2015 minuit n’ont pas été incluses dans l’étude ».

Types de blessures et prise en charge

Les victimes ont été classées en deux groupes : victimes d’explosifs et victimes de tirs d’assaut.

La grande majorité de ces victimes ont été la cible de tirs d'assaut (85%), provoquant des lésions plus sévères que l'utilisation d'explosifs (15%).

Les trois quarts des victimes ont été pris en charge dans les services d'urgences.

Un tiers de ces victimes admises aux urgences l'ont été en urgence absolue (28%) et plus de la moitié ont reçu une chirurgie en urgence (57% pour les victimes de tirs vs. 35% pour les blessés à l’explosif, p < 0,01).

Les principales chirurgies et leurs délais ont été les suivants : orthopédique (n=107 (57%), temps médian plus de 12 heures) ; générale (n=27 (15%), temps médian 90 minutes), vasculaire (n=19 (10%), temps médian 53 minutes), thoracique (n=19 (10%), plus de 10 heures) et neurochirurgie (n=4 (2%), temps médian : plus de 3 heures).

Des moyens adéquats et un taux mortalité correspondant aux attentes

Si l'évacuation des victimes vers les hôpitaux a pu être longue, pour des raisons de sécurité, leur prise en charge à l'hôpital s'est déroulée sans encombre.

 « Les victimes ont pu y bénéficier des moyens diagnostiques et thérapeutiques habituellement mis en œuvre pour prendre en charge ce type de blessures. »

Dans un premier temps, les moyens chirurgicaux mobilisés (+41% de salles d'opération) ont été consacrés aux chirurgies de sauvetage (chirurgie thoracique, vasculaire et digestive).

Puis les urgences relatives ont été prises en charge dans les 24 heures. Outre les salles d'opération, « 29% des patients ont requis une hospitalisation en unité de soins critiques (réanimation, unités de surveillance continue) ».

Deux tiers des victimes ont ensuite été hospitalisés pour une durée médiane de trois jours, et « le faible taux (8%) de transfert au cours des 24 premières heures traduit la pertinence de l’orientation initiale ».

Bilan : « en dépit du contexte, le taux de mortalité observé (2%) n’était pas différent du taux de mortalité attendue (3%), calculé à partir de la sévérité des lésions de chaque victime. »

Quels enseignements et quelles possibilités d’amélioration ?

Ces résultats permettent de tirer des enseignements pour le futur.

Sur le plan médical, cette nouvelle analyse permet d’estimer rapidement les besoins sanitaires à court et moyen termes lors de la survenue d’un évènement terroriste (médicalisation préhospitalière, triage, modalités d’évacuation vers les hôpitaux, organisation des services d’urgence, blocs opératoires, réanimations, transfusion) dès lors que l’on dispose d’une approximation du nombre de victimes et du type de mécanisme (explosion, arme à feu).

« Nous avons tiré divers enseignements quantitatifs et dans ces enseignements, nous avons retenu, premièrement : les capacités de dimensionner la réponse sanitaire initiale en fonction du nombre de victimes qui nous a été communiqué. Nous savons, par exemple, combien il nous faudra de blocs opératoires et quels types de blocs opératoires, avec quelle signalétique. Deuxièmement, nous avons tiré un enseignement sur la mobilisation des ressources humaines ou matérielles ou personnelles, par exemple le scanner ou les boites de chirurgie, pour être capables de tenir dans la durée », détaille le professeur Mathieu Raux.

« D’autres travaux scientifiques sont en cours, poursuivant le même objectif d’amélioration des plans de de réponse médicale face à de tels évènements », note l'AP-HP.

Pour conclure, les auteurs de cette étude plaident pour que, toute nouvelle prise en charge de victimes d'événements terroristes fasse l'objet d'un rapport sanitaire standardisé partagé à l'ensemble de la communauté médicale mondiale.

 

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