La HAS publie des recommandations sur la boulimie et l’hyperphagie boulimique

Valérie Devillaine

Auteurs et déclarations

24 septembre 2019

France -- Le 12 septembre dernier, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié les premières recommandations françaises concernant le repérage et la prise en charge de la boulimie et l’hyperphagie boulimique, « deux troubles des conduites alimentaires difficiles à repérer, les personnes n’osant en parler, par honte ou culpabilité », a souligné l’institution.

Après les recommandations concernant l’anorexie mentale en 2010, la HAS complète donc son arsenal d’outils sur les troubles des conduites alimentaires avec la publication de recommandations et de huit fiches pratiques.

Comme en 2010, l’Autorité publique cosigne ce document avec un partenaire associatif, la Fédération française anorexie boulimie (FFBA) [anciennement Afdas-TCA].

 
Plus la prise en charge est précoce, meilleur est le pronostic.
 

1,5 % des 11-20 ans et trois fois plus de filles

Pour rappel, la boulimie est l’ingestion de grandes quantités d’aliments suivie de purges (par des vomissements, des médicaments ou une activité physique intense), tandis que l’hyperphagie boulimique n’associe pas de compensation des calories ingérées et se traduit donc par une prise de poids.

La HAS rapporte que « la boulimie touche particulièrement les adolescentes et jeunes adultes. On estime que 1,5 % des 11-20 ans en souffrent, parmi lesquels trois fois plus de filles que de garçons. L’hyperphagie boulimique est quant à elle plutôt diagnostiquée à l’âge adulte et touche presque autant les hommes que les femmes, 3 à 5 % de la population seraient concernés ».

L’importance du repérage

Ses recommandations insistent d’abord sur l’importance du repérage, à même d’être effectué par tout acteur du système de soins (médecin traitant, chirurgien-dentiste, pédiatre, psychiatre, gynécologue…) mais aussi les éducateurs, animateurs sportifs, le personnel scolaire, les parents…

Sans surprise, « plus la prise en charge est précoce, meilleur est le pronostic ». Elle « doit être d’emblée pluridisciplinaire (somatique, psychologique, nutritionnelle, sociale et familiale), coordonnée entre les différents intervenants, adaptée à l’âge du patient et à l’intensité de ses troubles », précisent les recommandations.

 
Les équipes spécialisées ne peuvent prendre en charge que les patients les plus compliqués  Dr Damien Ringuenet
 

Certaines populations à risques méritent une plus grande vigilance : les jeunes, notamment les adolescentes et jeunes femmes, les personnes ayant des antécédents familiaux de TCA, celles pratiquant certaines activités (mannequinat ou sport à catégories de poids ou nécessitant un contrôle du poids). Au rang des signes cliniques d’appel, les experts mentionnent notamment la demande de régime amaigrissant, des habitudes alimentaires restrictives, l’inquiétude de l’entourage, un exercice physique excessif, un angle sous-mandibulaire gonflé (parotidomégalie) ou un signe de Russell (abrasions sur le dos de la main), conséquences des vomissements. Un dentiste pourra repérer quant à lui une érosion de l’émail et des caries.

Rallier tous les acteurs à un certain niveau de connaissance

Le document de la HAS recommande aussi de « garder à l’esprit que les personnes souffrant de troubles des conduites alimentaires consultent plus fréquemment leur médecin généraliste que la population générale dans les années précédant le diagnostic, et ce pour des plaintes somatiques diverses, et en particulier digestives ».

« Tous les praticiens croisent ces patients-là, ces troubles sont tellement répandus », pointe le Dr Damien Ringuenet, psychiatre, responsable de l'Unité spécialisée des Troubles des Conduites Alimentaires à l’Hôpital Paul-Brousse (Villejuif) et membre du groupe de lecture de ces recommandations. Le but de ces recommandations est donc de « rallier tous les acteurs à un certain niveau de connaissance car les équipes spécialisées ne peuvent prendre en charge que les patients les plus compliqués, les situations les plus difficiles ».

 
La boulimie et l’hyperphagie boulimique ne sont pas la conséquence d’un manque de volonté mais sont des troubles qui nécessitent des soins.
 

En tout, 28 organismes professionnels et associations de patients ont été sollicités pour proposer des experts dans les groupes de travail et de lecture qui ont contribué à ces recommandations. Le groupe de travail a ainsi réuni 26 experts et le groupe de lecture en comptait 50. Tous les spécialistes ou presque des troubles du comportement alimentaire et des pathologies et complications liées ont donc été impliqués.

Les questions à poser en consultation

Les recommandations détaillent les questions à poser lors de consultations, les examens et analyses à pratiquer dans le cadre d’un bilan initial quand le diagnostic de boulimie ou d’hyperphagie boulimique est évoqué. Le rapport développe également bien sûr les différents éléments de la prise en charge : organisation du plan de soins, approches psychothérapeutiques et traitements psychotropes, prise en charge des complications somatiques et nutritionnelles, prise en charge sociale… Les experts attirent l’attention sur l’importance de ne pas être moralisateur : « la boulimie et l’hyperphagie boulimique ne sont pas la conséquence d’un manque de volonté mais sont des troubles qui nécessitent des soins », d’éviter de dramatiser dans l’objectif de mobiliser, de ne pas infantiliser le patient et d’aborder dès le début le fait que la guérison ne se fait pas en un jour et que des rechutes sont possibles, sans qu’elles soient considérées comme des échecs.

Le Dr Ringuenet ajoute qu’« une majorité de patients souffrant de troubles des conduites alimentaires va passer par différentes phases d’anorexie et de boulimie au cours de sa vie. Il est donc possible que le diagnostic change au cours de la prise en charge ».

8 fiches outils

Huit fiches pratiques ont été élaborées dans le cadre de cette recommandation abordant les problématiques phares autour de la boulimie et destinées aux différents professionnels de santé.

 
C’est un problème majeur de santé publique pour lequel on manque de formation  Dr Damien Ringuenet
 

Informer, communiquer

Dans leurs recommandations aux pouvoirs publics, les experts en appellent à développer des campagnes d’information et des formations (en formation initiale et continue) des professionnels de santé sur les troubles des conduites alimentaires et leurs soins. « C’est un problème majeur de santé publique pour lequel on manque de formation. C’est pourquoi les soignants ont éprouvé le besoin de s’organiser en réseaux associatifs, comme le réseau TDA francilien, ou la FFBA », relève encore le Dr Ringuenet.

Il est à noter que le document s’adresse aussi aux patients eux-mêmes et à leur entourage. Et pour rappel, une ligne téléphonique Anorexie-Boulimie Info écoute, au 0 810 037 037, permet de contacter anonymement un professionnel ou une association de patients.

 

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