Crise des urgences : les psychiatres de l’AP-HP solidaires du mouvement

Stéphanie Lavaud

12 septembre 2019

France — Partageant des revendications communes et complémentaires, l’ensemble des psychiatres titulaires de l’AP-HP, dont tous les chefs de service, apporte son soutien au mouvement de grève des urgences [1]. Le pourquoi d’une telle solidarité par le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre, chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil (Créteil) et signataire du communiqué.

« Les mêmes problèmes se posent pour les personnels soignants »

Dans un communiqué daté du 10 septembre, c’est-à-dire au lendemain des nouvelles annonces de la Ministre de la Santé en réponse à la crise des Urgences, la Collégiale des psychiatres de l’AP-HP a fait savoir, dans un communiqué, qu’elle était solidaire des personnels des services d’urgence [1]. Un soutien de poids, quand on sait que le Collège rassemble « l’ensemble des psychiatres titulaires de l’AP-HP, dont tous les chefs de service, soit environ 200 psychiatres, en plus d’environ 200 psychiatres non titulaires » précise le Pr Pelissolo.

Pourquoi rejoindre le mouvement de revendication des urgentistes ? Au vu de l’ampleur de la crise que traverse le secteur de la psychiatrie, la réponse du Pr Pelissolo semble logique : « les mêmes problèmes se posent pour les personnels soignants du fait de la pénibilité du travail aux urgences et en psychiatrie, notamment du fait de l’engorgement et de la suroccupation des services, ainsi que pour les patients qui ne sont pas accueillis dans de bonnes conditions »

Quand la crise de la psychiatrie se répercute sur les urgences

Il est vrai que les parallèles entre les problèmes que rencontrent les urgentistes et les psychiatres, tant en termes de manque de personnels et que de places de lits d’aval, se rejoignent, s’additionnent voire même se renvoient la balle. « La situation de la psychiatrie hospitalière est critique dans la plupart des établissements français, avec un manque de personnels et de structures de soins, témoigne le Pr Pelissolo. Cette situation existe depuis de nombreuses années mais elle s’aggrave de plus en plus. Ceci se répercute sur les urgences car il est très difficile de trouver des places pour les patients que nous recevons, qui restent alors beaucoup trop longtemps en attente, dans des conditions très précaires et dangereuses ». Face à une urgence psychiatrique, « les durées d’attente avant une hospitalisation sont parmi les plus élevées, dans des conditions de sécurité souvent très précaires exposant à des risques majeurs de troubles du comportement et de passages à l’acte graves envers les personnels et/ou les patients eux-mêmes » confirme le Collège de psychiatres dans son communiqué.

Actions immédiates et concrètes

Ce n’est pas faute de la part de la Ministre de la Santé d’avoir tenté d’apporter des réponses, notamment à coup d’enveloppes financières, tant vis-à-vis de la psychiatrie que des urgences. Mais sans que cela ne satisfasse les parties en jeu. Car dans les deux cas, ce n’est pas tant que les solutions d’organisation annoncées par Agnès Buzyn ne soient pas pertinentes – le collège de psychiatres leur laisse le bénéfice du doute et reconnait « qu’elles porteront peut-être leurs fruits à long terme » – mais plutôt qu’il y a urgence à agir. « Il est impératif de venir en aide aux professionnels par des actions immédiates et concrètes de revalorisation des statuts des personnels (afin d’en améliorer l’attractivité et donc de pouvoir recruter en nombre suffisant) et par des ouvertures de lits d’aval (afin de réduire les durées d’attente aux urgences dans des conditions de sur-occupation) » écrivent les psychiatres dans leur communiqué.

C’est donc dans ce contexte chargé que les psychiatres viennent adjoindre leurs revendications à celles des urgentistes, en demandant que « des mesures spécifiques soient prises, en plus de celles nécessaires pour les services d’urgence en général », à savoir « la présence systématique et continue de personnels infirmiers dédiés en nombre suffisant » et « des locaux spécialement adaptés et intégrés aux services d’urgence » afin « d’éviter notamment le recours à des contentions physiques. »

« La plupart des services sont mal structurés au niveau des locaux, ce qui conduit à des prises en charge compliquées par les risques de fugues ou d’agitation dans les cas graves » précise le Pr Pelissolo.

Revalorisation des statuts et ouverture de lits d’aval sont la priorité

Autre revendication pour éviter les temps d’attente aux urgences en cas d’indication d’hospitalisation : augmenter les places en structures d’hébergement adaptés au handicap psychique (pour éviter de très longs séjours inadaptés en services hospitaliers) et le nombre de personnels dans les structures de soins ambulatoires.

En résumé, « nous avons les mêmes revendications que les urgentistes, déclare le Pr Pelissolo, revaloriser et augmenter les emplois médicaux et infirmiers, et augmenter l’offre de soins, notamment en lits d’hospitalisation ou en places d’hébergements spécialisés. »

Pour pouvoir avoir un effet sensible le plus rapidement possible, « les mesures budgétaires nécessaires à ces renforcements doivent apparaitre dès cette année dans le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2020 » réclament les psychiatres de l’AP-HP.

 

 

 

 

 

 

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