VIH : confirmation de l’efficacité de la bithérapie dolutégravir/lamivudine (DTG/3TC)

Myriam Vidal Valero, Dr Claude Biéva

Auteurs et déclarations

9 septembre 2019

Mexico, Mexique – Comment alléger le traitement pour le rendre moins contraignant pour le patient et améliorer la compliance sans perdre en efficacité anti-virale ? La question a été au coeur de plusieurs études présentées lors du dernier congrès de l’International Aids Society (IAS) consacré au VIH/Sida qui s’est tenu à Mexico en juillet dernier. Les études GEMINI 1&2 en font partie puisqu’elles ont montré que la bithérapie dolutégravir + lamivudine est non inférieure à une trithérapie dolutégravir + tenofovir disoproxil fumarate/emtricitabine (TDF/FTC, Truvada®) [1]. Les résultats préliminaires à 48 semaines présentés à l’IAS 2018[2] et publiés dans le Lancet étaient prometteurs [3], les voici aujourd'hui confirmés à 96 semaines, que ce soit en termes d'efficacité et de tolérance. Ils ont été présentés par le Pr Pedro Cahn, principal investigateur, de l’étude à l’IAS 2019 (voir vidéo).

Après des résultats à semaine 48, ceux à 96 semaines

GEMINI 1&2 sont des études de phase III, dites de non-infériorité, avec des schémas identiques, incluant 1433 patients naïfs d'antirétroviraux, randomisés en deux bras pour recevoir une bithérapie (2DR) dolutégravir + lamivudine (DTG + 3TC) ou une trithérapie (3DR) dolutégravir + ténofovir disoproxil fumarate/emtricitabine (DTG + TDF/FTC).  Les patients étaient âgés de 32 ans en moyenne, et chacun des groupes comportait 15% de femmes. Ils étaient stratifiés selon le niveau de la charge virale et le taux de lymphocytes CD4 à l'inclusion. La majorité (> 90%) présentait un taux initial de CD4 > 200 cellules/mm³ et 20% présentaient une charge virale > 100 000 copies/mL. A la conférence IAS de 2018, les résultats à la semaine 48 montraient que 91% des patients dans le bras 2DR versus 93% dans le bras trithérapie (analyse snapshot) avaient une charge virale < 50 copies/mL [2]. Cette année étaient présentés les résultats à 2 ans, afin d’évaluer le maintien de l'efficacité de la bithérapie par rapport à la trithérapie.

Les résultats à 96 semaines

Dans le bras 2DR, en analyse poolée des 2 études, 89,5% des patients avaient une charge virale HIV-ARN < 50 copies/mL comparé à 86% dans le bras trithérapie (différence ajustée: -3,4). Dans l’analyse des résultats en fonction de la charge virale initiale et du taux de lymphocytes CD4, la trithérapie apparaît légèrement supérieure à la bithérapie chez les patients qui ont des CD4 < 200 cellules/mm³ en analyse snapshot, mais cette différence disparaît en analyse TDRF (Treatment Related Discontinuation = Failure).

Le taux de succès est, lui, similaire entre les 2 groupes et indépendant de la charge virale ≤ 100 000 ou > 100 000 copies/mL. Le taux d'échecs virologiques est faible, avec 11 cas rapportés dans le bras 2DR versus 7 dans le bras 3DR sans émergence de mutations de résistance aux inhibiteurs d'intégrase (INI) ou aux inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI). Sur le plan de la tolérance, les effets secondaires les plus fréquemment rapportés (≥ 5%) sont les rhinopharyngites, les diarrhées et les migraines avec respectivement 10%, 12% et 11% sous 2DR vs 16%, 13% et 12% sous 3DR. Les effets secondaires sérieux ont été comparables entre les 2 groupes de même que les arrêts de traitement liés aux antirétroviraux (3%). Les biomarqueurs urinaires sont à l'avantage du régime 2DR de même que les biomarqueurs osseux sériques (phosphatase alcaline spécifique, ostéocalcine, Procollagen 1-N terminal Propeptide [P1NP] et Type 1 collagen C-telopeptide [CTx]). 

La bithérapie approuvée en Europe

Les résultats démontrent la non-infériorité d'un schéma 2DR en 1 comprimé 1x/jour comparé à un schéma 3DR dans une population de patients naïfs d'antirétroviraux. Les bons résultats observés à la semaine 48 se maintiennent 1 an plus tard sans émergence de mutations de résistance et sans changement de la tolérance.

Ces données ont conduit à l'approbation de la bithérapie (Dovato®, GSK) par la FDA et l'EMA, pour le traitement de l'infection par le VIH-1 chez les adultes et les adolescents au-dessus de 12 ans, ou avec un poids > 40 kg, sans antécédents de résistance à la classe des INI ou à la lamivudine.

C'est tout bénéfice pour le patient d'autant que les essais SWORD et TANGO confirment en vie réelle le bénéfice observé en essai clinique randomisé. « Nous constatons que le bénéfice observé à S48 se maintient à S96, ce qui doit nous encourager à souscrire au schéma 2DR non inférieur à un schéma 3DR à base de dolutégravir dans une population de patients naïfs d'antirétroviraux. C'est important pour nos patients VIH+ qui vont potentiellement devoir prendre des antirétroviraux pendant des dizaines d'années pour gérer leur infection » a commenté le Pr Pedro Cahn.

 

Cet article a été publié sur MediQuality le 19 août 2019.

 

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