Chirurgie non cardiaque : 7 % d’AVC silencieux péri-opératoires chez les plus de 65 ans

Dr Isabelle Catala

13 septembre 2019

London, Canada -- Alors qu’un AVC est diagnostiqué dans les 10 jours suivant une chirurgie non cardiaque chez 0,1 à 1 % des personnes de plus de 65 ans, qu’en est-il des lésions cérébrales non symptomatiques mais qui peuvent avoir des répercussions futures ? C’est la question que se sont posés les investigateurs canadiens de l’étude NeuroVISION [1].

1 114 patients de plus de 65 ans

Pour le savoir, ils ont mis en place un travail prospectif dans 12 centres hospitaliers universitaires (de 9 pays différents) et qui a inclus entre mars 2014 et juillet 2017, 1 114 patients de plus de 65 ans (âge moyen 73 ans, 56,5 % d’hommes) opérés d’une chirurgie non cardiaque, non carotidienne et non intracrânienne (procédures réalisées chaque année pour 200 millions de personnes). Tous ont bénéficié d‘une IRM post-opératoire de diffusion de 2 à 9 jours après d’intervention (médiane 5 jours). Ils ont été hospitalisés en moyenne pendant 48 h.

Un patient sur 14

Un AVC ischémique silencieux a été détecté à l’imagerie chez au total 78 patients (7%, IC95% : 6-9).

Les capacités cognitives ont ensuite été analysées à 1 an chez 932 patients n’ayant pas présenté de complications neurologiques à l’imagerie et chez 69 personnes ayant souffert d’AVC silencieux. Une baisse d’au moins 2 points du questionnaire MoCA d’évaluation cognitive (par rapport à la valeur préopératoire) a été constatée chez 29 % des patients opérés sans complications et chez 42 % de ceux atteints de lésions neurologiques (odds ratio ajusté 1,98, [IC 95 % : 1,22-3,20]). Cette valeur correspond en moyenne à la perte des capacités cognitives des personnes sans facteurs de risques en 10 ans.

L’existence d’un AVC silencieux a aussi été associée à un doublement du risque de désorientation ou de confusion post-opératoire (HR 2,24 ; [IC95% 1,06-4,73]). L’incidence des AVC ou AIT à un an a aussi été multiplié par 4 chez ces patients (HR 4,3, CI 95% 1,14-14,99).

Face à une confusion post-opératoire, penser à la piste neurologique

Comment expliquer ces résultats ? Pour le Dr Marko Mrokobrada (University of Western Ontario, London) et principal co-investigateur de l’étude, « il est possible que le diagnostic d’AVC ne soit même pas évoqué chez certains des patients en raison d’une mauvaise interprétation des signes neurologiques péri-opératoires. Ainsi, si un patient présente une confusion post-opératoire, il est licite de penser à la piste neurologique tout autant qu’à un effet secondaire pharmacologique ».

Pour les auteurs, les risques d’embols péri-opératoires sont importants, mais en raison des différentes procédures utilisées dans cette étude, il est difficile d’établir un facteur de risque précis. Néanmoins, c’est en chirurgie thoracique que les complications ont été les plus fréquentes (13,2 %), en chirurgie vasculaire (10 %) et en urologie et gynécologie (9,2 %). C’est pour cette raison et parce que 13 % des patients atteints d’AVC silencieux ont présenté des lésions multiples que la piste emboligène est privilégiée.

 

L’étude a bénéficié de financements des organismes suivants : Canadian Institutes of Health Research; The Ontario Strategy for Patient Oriented Research support unit; The Ontario Ministry of Health and Long-Term Care; Health and Medical Research Fund, Government of the Hong Kong Special Administrative Region, China; et The Neurological Foundation of New Zealand.

 

 

 

 

 

 

 

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