Un test sanguin détecte la maladie d’Alzheimer avec une précision de 94%

Megan Brooks

Auteurs et déclarations

23 août 2019

St Louis, Etats-Unis -- Détecter les modifications caractéristiques d'un début de maladie d'Alzheimer, alors que celle-ci ne présente aucun signe clinique, et ce grâce à un simple test sanguin, représente la quête du Graal pour de nombreux laboratoires. Cette quête d’un tel marqueur vient de connaître un bond en avant. Des chercheurs ont, en effet, découvert que mesurer avec une précision de 94 % le ratio plasmatique de protéines bêta-amyloïde Aβ 42 et Aβ40 révèle la présence de lésions β-amyloïdes dans le cerveau.

Publiée dans Neurology, cette étude ouvre la voie à une meilleure sélection de patients pour les futures études d’évaluation de molécules neuroprotectrices, ce qui est un grand pas pour la recherche. Ceci dit, on est encore bien loin du test sanguin prédictif dont de nombreux médias français se sont fait l'écho... un peu rapidement.

« Aujourd'hui, nous choisissons les participants d'essais cliniques à l'aide de scanners cérébraux, ce qui est à la fois chronophage et coûteux. Enrôler des participants prend des années » a rappelé le Pr Randall J.Bateman (Washington University School of Medicine, St Louis) dans un communiqué.

« Mais avec un test sanguin, nous pourrions potentiellement « screener » des milliers de personnes en un mois. Cela signifie que nous pourrions enrôler des participants dans des études cliniques de façon bien plus efficace, ce qui nous aiderait à trouver plus rapidement des traitements. Cela pourrait avoir un impact énorme sur le coût de la maladie ainsi que sur les souffrances humaines qui l'accompagnent » a-t-il poursuivi.

Un outil de sélection simple

En utilisant l'immunoprécipitation et la chromatographie liquide/spectrométrie de masse, les chercheurs ont mesuré à la fois le rapport Aβ42/Aβ40 plasmatique et la concentration de la protéine tau phosphorylée dans le liquide céphalorachidien à partir d'échantillons issus de 158 personnes âgées, dont la majorité était normale d’un point de vue cognitif (94 % d'entre eux avait un Clinical Dementia Rate (CDR) égal à 0). Ces échantillons ont été collectés dans les 18 mois suivant un PET scan qui recherchait la présence de lésions β-amyloïdes. Ils ont comparé leurs mesures aux standards de référence, l'analyse du ratio p-tau181/A β42 du liquide céphalorachidien ou le PET scan.

Les chercheurs ont mis en évidence que le taux plasmatique Aβ42/Aβ40 était corrélé finement avec le PET scan (aire sous la courbe (AUC) 0,88 ; IC 95 [0,82-0,93]), et avec le rapport jusqu'à présent utilisé comme référence, p-tau181/A β42 (AUC, 0,85; IC 95 [0,79-0,92]).

La combinaison du taux plasmatique Aβ42/Aβ40, de l'âge et du statut vis-à-vis de l’allèle APOE Ɛ4 présente une corrélation « très forte » avec le PET scan amyloïde (AUC, 0,94; IC 95 [0,90-0,97]), « ce qui suggère que le taux plasmatique Aβ42/Aβ40 pourrait être utilisé comme outil de détection des personnes à risque de démence type Alzheimer », écrivent les auteurs.

Une détection plus précoce de l'amylose cérébrale que le PETscan

De plus, ceux dont le rapport Aβ42/Aβ40 est positif et le PET scan négatif, ont un risque multiplié par 15 que l’on retrouve au final un PET scan positif (P=0,01).

« La sensibilité du rapport plasmatique Aβ42/Aβ40 pour les personnes dont le PET scan, négatif, va devenir positif suggère que ce marqueur se positive plus précocement que l’apparition du seuil de protéine amyloïde défini par PET scan » indiquent les auteurs.

Toujours selon les chercheurs, il ne s'agit donc pas pour un certain nombre de participants de faux positifs mais bien d'une détection plus précoce de l'amylose cérébrale.

Dès lors, les auteurs considèrent que l'application la plus immédiate de leurs résultats est la possibilité de sélectionner les participants avec une amylose cérébrale pour des essais cliniques sur la maladie d'Alzheimer.

Calculer le taux plasmatique Aβ42/Aβ40 réduirait de fait le nombre de tests de confirmation, tels que le PET scan ou la recherche de biomarqueurs du liquide céphalorachidien, nécessaires pour sélectionner les participants avec une amylose cérébrale dans les essais de prévention. La technique serait particulièrement adaptée pour recruter des volontaires sains d’un point de vue cognitif et qui présentent un taux relativement faible de lésions amyloïdes.

Les chercheurs estiment que pour un essai de prévention similaire à la Anti-Amyloid Treatment in Asymptomatic Alzheimer's (A4) Study, une présélection grâce à la mesure du taux plasmatique Aβ42/Aβ40 permettrait de réduire de 62 % le nombre de PET scan, «ce qui résulterait en une économie substantielle de temps et d'argent pour la phase de recrutement».
 

Changer la donne

Ces données pourraient changer la donne dans le champ de recherche sur la maladie d'Alzheimer, écrivent les Dr Barbara Bendlin (Wisconsin Alzheimer's Disease Research Center, Madison) et Henrik Zetterberg (UK Dementia Research Institute, Londres) dans un éditorial qui accompagne l'article.

« Les résultats sont impressionnants » ajoutent les éditorialistes, mais cependant, des avancées sont encore nécessaires pour une implication concrète en clinique, préviennent-ils.

La version originale de l’article a été publiée en anglais sur Medscape Medical News le 2 août 2019 et traduite par Marine Cygler pour Medscape Edition Française.
 

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