Le lymphome non hodgkinien pédiatrique rejoint la famille des cancers BRCA2

Helen Leask

Auteurs et déclarations

7 août 2019

Memphis, Etats-Unis—Pour la première fois, un cancer pédiatrique pourrait bien être ajouté à la « famille des cancers BRCA2 ».

Des chercheurs de l'hôpital pour enfants St. Jude à Memphis, dans le Tennessee, ont révélé que les mutations BRCA2 germinales étaient cinq fois plus fréquentes chez les survivants à un lymphome non hodgkinien pédiatrique par rapport à un groupe de témoins.

L'étude a été publiée en ligne le 25 juillet dans JAMA Oncology [1].

« Bien que cette découverte ressemble à une mauvaise nouvelle, cela ouvre des perspectives pour éviter le développement de cancers à l’âge adulte », selon l’auteur de l’étude, le Pr Zhaoming Wang.

Identifier précocement les mutations de BRCA2 pourrait donner une longueur d'avance aux professionnels de santé en charge de suivre ces jeunes patients jusqu'à l'âge adulte, explique-t-il, précisant que le conseil génétique et le test BRCA2 de tous les survivants à un lymphome non hodgkinien dans l'enfance sont cruciaux, en particulier dans les cas où il y a des antécédents familiaux de cancers avec mutations BRCA2.

« Il y a de fortes probabilités que le test soit positif », a-t-il souligné. « Les survivants dont les résultats des tests sont positifs pour ces mutations peuvent se voir proposer une surveillance des cancers associés à BRCA2, tels que le cancer du sein et le cancer de l'ovaire, et bénéficier de consultations pour mettre en place des stratégies de réduction des risques. »

5 fois plus de mutations BRCA2 à potentiel pathogène

Dans leur étude, Wang et ses collègues ont réalisé des séquençages du génome entier chez 1380 survivants d'un lymphome infantile ou adolescent (âge moyen au diagnostic 13,4 ans [1,1-22,7]) traités à l'hôpital St. Jude. Les participants, principalement des garçons, avaient souffert d’un lymphome hodgkinien (n=815) ou d’un lymphome non hodgkinien (n=565). La recherche génétique de mutations BRCA2 germinales pathogènes ou probablement pathogènes chez ces survivants a été comparée à celle réalisée chez des adultes non-atteints de cancer de la base de données GnomAD.

 
Le conseil génétique et le test BRCA2 de tous les survivants à un lymphome non hodgkinien dans l'enfance sont cruciaux, en particulier dans les cas où il y a des antécédents familiaux de cancers avec mutations BRCA2.
 

Les chercheurs ont identifié 13 mutations BRCA2 germinales pathogènes ou potentiellement pathogènes chez les survivants de lymphomes : 5 chez les survivants à un lymphome de Hodgkin (0,6%) et 8 chez les survivants à un lymphome non hodgkinien (1,4%), indépendamment de l’âge au diagnostic.

Ils ont constaté que les mutations de BRCA2 étaient 3,3 fois plus fréquentes pour l’ensemble des survivants quel que soit le type de lymphome versus le groupe contrôle.

Toutefois, l’incidence des mutations BRCA2 était cinq fois plus élevée chez les enfants survivants d'un lymphome non hodgkinien alors que l’association n’était pas statistiquement significative chez les survivants de lymphomes hodgkiniens (RR=2,1).

BRCA2 à l’origine des lymphomes non hodgkiniens familiaux ?

Un conseiller génétique a pu recueillir l’histoire des cancers familiaux pour 7 des 8 survivants à un lymphome non hodgkinien porteurs des mutations BRCA2 pathogènes ou probablement pathogènes.

Il en ressort que 6 survivants avaient des antécédents familiaux de cancers avec mutations BRCA2, notamment des cancers du sein, de la prostate, du pancréas et des mélanomes.

Bien que le lymphome non hodgkinien soit une maladie familiale, c’est la première fois que les chercheurs mettent un nom sur une mutation génétique associée à la maladie, soulignent les chercheurs.

« A ma connaissance, BRCA2 semble être le premier gène de prédisposition identifié dans le lymphome non hodgkinien et pourrait expliquer le lymphome familial non hodgkinien observé dans les familles de patients », a déclaré le Pr Wang à Medscape Medical News.

 
BRCA2...pourrait expliquer le lymphome familial non hodgkinien observé dans les familles de patients. Pr Zhaoming Wang.
 

Pour Zhaoming Wang, les professionnels de la santé doivent être conscients que les cancers BRCA2 incluent désormais les lymphomes non hodgkiniens pédiatriques. « Nous ajoutons un nouveau membre à la famille des cancers BRCA2 au côté des cancers du sein, de l'ovaire, de la prostate, du pancréas et du mélanome », a-t-il précisé.

Une opportunité de traitements personnalisés ?

Au-delà des conséquences sur le suivi, le Pr Wang a indiqué que le test BRCA2 pendant ou après le lymphome non hodgkinien pédiatrique ouvrait la porte à des traitements personnalisés.

« Je ne fais que spéculer, » dit-il. Le Pr Wang reconnait que l'étude montre une association et non une causalité. « Mais si BRCA2 est vraiment un gène important pour le développement du lymphome, les inhibiteurs de la PARP [poly (ADP-ribose) polymérase] pourraient être l'une des options [de traitement]. Et, plus important encore, lorsque ces survivants deviendront des adultes et développeront un autre cancer, le traitement pourra être adapté et les inhibiteurs de la PARP constitueront certainement un traitement de choix. »

Pour comprendre comment les mutations pathogènes de BRCA2 mènent au développement d'un lymphome, l’équipe étudie actuellement les altérations génétiques dans des échantillons de tumeurs de survivants de lymphomes non hodgkiniens.

L'étude a été financée par une bourse accordée à l'Hôpital St. Jude par l'American Lebanese Syrian Associated Charities, ainsi que par le National Institutes of Health. Wang et ses coauteurs n’ont aucun lien d’intérêt en rapport avec le sujet.

Traduction/adaptation de l’article Pediatric Lymphoma Joins Family of BRCA2 Cancers publié sur medscape.com, par Aude Lecrubier.

 

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