Infarctus lié au tabagisme, le lourd tribut payé par les femmes

Dr Jean-Claude Lemaire

2 août 2019

Sheffield, Royaume-Uni – Le tabagisme est un facteur de risque d'infarctus avec surélévation du segment ST (STEMI) bien connu. Mais quel est l’impact du sexe des fumeurs sur l’incidence de cette pathologie ? Quel est le détail par tranche d’âge ? Un travail d’une équipe britannique publié dans le Journal of the American College of Cardiology montre clairement que le tabagisme est associé à un risque de STEMI nettement plus élevé chez les femmes adeptes de la cigarette que chez leurs homologues masculins [1].

Par ailleurs, le fait de fumer augmente significativement plus le risque de STEMI chez les femmes que les hommes à tous les âges, l'écart de risque le plus important concernant le groupe d'âge 50 à 64 ans. Cependant, dans les deux sexes, l’augmentation la plus importante du risque est observée chez les sujets les plus jeunes (18-49 ans).

Une étude de cohorte écologique rétrospective

L’étude des chercheurs de Sheffield a concerné l'ensemble des 3 343 sujets vus entre 2009 et 2014 dans un centre cardio-thoracique tertiaire du Royaume-Uni dont les données ont été amalgamées à des données régionales de population générale de façon à générer des taux d'incidence de STEMI standardisés pour l'âge (18-49/50-64/≥65 ans) pour les fumeurs et les non-fumeurs.   

La proportion de fumeurs actifs ayant fait un STEMI était du même ordre chez les deux sexes, soit 46,8% chez les fumeuses et 47,6% chez les fumeurs, mais comparativement à leurs homologues non-fumeurs, globalement le risque de STEMI était 6,62 fois plus élevé chez les fumeuses que chez les fumeurs.

De l'importance du sexe

Pour les fumeuses de moins de 50 ans, le risque relatif par rapport aux non-fumeuses était multiplié par 13,22 alors qu'il était multiplié par 8,60 lors de la comparaison fumeurs versus non-fumeurs de la même tranche d'âge. Dans cette tranche d'âge, le tabagisme ressort comme le principal facteur de risque de STEMI pour les femmes, avec un risque relatif multiplié par 9,66 fois chez les fumeuses versus multiplié par 4,47 chez les fumeurs, soit un risque 2,16 fois plus important chez les fumeuses par rapport aux fumeurs.

Chez les femmes de moins de 50 ans, le tabagisme ressort comme le principal facteur de risque de STEMI.

De l'importance de l'âge

A ces premières données démontrant l'impact bien plus important du tabagisme sur le risque de STEMI chez les femmes en général (deux fois plus important que chez les fumeurs), s'ajoutent des résultats montrant que ce sont les femmes les plus jeunes pour qui le risque est le plus important. Dans la tranche d'âge 18-49 ans le risque de STEMI est 13,2 fois plus élevé que chez les non-fumeuses, alors que la majoration du risque est de 8,6 pour les fumeurs par rapport aux non-fumeurs.

Dans la tranche d'âge 18-49 ans le risque de STEMI est 13,2 fois plus élevé chez les fumeuses que chez les non-fumeuses.

De façon plus générale

Ces données confirment que le tabagisme est un facteur de risque réversible bien établi pour les maladies coronariennes, mais soulignent d'une part que le risque est plus important chez les fumeuses que chez les fumeurs et d'autre part confirment qu'il n'y a pas ou plus de différences entre hommes et femmes en termes de risque de STEMI chez les personnes qui n'ont jamais fumé et chez celles qui ont arrêté de fumer.

Autant de résultats qui méritent d'être soulignées lors des campagnes antitabac.

Pourquoi donc de telles différences ?

Comme le rappellent les auteurs de ce travail l'explication se trouve dans l'effet favorable des œstrogènes endogènes sur les concentrations sériques de lipides et sur la paroi vasculaire, notamment via la vasodilatation qui freine les processus de réparation vasculaire générateurs du développement de l'athérosclérose. En inhibant l'activité et/ou la production des œstrogènes, le tabagisme majore le risque et cela est étayé par le fait que le risque est d'autant plus important que le tabagisme concerne des femmes non ménopausées.

Il existerait aussi chez les femmes des mécanismes différents des classiques modifications athérosclérotiques obervées chez l'homme (ruptures de plaque) pour expliquer les STEMI. C'est le cas par exemple du vasospasme induit par la nicotine qui est plus souvent la cause de STEMI chez la femme.

En inhibant l'activité et/ou la production des œstrogènes, le tabagisme majore le risque.

En tout état de cause

La plus grande vulnérabilité coronaire liée au tabagisme et les avantages du sevrage tabagique devraient être systématiquement présentés et expliquées aux femmes qui fument et toutes les ressources disponibles devraient leur être proposées pour encourager l'arrêt du tabac.

Certaines données suggèrent qu'indépendamment de l'âge et du sexe, l'abandon du tabac permettrait de ramener le risque STEMI à celui d'une personne non-fumeuse, éventuellement dans un délai d'un mois.

Sur le rôle des cardiologues

Conseiller d'arrêter de fumer est une entreprise peu rentable. Encouragements et soutien des médecins n’entraînent une abstinence à long terme qu'une fois sur 20. C'est pour cela, entre autres, que le cardiologue moyen ne fait qu'un travail médiocre en matière de renoncement au tabac, même chez les patients qui tireraient le plus grand bénéfice de l'arrêt du tabac. Le travail de Palmer et al. souligne le rôle important que le tabagisme joue dans la morbidité et la mortalité des patients de chaque cardiologue et nous rappelle l’impact considérable que nous pouvons avoir si nous accomplissons notre tâche avec « constance et à propos » écrivent Eric Stecker et Thomas Dewland, cosignataires de l’éditorial accompagnant cet article [2].

 

 

 

 

 

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