Hémopathies malignes : des cancers qui progressent

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

30 juillet 2019

France – Le rapport sur les « Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 » a été rendu public début juillet. Après une première analyse de l’évolution récente des cancers solides (Voir Cancers : ceux qui progressent, ceux qui reculent), nous consacrons un deuxième article aux hémopathies malignes, qui progressent [1].

« Les hémopathies malignes représentent 12% des cancers incidents, ce qui est loin d'être négligeable en termes de classement des cancers » a commenté, pour Medscape édition française, le Dr Sandra Leguyader (épidémiologiste, Registre des hémopathies malignes de la Gironde) qui a coordonné cette partie du rapport.

Les estimations de 2018

 

               Hommes

            Femmes

Nouveaux cas- toutes localisations confondues
(total : 382 000)

              204 600

             177 400

 

Cancers les plus fréquents

 

Total hémopathies malignes
45000               

Prostate 50 430
Poumons 31 231
Hémopathies malignes 25 000
Colorectal 23 216

Sein 58 459
Colorectal 20 120
Hémopathies malignes 20 000
Poumons 15132

Une analyse par sous-types

D'un point de vue épidémiologique, l'analyse globale des hémopathies malignes n'est pas pertinente tant le diagnostic, les traitements et le pronostic diffèrent pour la cinquantaine de cancers hématologiques recensés, explique le Dr Leguyader, ainsi, « pour la première fois, nous avons effectué des analyses par sous-groupe. C'était une demande des cliniciens aussi de permettre de générer des hypothèses sur l'étiologie par sous-type ».

Dans ce rapport, 17 entités et 6 sous-sites ont été analysés. Cinq entités représentent 53 % de la totalité des nouveaux cas en 2018 : le myélome multiple/plasmocytome (5 442 nouveaux cas), le lymphome diffus à grandes cellules B (5 071), les syndromes myélodysplasiques (4 735), la leucémie lymphoïde chronique ou LMC (4 674) et les leucémies aiguës myéloïdes (3 428).

L'incidence varie considérablement selon les sous-types. Celle des hémopathies malignes est en augmentation dans les deux sexes pour la grande majorité des hémopathies. Elle se stabilise pour le lymphome de Burkitt, le lymphome T/NK cutané et les syndromes myélodysplasiques. Elle diminue pour le lymphome lymphoplasmocytaire dans les deux sexes, la LMC chez l'homme, et la LLC et les syndromes myélodysplasiques chez la femme entre 2010 et 2018.

Le cas du lymphome diffus à grandes cellules B

Avec près de 5 100 nouveaux cas en 2018, le lymphome diffus à grandes cellules B est la seconde hémopathie maligne la plus fréquente en France métropolitaine et le sous‐type histologique le plus fréquent de lymphome non hodgkinien. L'augmentation de l’incidence concerne toutes les classes d’âge chez l’homme et la femme, y compris sur la période la plus récente (2010‐2018), même si elle ralentit légèrement à partir de 2005 chez la femme.

« Pour le lymphome diffus à grandes cellules B, la surreprésentation chez les agriculteurs est liée aux pesticides. Cette association est aujourd'hui démontrée. Il est probable que les produits phytosanitaires soient en cause dans l'augmentation d'autres hémopathies malignes » rappelle Sandra Leguyader.

 
Pour le lymphome diffus à grandes cellules B, la surreprésentation chez les agriculteurs est liée aux pesticides. Dr Sandra Leguyader
 

Pas encore de données sur la mortalité

Comme les hémopathies malignes ont été analysées par sous-groupe pour le rapport de l'incidence, les données de mortalité correspondantes ne sont pas disponibles. « Nous ne pouvions pas présenter la mortalité car nous la calculons à partir des certificats de décès. Or, il n'existe pas encore de codage spécifique. Les entités d'hémopathies malignes ne sont pas repérables actuellement » explique l’épidémiologiste. La mortalité sera présentée dans un document dont la parution est prévue pour 2020.

Cela dit, des données sur la survie indiquent que la tendance globale est à la hausse grâce à une meilleure prise en charge et à une innovation thérapeutique en progression constante en hématologie, a rappelé la coordinatrice du rapport [2].

 

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