Cancers : ceux qui progressent, ceux qui reculent

Marine Cygler

18 juillet 2019

France – Comment évoluent les cancers en France ? Lesquels progressent ? En meure-t-on plus ? Le ratio hommes/femmes se modifie-t-il pour certaines localisations ? Sont-ils mieux soignés ?

Pour répondre à toutes ces questions, Santé publique France, l’Institut national du cancer (InCA), le réseau des registres des cancers Francim et le service de Biostatistique-Bioinformatique des Hospices Civils de Lyon établissent tous les 5 ans un état des lieux renseigne sur les tendances en termes d'incidence et de mortalité et rend compte de l'impact des traitements et des changements de comportement vis-à-vis des facteurs de risque connus. C'est aussi un point d’appui essentiel pour l’élaboration des stratégies de lutte contre la maladie.

Une actualisation vient d'être publiée : le rapport « Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 » a été rendue publique et est consultable en ligne [1].

Du mieux chez les hommes, du moins bon chez les femmes

Pour les tumeurs solides, l’analyse de l’incidence a porté sur 27 cancers, dont 8 nouveaux sites par rapport à la précédente édition. Les données de mortalité sont disponibles pour 19 tumeurs solides (voir le tableau ci-dessous pour les principales localisations).

Il ressort de ce rapport que, chez les femmes, l’accroissement du nombre de cas observé ces dernières années s’explique en grande partie par une augmentation des facteurs de risque, au rang desquels l'alcool et le tabac figurent en place.

L’alcool serait ainsi responsable de 15 % des cancers du sein en 2015. Et tabagisme oblige, on peut s'attendre dans les années à venir à ce que le cancer du poumon prenne le premier rang des cancers féminins, avant le cancer du sein, commente, pour Medscape édition française, le Dr Gautier Defossez du réseau Francim, responsable du registre des cancers de Poitou-Charentes et coordonnateur de la partie du rapport portant sur les cancers solides. Même progression inquiétante pour le cancer du pancréas.

En revanche, chez l’homme, le cancer de la prostate et le cancer colorectal sont en baisse tant pour l’incidence et que la mortalité.

 

Les estimations de 2018

                 Hommes             Femmes
Nouveaux cas- toutes localisations confondues
(total : 382 000)
              204 600              177 400
Cancers les plus fréquents Prostate : 50 430
Poumons : 31 231 Colorectal : 23 216
Sein : 58 459
Colorectal : 20 120
Poumons : 15132
Décès par cancer (total : 157 400)                  89 600                 67 800
Cancers causant le plus de décès Poumons : 22 761 décès
Colorectal : 9 209 décès
Prostate : 8 115 décès
Sein : 12 146 décès
Poumons : 10 356 décès
Cancer colorectal : 7 908 décès

 

Chez les femmes, +45 % de risque de cancer

Quid de l'évolution du nombre de nouveaux cas ? Globalement, les cancers sont en progression. Le nombre de nouveaux cas chaque année est plus important qu'auparavant. Il a augmenté de 65 % chez l’homme entre 1990 et 2018 (124 000 et 204 600 cas estimés respectivement), et de 93 % chez la femme (91 800 et 177 400). Cette augmentation de l'incidence s'explique par : l'augmentation de la population, le vieillissement de la population et le risque de cancer lui-même.

Pour les hommes, l’augmentation du nombre de cas incidents est liée essentiellement à l’augmentation de la population (20 %) et à son vieillissement (39 %) entre 1990 et 2018, tandis que la part attribuable à l’accroissement du risque de cancer lui‐même est de 6 % sur la même période.

Pour les femmes, l'analyse de la situation met en lumière que l’augmentation de 93 % du nombre de cas se décompose en 45 % liés à l’accroissement du risque de cancer et 25 % et 23 % respectivement pour l’augmentation et le vieillissement de la population.

Mortalité : fort impact du cancer du poumon

La mortalité tous cancers confondus baisse pour tout le monde mais de manière plus prononcée chez l’homme (-1,8% par an) que chez la femme (-0,8% par an).

« Il faut garder en tête la toujours forte létalité du cancer du poumon malgré l'amélioration des traitements. Chez les hommes, la diminution de l'incidence de ce cancer entraîne une baisse de la mortalité tous cancers confondus. En revanche, chez la femme l'augmentation de l'incidence (plus de 15 000 cas) avec une létalité importante (plus de 10 000 décès) a un impact important sur la mortalité globale » explique le Dr Gautier Defossez.

Dépasser le « tout cancer » pour une analyse plus fine des données 

Ce nouveau rapport connaît une évolution méthodologique majeure avec l'analyse par sous-types, histologiques et topographiques, de certains cancers ainsi que les tendances par tranche d'âge.

« Prenons l'exemple du cancer du poumon, on distingue plusieurs types cellulaires à l'origine de cancers différents (adénocarcinomes, carcinomes épidermoïdes et cancers à petites cellules) dont les facteurs causaux et les traitements ne sont pas les mêmes. Nous avons maintenant une analyse plus fine et plus pertinente de l'évolution que lorsqu'on étudiait l'entité agrégée. Il faut comprendre que le chiffre global masque la variabilité. » explique Gautier Defossez. Ainsi, si l’on regarde dans le détail, l’incidence des adénocarcinomes progresse (+3,9% par an), tandis que celles des carcinomes épidermoïdes et des cancers à petites cellules diminuent (-2,9% par an et -0,9% par an). 

De la même façon, étudier la mortalité par tranches d’âge permet d’affiner les résultats et de faire apparaitre des variations. « L'incidence et la mortalité du cancer du col de l'utérus diminuent de façon continue depuis une trentaine d'années. Pour autant quand on regarde l'évolution par âge, cela ralentit aux âges intermédiaires » analyse le Dr Defossez. 

Des cancers qui progressent...

Chez la femme

C'est le cancer du poumon qui enregistre la plus forte progression chez la femme avec une incidence de +5,3 % par an et une mortalité de +3,5 % par an. « On n'est pas surpris : c'est une confirmation de la hausse déjà constatée il y a cinq ans » commente Gautier Defossez. « On peut même s'attendre dans les années à venir à ce que le cancer du poumon prenne le premier rang des cancers féminins, avant le cancer du sein » estime-t-il, soulignant qu'il s'agit de femmes qui ont commencé à fumer dans les années 1960-1970, alors qu’elles n'étaient pas ciblées par les messages de prévention.

On peut même s'attendre dans les années à venir à ce que le cancer du poumon prenne le premier rang des cancers féminins, avant le cancer du sein Gautier Defossez

Quant au cancer du sein, son incidence a augmenté entre 2010-2018 (+0,6 % par an) mais sa mortalité est en constante diminution depuis 1990 (-1,3 % par an). L’analyse des tendances par âge révèle que l’augmentation de l’incidence sur les années récentes concerne les femmes de toutes les classes d’âges à l’exception de celles de 60 ans. Cette augmentation d'incidence est discutée dans le rapport. Les auteurs écrivent : « Parmi les facteurs de risque connus, certains facteurs hormonaux et reproductifs ainsi que la prévalence de l’obésité ont évolué de façon défavorable au fil des générations. D’autres facteurs suspectés, comme le travail de nuit, les perturbateurs endocriniens ou certaines expositions professionnelles, pourraient aussi expliquer en partie la poursuite de l’augmentation de l’incidence. Enfin, l’alcool serait responsable de 15 % des cancers du sein en 2015, ce qui devrait inciter, comme pour le tabagisme, à lutter davantage contre la consommation d’alcool chez la femme ».

Le cancer du pancréas augmente de façon plus marquée et continue chez la femme depuis 1990 (+3,8 % entre 1990 et 2018, contre +2,7 % chez l’homme). « C'est un point d'interrogation, d'autant que le pronostic reste médiocre avec un taux de survie à cinq ans très bas. Nous essayons de soulever des hypothèses étiologiques : à côté des facteurs de risque classiques pour les cancers du pancréas et du foie – tabac, consommation chronique d'alcool, comportement alimentaire –, il faut probablement rechercher d'autres facteurs de risque pour expliquer ces chiffres » considère Gautier Defossez. 

L’alcool serait responsable de 15 % des cancers du sein en 2015.

Chez l'homme

Le mélanome cutané est le cancer dont l’incidence augmente le plus parmi les tumeurs solides chez l’homme sur la période récente 2010‐2018 (+3,4 % en moyenne par an). « La meilleure façon de faire reculer le mélanome reste la prévention primaire. Pour autant, nous ne voyons pas de signes de recul » se désole le Dr Defossez.

Pour les deux sexes, le rapport indique une augmentation de l’incidence du cancer du foie (+1,6 % par an chez l’homme et +3,5 % chez la femme), ainsi que l’augmentation de l’incidence du cancer du rein (+1,4 % par an chez la femme et +1,7 % chez l’homme) avec une tendance récente à l’augmentation de la mortalité chez ce dernier.

D'autres qui reculent...

Chez la femme

Le cancer du col de l’utérus recule :  une baisse de la mortalité (-2,1 % par an) et de l’incidence (-1,8 % par an). Ceci dit, il existe une hétérogénéité en fonction de l'âge : le recul est plus faible chez les femmes de 50 et 60 ans.

Chez l'homme

Ce sont les cancers ORL (lèvre-bouche-pharynx, larynx, œsophage), très fortement liés à la consommation d'alcool et de tabac, qui présentent les plus fortes baisses d’incidence et de mortalité. 

Le cancer de la prostate est également en recul avec une baisse de la mortalité (-3,7 % par an entre 2010 et 2015) et de l’incidence (-3,5 % par an entre 2010 et 2015).

Le cancer colorectal affiche un recul conjoint de la mortalité (-1,6 % par an) et de l’incidence (-0,6 % par an) chez les hommes et de la mortalité (-1,6 % par an) seule chez les femmes.

Le cancer colorectal affiche un recul conjoint de la mortalité et de l’incidence chez les hommes.

 

 

 

 

 

 

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