Cancer du col de l’utérus : le test HPV recommandé en première intention après 30 ans

Stéphanie Lavaud

17 juillet 2019

France — La Haute autorité de santé (HAS) fait évoluer ses recommandations sur la prévention et le dépistage du cancer du col de l’utérus [1,2]. Si la recommandation d’un dépistage chez toutes les femmes de 25 à 65 ans, immunocompétentes, n’ayant pas eu d’hystérectomie totale, qu’elles soient vaccinées ou non, est maintenue, en revanche, le positionnement du test HPV dans la stratégie de dépistage change. Ce test, qui cherche la présence d’ADN du virus HPV à haut risque, remplace désormais l’examen cytologique en première intention chez toutes les femmes de plus de 30 ans. L’autotest HPV fait aussi son apparition, comme alternative au prélèvement cervical par un professionnel de santé pour faciliter le dépistage de certaines femmes non dépistées ou insuffisamment dépistées (voir encadré en fin d’article).

Une évolution rendue possible par le dépistage organisé

Actuellement, le programme national de dépistage organisé (PNDO) du cancer du col de l’utérus (CCU) repose sur les recommandations françaises de 2010, préconisant la réalisation d’un examen cytologique chez les femmes asymptomatiques de 25 à 65 ans tous les 3 ans, après deux examens consécutifs normaux à un an d’intervalle. Il y a 9 ans, la HAS considérait que le passage au test HPV comme test de dépistage était prématuré. Mais au regard de l’évolution du contexte de dépistage du CCU en France vers un dépistage organisé collectif, des nouvelles données scientifiques à disposition, mais aussi, peut-être, de la pression exercée par des collectifs citoyens, comme « HPV, Maintenant ! », la HAS a revu sa copie et recommande désormais, à l’instar d’autres pays, l’utilisation du test HPV en première intention lors du dépistage du cancer du col de l’utérus à partir de 30 ans.

Plus efficace chez les femmes de plus de 30 ans

Comme l’examen cytologique, il est réalisé à partir d’un prélèvement cervico-utérin. Mais chez les femmes de plus de 30 ans, il s’avère nettement plus efficace pour réduire l’incidence du cancer du col de l’utérus. « Avec sa sensibilité supérieure de 30% à celle du frottis, pourrait éviter chaque année 300 décès, s'il était permuté en dépistage primaire avec un frottis en complément », indiquait, en avril dernier, le collectif « HPV, Maintenant ! » dans le cadre de ses revendications. De plus, en cas de test négatif, le recours au test HPV permet d’allonger l’intervalle entre deux dépistages – passant de tous les 3 ans à tous les 5 ans après 30 ans.

Pourquoi ce seuil de 30 ans ? Parce que les infections à HPV transitoires sont très fréquentes chez les femmes jeunes. « Leur détection exposerait de fait à des traitements inappropriés, augmentant ainsi les risques de complications lors de grossesses ultérieures » explique la HAS.

Précisons que l’utilisation du double immuno-marquage p16/Ki67 en dépistage primaire ou comme test de triage après un test HPV positif n’est, elle, pas recommandée.

En pratique

  • Pour les femmes âgées de 25 à 30 ans : maintien des modalités de dépistage du CCU 

Entre 25 et 30 ans, le dépistage du CCU reste fondé sur la réalisation de deux examens cytologiques à un an d’intervalle, puis 3 ans après si le résultat des deux premiers est normal. Dans ce cadre, l’examen cytologique en milieu liquide est recommandé : le prélèvement en milieu liquide permet la réalisation d’un test HPV sur le même prélèvement (test réflexe), et évite, en cas de cytologie anormale, une re-convocation de la femme pour effectuer un second prélèvement.

  • Pour les femmes âgées de 30 à 65 ans : la HAS recommande que le test HPV remplace l’examen cytologique en dépistage primaire du CCU

En se fondant sur les recommandations actuelles de dépistage du CCU, reposant sur la réalisation d’un examen cytologique à un rythme triennal entre 25 et 30 ans, le test HPV chez les femmes à partir de 30 ans, sera réalisé 3 ans après le dernier examen cytologique dont le résultat était normal.

Le rythme entre deux dépistages par test HPV est de 5 ans, dès lors que le résultat du test est négatif.

L’auto-prélèvement vaginal (APV) : une alternative au prélèvement cervical par un professionnel de santé

Autre avantage du test HPV : il peut aussi se faire à partir d’un auto-prélèvement vaginal. Il constituerait alors une alternative au prélèvement cervical par un professionnel de santé pour la réalisation d’un test HPV chez certaines femmes, lesquelles pourraient avoir accès à des kits pour réaliser elles-mêmes le prélèvement. Pour la HAS : « l’APV doit être proposé, à partir de 30 ans , aux femmes non dépistées ou insuffisamment dépistées ». En effet, il permet de faciliter le dépistage des femmes qui ne se font jamais dépistées ou qui ne se font pas dépister selon le rythme recommandé. « Des expérimentations d’utilisation de ces tests d’auto-prélèvement devront être menées en population générale afin d’en évaluer l’acceptabilité, l’efficacité et l’efficience dans le contexte français » précise-t-elle.

Les conditions au bon déploiement du dépistage par test HPV

Pour garantir la qualité du dépistage du cancer du col de l’utérus et le libre choix éclairé des femmes concernées, la HAS a identifié des conditions au déploiement de ses recommandations. Outre des actions de communication et d’information menées auprès des professionnels de santé et des femmes concernées par le dépistage du cancer du col de l’utérus, devra s’ajouter « une évolution de la codification de l’acte de dépistage et une prise en charge intégrale par l’assurance maladie, sans avance de frais, pour la réalisation du test HPV tous les 5 ans chez les femmes de 30 à 65 ans ».

Pour la mise en œuvre de ces nouvelles recommandations, la HAS pourra compter sur le soutien et la vigilance du collectif « HPV, Maintenant » qui, s’est réjoui dans un communiqué, de cette primauté donnée au test HPV dans la stratégie de dépistage, regrettant toutefois qu’il ait fallu aussi longtemps pour l’obtenir. « Le collectif s'engage auprès des femmes de ce pays à veiller à ce que pas une minute ne soit perdue pour mettre en place un dépistage organisé du CCU suivant ces nouvelles préconisations » écrit-il. Ajoutant même « La tâche du collectif ne s’arrête pas à cet avis, il reste mobilisé et vigilant pour qu'il soit mis en œuvre selon le slogan du collectif HPVmaintenant ! ».

 

 

 

 

 

 

 

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