Un faible taux de LDL-cholestérol favoriserait-il les hémorragies cérébrales ?

Valérie Devillaine

19 juillet 2019

Tangshan, Chine -- Publiée dans Neurology, une étude établit un lien entre taux bas de LDL-C et attaque cérébrale hémorragique. Le risque d’hémorragie cérébrale serait multiplié par 2,69 pour un taux de LDL-C inférieur à 50 mg/dL ! Ce résultat étonne et interroge plusieurs spécialistes.

Cohorte multicentrique sur 101 501 personnes

Les chercheurs se sont intéressés à plus de 96 000 sujets issus de l’étude Kailuan. Cette cohorte multicentrique regroupe 101 501 personnes, dans 11 centres de la ville industrielle de Tangshan, en Chine. Elle vise à étudier les facteurs de risques de maladies chroniques. Les personnes recrutées entre 2006 et 2007 ont été suivies pendant huit ans, avec des examens et questionnaires médicaux tous les deux ans.

Pour cette étude sur les relations entre LDL-cholestérol et risque d’hémorragie cérébrale, ont été exclus les sujets pour lesquels le taux de cholestérol initial était manquants et ceux déjà diagnostiqués pour une attaque cérébrale, un infarctus du myocarde ou un cancer. 96 043 patients ont ainsi été inclus (âge moyen : 51,3 ans).

Un lien LDL-C bas et hémorragie intracérébrale

753 cas d’hémorragies intracérébrales ont été référencés sur la période de suivi de 9 ans. Le risque d’hémorragie cérébrale se révèle être équivalent chez les sujets présentant un LDL-cholestérol compris entre 0,7 et 0,99 g/L (1,8 à 2,5 mmol/L) et chez ceux dont le LDL-cholestérol est supérieur à 1 g/L (2,6 mmol/L). En revanche, les participants avec une concentration de LDL-C inférieure à 0,7 g/L présentent un risque significativement supérieur de développer une hémorragie intracérébrale : le risque serait multiplié par 1,65 pour ceux dont le LDL-C est compris entre 0,5 et 0,69, et multiplié par 2,69 pour ceux dont le LDL-C est inférieur à 0,5.

Les participants avec une concentration de LDL-C inférieure à 0,7 g/L présentent un risque significativement supérieur de développer une hémorragie intracérébrale.

Etude à charge

Pr Pierre Amarenco

Sollicité par Medscape édition française pour commenter l’étude, le Pr Pierre Amarenco, chef du service de neurologie de l’hôpital Bichat, à Paris, voit dans ce papier une « étude à charge », mais sans dire pour autant « que les auteurs ont des intentions malignes ». Selon lui, il aurait fallu prendre les données dans l’autre sens : comparer les sujets ayant présenté une hémorragie cérébrale et ceux qui n’en ont pas eu et regarder les différences entre ces deux groupes.

« Ce n’est pas la première fois qu’une étude épidémiologique fait ce constat, reconnait-il, la première était l’étude MRFIT, menée sur des Japonais américains dans les îles d’Hawaï ». Ajoutant néanmoins : « il est clair qu’en Chine, le taux de LDL-cholestérol est plutôt bas, notamment en milieu rural et suburbain où la moyenne de la population est autour de 0,8-0,9 g/L. L’alimentation n’est pas la même non plus ». Avant d’apporter les précisions suivantes : « Jusqu’à récemment, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) hémorragiques étaient aussi nombreux que les AVC ischémiques. Aujourd’hui, les proportions se rapprochent de ce qu’on connaît en France : 20/80. On sait aussi que plusieurs facteurs peuvent faire baisser le cholestérol : une maladie sévère, une hospitalisation, un changement d’alimentation… Ces comorbidités sont de facteurs importants à prendre en compte ».

Des limites

Pr Gilles Lambert

De son côté, le Pr Gilles Lambert, spécialiste de l’athérothrombose et de PCSK9, inhibiteur du récepteur au LDL, à La Réunion (UMR1188 DéTROI), interrogé lui aussi par Medscape édition française, juge ces résultats « très surprenants ». Il précise sa pensée : « Normalement, les gens qui ont un LDL inférieur à 0,7 g/L font moins d’AVC. Une étude sur 100 000 personnes, c’est un signal, mais je serais assez prudent sur ces résultats. » Il y voit, par ailleurs, plusieurs limites. D’abord le côté ethnique, « les Asiatiques ont un taux de LDL-cholestérol plus bas et répondent mieux aux statines ». Contrairement à la France, « où les gens qui ont naturellement un taux de LDL-C inférieur à 50, ne sont pas nombreux. Ce sont seulement des patients sous statines ». Selon lui, « ce serait plus intéressant d’avoir le dosage de LDL-cholestérol autour du moment de l’AVC. Je suis aussi surpris qu’ils n’aient pas rapporté les autres AVC. Il faudrait voir ces résultats confirmés sur une cohorte bien établie, comme celle du Danemark. »

Une étude sur 100 000 personnes, c’est un signal, mais je serais assez prudent sur ces résultats Pr Gilles Lambert

« Comment interpréter cette étude, personne ne le sait !»

« Dans une étude épidémiologique, on ne peut jamais ajuster sur tous les facteurs, reprend le Pr Amarenco, mais dans toutes les études cliniques cumulées sur les statines ou les inhibiteurs de PCSK9, soit environ 300 000 patients inclus, une baisse du cholestérol n’explique pas une augmentation des hémorragies cérébrales. Et, chez tous nos enfants, qui ont des niveaux de LDL-cholestérol bas, et alors que c’est le moment où on en a le plus besoin pour la construction cérébrale, on n’a pas d’hémorragie cérébrale… Comment interpréter cette étude, personne ne le sait !»

 

 

 

 

 

 

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