Pas de fébuxostat en cas d’antécédents de maladie CV majeure

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

16 juillet 2019

France — L’hypo-uricémiant fébuxostat doit être évité chez les patients présentant une maladie cardiovasculaire majeure préexistante sauf en cas d’absence d’alternative thérapeutique, ont annoncé les titulaires des AMM du produit, en accord avec l’agence européenne du médicament (EMA) et l’ANSM [1].

Le résumé des caractéristiques du produit et la notice d’information seront mis à jour en conséquence.

Cette recommandation fait suite aux résultats de l’étude CARES dont les résultats ont été rapportés au congrès de l'American College of Cardiology (ACC) 2018 et publiés simultanément dans le New England Journal of Medicine[2,3].

Développé comme alternative à l'allopurinol, en particulier pour les patients avec une pathologie rénale chronique, le fébuxostat a reçu une AMM de la Food and Drug Administration (FDA) en 2009. Alors que de premiers éléments montraient un léger sur-risque d'effets cardiaques, l'autorité de santé américaine a assorti son autorisation d’une obligation de mener un essai clinique robuste pour surveiller les effets cardiaques indésirables à long terme du fébuxostat [4]. Cet essai randomisé requis par la FDA, CARES, avait pour objectif d’évaluer la sécurité du fébuxostat par rapport à l'allopurinol en termes de mortalité CV, de survenue d'un infarctus non fatal, de survenue d'un AVC non fatal et de revascularisation en urgence suite à un angor instable.

Réalisé en double aveugle, l'essai a inclus plus de 6190 patients issus de 320 centres d’Amérique du Nord, tous atteints d'une maladie cardiovasculaire (infarctus, AVC, angor instable, etc.) en plus de la goutte.

Les patients ont été suivis en moyenne 32 mois et la durée moyenne d’exposition était de 728 jours pour les patients dans le bras fébuxostat (n=3098) et 719 jours dans le bras allopurinol (n=3092).

Le critère d’évaluation principal MACE (premier événement CV majeur) a été obtenu à des taux similaires dans le bras fébuxostat et allopurinol (10,8% vs 10,4%, respectivement ; RR=1,03).

Aussi, les taux de survenue des IDM non mortels, des AVC non fatals, et de la revascularisation en urgence due à un angor instable étaient similaires dans les deux groupes.

En revanche, le taux de décès de cause CV était significativement plus élevé avec le fébuxostat comparé à l’allopurinol (4,3 % vs 3,2% ; RR=1,34, IC 95% : 1,03 à 1,73). De même que le taux de mortalité toutes causes confondues (7,8% vs 6,4%, RR=1,22, IC95% 1,01 à 1,47), principalement en raison du taux plus élevé de décès de cause CV dans le bras fébuxostat.

« Ce résultat est complètement inattendu et, à l'heure actuelle, nous sommes incapables de l'expliquer. Ils ont été retrouvés dans tous les sous-groupes. Ils sont sans lien avec l'âge, le genre, l'origine ethnique, le passif CV, ou encore l'antériorité ou la sévérité de la goutte », avait commenté le Pr William B. White (University of Connecticut, Etats-Unis), principal auteur lors de la présentation des résultats à l’ACC 2018.

Pour tenter d’y voir plus clair, les autorités réglementaires européennes ont, de leur côté, demandé la réalisation de l’étude de phase IV FAST (Febuxostat vs Allopurinol Streamlined Trial) dont l’objectif est aussi de comparé le profil de sécurité du fébuxostat et de l’allopurinol chez des patients présentant une hyperuricémie symptomatique chronique et un facteur de risque CV. Les résultats de l’étude sont attendus avant le deuxième trimestre 2020.

Posologies et indications

Le fébuxostat est un inhibiteur non purinique et sélectif de la xanthine oxydase qui exerce une activité hypo-uricémiante en réduisant la formation d’acide urique. A des doses de 80 mg et 120 mg, il est indiqué chez l’adulte dans le traitement de l’hyperuricémie chronique dans les cas où un dépôt d’urate s’est déjà produit (incluant des antécédents ou la présence de tophus et/ou d’arthrite goutteuse).

Aussi, à la dose de 120 mg, il est indiqué dans la prévention et le traitement de l’hyperuricémie chez les patients adultes recevant une chimiothérapie pour des hémopathies malignes et à risque intermédiaire ou à haut risque de syndrome de lyse tumorale (SLT).

 

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