Feu vert pour un nouveau traitement visant à booster la libido féminine

Vincent Richeux, avec Marcia Frellick

Auteurs et déclarations

16 juillet 2019

Silver Spring, Etats-Unis -  Après la flibansérine (Addyi®, Sprout Pharmaceuticals), présentée à tort comme le « viagra féminin », c’est au tour du bremelanotide (Vyleesi®, AMAG Pharmaceuticals) d’être validé par la Food and Drug Administration (FDA) dans le traitement du trouble du désir sexuel hypoactif (HSDD) chez les femmes préménopausées [1]. Pour rappel, aucun de ces traitements n’est actuellement disponible en France.

Le bremelanotide est un agoniste des récepteurs 4 de la mélanocortine (MC-4R). Il agirait en accentuant le niveau d’excitation en réponse à un stimulus. « Le mécanisme à travers lequel il améliore le désir sexuel reste inconnu », précise la FDA. Il est indiqué chez les femmes non ménopausées souffrant d’un HSDD, non lié à des difficultés conjugales, des troubles mentaux ou des effets indésirables d’un traitement ou d’une pathologie. Ce nouveau médicament s’administre par injection sous-cutanée peu avant une activité sexuelle.

Durée d’action non déterminée

Le médicament se présente sous la forme d’un dispositif d’injection automatique par voie sous-cutanée. Il doit être administré à travers l’abdomen ou la cuisse au moins 45 minutes avant une activité sexuelle. La prise ne doit pas dépasser une dose par 24 heures et huit doses par mois. La durée d’action du produit n’est pas déterminée.

« Les patientes peuvent adapter le traitement et décider du moment idéal pour s’administrer le Vyleesi® en fonction de la durée de l’effet ressenti sur le désir et des réactions secondaires associées, telles que les nausées », ajoute la FDA, dans un document de présentation du produit.

Interrogée par Medscape édition française, le Dr Mireille Bonierbale (Hôpital Sainte-Marguerite, AP-HM, Marseille), s’est d’abord montrée sceptique sur les conditions d’application du traitement. « Contrairement aux hommes, je vois mal les femmes anticiper et programmer un rapport sexuel, surtout si elles souffrent d’un manque de désir », estime la psychiatre-sexologue. « La méthodologie me semble calquée sur la manière d’agir des hommes ».

« Cette approche tend à simplifier le désir féminin, alors que celui-ci est complexe et multifactoriel. Chez les femmes, le désir se construit de manière progressive sur l’échange affectif et sentimental. Pour désirer, une femme doit se sentir aimée et elle-même désirée. Lorsque survient un trouble du désir, il est avant tout essentiel de comprendre les mécanismes en cause au sein du couple. »

Néanmoins, le traitement peut représenter une option intéressante pour certains profils, concède le Dr Bonierbale. « Il peut être adapté aux femmes, en couple ou non, pouvant se satisfaire de programmer une relation sexuelle et qui ne veulent pas ou ne peuvent pas effectuer un travail pour comprendre leur perte de désir. »

Ce type de traitement ne doit pas pour autant représenter une solution de facilité pour les médecins généralistes, « généralement mal formés à la sexologie ou peu à l’aise sur ce sujet », estime la spécialiste.

Contre-indiqué chez les hypertendues

La décision de l’agence américaine s’appuie sur les résultats de deux études de phase 3 incluant un total de 1 247 femmes, âgées en moyenne de 39 ans et en couple depuis 12 ans en moyenne. Le diagnostic de HSDD était posé depuis au moins six mois. Elles ont été randomisées pour recevoir des stylos auto-injecteurs contenant soit du bremelanotide, soit un placebo.

Les essais, menés en double aveugle, ont duré six mois. La majorité des participantes se sont injectées le bremelanotude deux ou trois fois par mois et pas plus d’une fois par semaine. Les résultats montrent, à six mois, une amélioration du désir sexuel, avec une hausse moyenne du Female Sexual Function Index (FSFI) de 0,5 point sur une échelle comprise entre 1,2 et 6.

Près de 25% des femmes s’étant administrées le bremelanotide ont eu une hausse du score FSFI d’au moins 1,2 point, contre 17% dans le groupe placebo. La différence est significative. De même, elles avaient moins de sentiments négatifs face au manque de libido (respectivement -0,7 vs -0, 4 dans le groupe placebo sur l’échelle Female Sexual Distress Scale comprise entre 0 et 4).

En revanche, il n’y avait pas de différence entre les deux groupes concernant l’évolution du nombre mensuel de rapports sexuels jugés satisfaisants par les participantes.

 
La méthodologie me semble calquée sur la manière d’agir des hommes  Dr Mireille Bonierbale
 

Concernant la tolérance, la majorité des effets indésirables observés sont des nausées, des vomissements et des bouffées de chaleur. Près de 40% des femmes ont ainsi rapporté des nausées après la première administration du produit et 18% des participantes ont abandonné l’étude en raison de ces effets secondaires.

Chez 1% des femmes prenant le Vyleesi®, la stimulation des mélanocytes induite par le médicament a aussi provoqué un assombrissement persistent des gencives et de certaines zones de la peau.

Par ailleurs, le traitement induit une hausse de la pression artérielle, qui revient à son niveau initial dans les 12 heures qui suivent l’injection. Il n’est donc pas indiqué chez les patientes présentant une hypertension ou un risque élevé de maladie cardiovasculaire.

Mieux que la flibansérine?

Le bremelanotide ferait-il mieux que la flibansérine, un agoniste des récepteurs de la sérotonine 5HT1A/antagoniste 5HT2A, premier médicament autorisé dans cette indication (non disponible en France)? Les résultats en termes d’efficacité semblent, au final, assez similaires et globalement peu significatifs.

Si le bremelanotide apparait plus contraignant par son mode d’administration, il a toutefois l’avantage de pouvoir être pris ponctuellement, comparativement au traitement par flibansérine, qui nécessite de prendre un comprimé par jour pendant plusieurs mois avant de ressentir un effet. La consommation d’alcool est, par ailleurs, déconseillée avec la flibansérine, en raison d’un risque accru de vertige et de somnolence.

Pour rappel, l’autorisation de mise sur le marché du flibansérine a été marquée par un contexte tourmenté. La FDA avait d’abord refusé à deux reprises de valider ce médicament, en raison de sa faible efficacité et de ses effets indésirables significatifs. Accusée de sexisme par des associations (voir encadré), l’agence a fini par donner un avis favorable, officiellement après de nouveaux résultats de phase 3 plus favorables.

L’étude en question n’est pourtant pas plus convaincante, la FDA évoquant même un possible effet placebo. Après six mois de traitement, 51% des patientes sous flibansérine ont déclaré avoir une libido augmentée, comme 38 % des femmes du groupe placebo. Par ailleurs, 10% des femmes ont arrêté le traitement en raison des effets secondaires.

Deux traitements « complémentaires »

Interrogé par Medscape édition internationale, le Dr Anita Clayton (University of Virginia Health System, Charlottesville, Etats-Unis) a estimé que les deux traitements sont complémentaires. La flibansérine aurait ainsi davantage un effet sur le désir, en réduisant l’inhibition liée à la sérotonine, tandis que le bremelanotide aurait surtout un impact sur l’excitabilité.

Selon la psychiatre-sexologue, les femmes devraient pouvoir déterminer quel est le mode d’action le plus approprié pour traiter leur baisse de libido. « Certaines pourraient aussi préférer un traitement sur le long terme, tandis que d’autres seraient davantage intéressées par une aide ponctuelle. »

« La flibansérine peut être un support intéressant, même si son efficacité est faible », ajoute pour sa part le Dr Bonierbale. « Il a un effet relaxant, légèrement antidépresseur. Il peut s’avérer utile chez les femmes qui ont un manque d’assurance ». Le meilleur traitement reste toutefois l’approche psychologique pour comprendre les mécanismes en jeu, insiste la psychiatre.

Lors des essais cliniques menés pour évaluer l’efficacité de la flibansérine, auxquels le Dr Bonierbale a participé, « il a été intéressant de constater que les participantes ont rapporté une amélioration de leur trouble, à partir du moment où elles ont commencé à en parler. Bien avant de prendre le traitement ».

La FDA encourage les recherches

Accusée de sexisme pour avoir refusé, dans un premier temps, de valider la flibansérine dans le traitement du trouble du désir féminin, la FDA affiche désormais sa volonté de favoriser l’émergence de nouveaux traitements. Elle rappelle, à l’occasion de la validation du bremelanotide, qu’elle a publié un guide pour accompagner les laboratoires dans le développement de nouveaux traitements visant à améliorer le désir féminin.

Cette approche ne fait pourtant pas l’unanimité. Certains dénoncent en effet une médicalisation de la sexualité féminine et l’influence de lobbying soucieux d’ouvrir un marché lucratif. D’autres condamnent les arguments égalitaires qui pointent le fait que les hommes sont privilégiés en raison du large choix de traitements à disposition pour améliorer leur sexualité, alors que ceux-ci ne visent pas la perte de désir, mais des difficultés d’ordre mécanique.

Avant de valider la flibansérine, la FDA avait dû faire face, en 2015, à une intense campagne menée par une coalition de plusieurs associations se disant féministes, défendant cette position égalitaire vis-à-vis des hommes. Une campagne qui a bénéficié du soutien du laboratoire fabricant de la flibansérine. La pression s’est ensuite accentuée sur l’agence américaine qui a notamment fait l’objet d’une pétition.

La FDA affiche depuis sa bonne volonté. Dans son guide, elle énumère notamment les différents tests à utiliser pour mesurer le désir sexuel et évoque les perspectives de recherche de traitement pour les femmes ménopausées. Difficile désormais de lui reprocher de se désintéresser de l’épanouissement sexuel des femmes!

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