Prévention : trois cibles pour sauver près de 100 millions de vies en 2040

Claude Leroy

Auteurs et déclarations

18 juillet 2019

Etats-Unis, Royaume-Uni, Suisse --- Chaque année, les maladies non transmissibles mais pouvant être prévenues (majoritairement des affections cardiovasculaires) sont responsables d’environ 38 millions de décès dans le monde.

De ce total, près de la moitié (40%) concernent des personnes âgées de moins de 70 ans, et 80% des personnes décédées prématurément vivaient dans un pays à revenus faibles ou moyens (PRFM).

En théorie, la prévention peut sauver de très nombreuses vies, mais une grande partie de la population mondiale n’y a pas accès.

Une étude tout récemment publiée dans la revue Circulation a quantifié l’impact, sur la mortalité globale, de trois méthodes de prévention relativement faciles à mettre en œuvre : traiter au moins 70% des cas d’hypertension artérielle, supprimer la consommation d’acides gras ajoutés, et réduire de 30% celle de sodium, en comparaison avec les chiffres 2015[1].

« Ces trois mesures efficaces pourraient sauver presque 100 millions de vies d’ici 25 ans. Les efforts nationaux et internationaux pour mettre en place ces mesures devraient être un objectif phare des programmes de prévention des maladies cardiovasculaires », selon les auteurs de l’étude, Vasilis Kontis (Imperial College London, R-U.) et coll.

Les maladies cardiovasculaires en première ligne

Les auteurs ont effectué une analyse combinée d’enquêtes de population incluant la pression artérielle moyenne ainsi que la consommation de sel et d’acides gras trans, mais aussi les données sur le pays de résidence, l’âge et le sexe des participants.

Ils ont également tenu compte des données régionales sur la couverture par antihypertenseurs, le taux de mortalité pour cause définie, et sur des projections pour la période 2015-2040.

Le travail s’est appuyé aussi sur les plus récentes méta-analyses d’études épidémiologiques pour en déduire la réduction du risque relatif que chaque type de prévention pouvait générer.

Il en ressort que l’effet combiné des trois interventions préventives étudiées permettrait théoriquement de prévenir 94,3 millions de décès prématurés en 2040 (IC 95% : 85,7 – 102,7), la réduction du nombre de maladies cardiovasculaires (surtout la cardiopathie ischémique et l’AVC) comptant pour plus de 90% dans cette amélioration.

Ce nombre important de vies épargnées correspondrait à environ 7,7% de l’ensemble des décès pour cause de maladie non transmissible.

Le seul traitement de 70% des cas d’HTA serait déjà en mesure d’éviter 39,4 millions de décès précoces (35,9 – 43,0), tandis que la réduction de 30% de la consommation sodique permettrait d’épargner 40,0 millions de décès prématurés (35,1 – 44,6) et que l’élimination des acides gras trans en éviterait encore 14,8 millions (14,7 – 15,0).

L’effet de l’ensemble de ces mesures préventives serait le plus marqué en région sub-saharienne.

Une grande marge de progression

Pour Vasilis Kontis et son équipe, des efforts doivent être fournis tant sur le plan international qu’à l’échelle de chaque pays pour implémenter ces trois objectifs dans le cadre des programmes de prévention cardiovasculaire.

 
Ces trois mesures efficaces pourraient sauver presque 100 millions de vies d’ici 25 ans. Vasilis Kontis
 

Ils s’additionnent aux initiatives destinées à limiter le tabagisme et font partie du 13ème Programme général de travail 2019-2023 de l’OMS, en ligne avec les Objectifs (onusiens) de développement durable qui consistent notamment à réduire d’un tiers le risque de décès prématuré pour cause de maladie non transmissible.

Dans les pays à revenus faibles ou moyens, 31,5% des adultes sont hypertendus, mais ils sont seulement 29% à être traités et 7,7% à avoir une pression artérielle sous contrôle.

Une étude du Kaiser Permanente (Etats-Unis) a pourtant montré qu’il était possible d’atteindre le niveau des 90% de contrôle.

Au Canada, une approche similaire a d’ailleurs permis d’obtenir les 70% suggérés dans l’étude.

Ces modèles ont été adaptés et testés dans de nombreux pays à revenus faibles ou moyens, débouchant sur des progrès substantiels en termes de traitement et de contrôle de l’HTA. 

Quant au sodium, l’OMS recommande de ne pas dépasser une consommation quotidienne de 2 g, soit 5 g de sel, alors qu’elle s’élève en moyenne à 9-12 g par jour.

Cet excès de consommation est important, dans la mesure où il est responsable d’environ 2,3 millions de décès chaque année dans le monde.

A titre d’illustration, la Salt Initiative a contribué à réduire de 15% la consommation de sel au Royaume-Uni entre 2003 et 2011, entrainant une baisse de 3 mm Hg de la pression systolique moyenne.

L’OMS se fixe pour objectif la réduction de 30% de cette consommation d’ici à 2025.

Quant à l’ajout d’acides gras trans dans l’alimentation, dont la part énergétique varie entre 0,6 et 6,5% selon les pays, l’Organisation espère qu’un terme pourra y être mis d’ici 2023.

Est-ce bien réalisable en quatre ans seulement ? En tout cas, leur remplacement est techniquement faisable, certains pays – comme le Danemark - étant parvenu à les éliminer totalement. Mais de tels progrès restent actuellement en grande partie limités aux pays développés.

Last but not least dans les commentaires des auteurs de l’étude : la mise en route des trois mesures préventives à l’échelle mondiale contribuerait à égaliser l’espérance de vie entre les différents pays. En 2040, la déviation standard de l’âge au décès lié à une maladie non transmissible pourrait ainsi baisser de 9%, tant chez l’homme que chez la femme.

Un effet sous-estimé ?

Les auteurs se sont voulus prudents dans leur analyse. A titre d’exemple, ils évoquent ainsi le risque de voir l’industrie agro-alimentaire augmenter le taux de sucre de leurs produits pour augmenter leur attrait en cas de réduction du taux de sel, avec les conséquences qui peuvent en découler en termes de surpoids ou de diabète.

A l’inverse, ils pensent avoir peut-être sous-estimé le bénéfice lié à la correction d’une HTA très élevée sur le risque d’AVC hémorragique.

L’un dans l’autre, les chercheurs estiment que leurs projections se situent dans une fourchette basse par rapport à ce qui peut être espéré par la mise en place des trois interventions préventives. A suivre dans quelques années, en croisant les doigts pour que les systèmes de soins de santé implémentent de telles mesures.

Vasili Kontis et Goodarz Danaei ont bénéficié d’honoraires de consultance de Resolve to Save Lives pour la conduite de cette étude.

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